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EARTH - Phase 3: Thrones And Dominions (1995)
Par MOX le 18 Avril 2010          Consultée 2537 fois

Et on plaçait EARTH sur le piédestal du Drone jusqu’au-boutiste, louant son verbe d’une demi-heure, glorifiant le minimalisme musical et admirant la beauté d’un jeu abstrait. « Ouaiiiiis un album avec deux riffs, ouaiiiiiis le Drone apaisant mais en fait totalement écrasant, oh putaiiiiin les précurseurs ! » Et donc, quand on démarre aussi enthousiaste la découverte d’un groupe, on s’intéresse, plein de curiosité, à la suite des événements. « Ouaiiiiiiiieuuuuuuh… hein ? C’est quoi, une gamine sur la pochette ? Et huit titres ? Dis is not wut I ordered. » Et même après avoir vérifié le label et le line-up (dont on ne parlera pas ici, parce que je gonfle suffisamment bien ma chronique avec une introduction de merde), on s’étonne à garder les yeux plissés, plein de circonspection. Ca sent l’arnaque, comme quand PINK FLOYD sortait son "Wall".

« Alors au final, c’est Drone ou pas le bousin ? », entends-je scander dans les bancs de l’amphithéâtre alors que je réajuste mon micro. Épaté par le pragmatisme de l’audience, je relève la tête, bombe le torse, place calmement mes mains l’une sur l’autre pour déclarer, sous un tonnerre de flashes : « Oui. »

Hélas, comme dirait Nikos, pendant toute une première partie d’album, on ne laisse pas vraiment le temps à l’auditeur de s’imprégner d’une atmosphère nécessitant -presque par définition- un nombre de cycles important. Il manque cette impression de vivre le démarrage diesel d’un moteur (nous parlons bien de vrombissement, de bourdonnement), d’attendre une sorte de recharge pour assister à la naissance du Drone et de son effet. Pas de quoi mettre un casque, s’endormir et se réveiller dix minutes plus tard avec une centaine de couches sonores supplémentaires comme accueil en fanfare locale. Il faut noter qu’il n’y a vraiment rien pour se laisser dorloter cette fois-ci, tant le rendu cru de la musique -la faute à un sérieux manque de moyens et à l’absence de basse- contraste avec les jolies basses rondes et douillettes de l’album précédent. On entre ici dans le vif du sujet et on se mange environ six cents fois plus de notes que dans "Special Low Frequencies Version", avec certes la ‘note tenue’ comme marque de fabrique. De ce fait, il y a davantage de structure. De la grosse guitare qui bourdonne dans son coin, la morve au nez et la bave à la commissure des lèvres ; et dans ce cas, il semble qu’on écoute un Stoner catatonique (c’est con à dire, quand même, mais je le dis, m’en fous), aux notes soit mystérieusement crispantes soit affreusement graves, d’un titre à l’autre. Un véritable bordel que cette musique au son génial mais variant du tout au tout une fois le morceau suivant démarré. Un Drone pour les pressés et les éjaculateurs précoces.

C’est ainsi qu’EARTH s’adresse à l’acharné du Drone, celui qui aime le son torturé et exagéré pour ce qu’il est, qui aime l’expérimentation et la performance plus que l’ambiance ; en d’autres termes, qui estime ici qu’une forme de noise est apparue, une forme plus sage, plus linéaire car inspirée du Rock.

C’est d’ailleurs ça qui était parfaitement inespéré : écouter EARTH proposer un autre profil, un autre point de vue sur sa musique, et ce juste après avoir écrit l’Ancien Testament du genre dans le Metal. A l’écrasante foire d’une heure s’est succédé un jeu condensé au son rappelant la prière. Avant que !

Avant que ne démarre une autre partie, évidente relique de "Special Low Frequencies Version" avec ses rythmes cycliques, ses notes tenues plus d’une dizaine de minutes, tout dans le fond (le résultat, le bourdonnement comme élément majeur) et quasiment plus rien dans la forme (le jeu de guitares très évident de la première partie). Je choisirais "Thrones And Dominions" comme représentant, tant "Phase 3 : Agni Detonating Over The Thar Desert" fait de la bouille de mes neurones. Et c’est sur le premier qu’on retrouve cette dimension légèrement religieuse comme si, au final, il y avait un peu de catharsis dans cet album incohérent.

En effet, incohérent. Inadapté. Imprécis. A nager entre riffs ‘qui auraient été catchy s’ils avaient été joués trois fois plus vite et avec une guitare moins crado’, Drone chiche mais définitivement mystique, noise du dimanche, reliques du passé, volonté claire d’aller de l’avant, qualité sonore inégale, cet album souffre et fait un peu de peine. Comme Eric Besson ou l’équipe de France de football. Mais ce joli éclopé, résolu quoique sans moyens, possède ce capital sympathie à qui l’on donne une étoile volée au voisin prétentieux.

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- Dylan Carlson (guitares, percus)
- Tommy Hansen (guitare)
- Rick Cambern (batterie)


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