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SACRED REICH - Independent (1993)
Par SHUB-NIGGURATH le 16 Novembre 2007          Consultée 4053 fois

Souvenir rigolo lié à l'achat de ce CD dans un magasin bien connu du Forum des Halles, en cette ère préhistorique où rien ne remplaçait le gras du terrain : la grand’mère, peu rassurée par la faune locale, qui eût le courage de me demander comme j’extirpai le disque du bac, s’il s’agissait bien là du dernier SACRED REICH qu’elle devait offrir à son petit fils.

A part ça, je suis bien en peine de pouvoir essorer quelque chose d'homogène de ce très déroutant « Independent », qui, autant le dire tout de suite, ne dégage pas la rage dévastatrice à se démonter les cervicales de « Surf Nicaragua » et « American Way ». Certes, le premier titre éponyme cartonne sec : une puissante ligne de riff, solidifiée par la basse et clouée par la batterie. Phil Rind a toujours sa voix d’ogre. C’est simple, carré, efficace. A tel point que c’est ce qui m’a poussé à acheter l’album. Pourtant, quelques éléments font déjà tiquer. Le texte penche, sans l’atteindre, vers la niaiserie acnéique de « Dyers Eve » de METALLICA. Ecart pardonnable dès lors que la composition arrache toujours la moquette. La pochette, très cliché, présente un décorum sorti des poubelles du Bauhaus vomissant un cloaque de citoyens davantage victimes d’une crise de foie que d’oppression. Les autres pochettes étaient tout aussi moches, quoique moins premier degré.

Que dire du reste ? Les paroles, légèrement moins cucul la praline que prévu, s’habillent d’une diversité qui ne leur sied guère. A défaut de gagner en maturité, elles abandonnent la légèreté cynique qui constituait le petit plus du groupe. Celui-ci, à l'avenant, aligne des pièces moins violentes qu’à l’accoutumée. En ces temps où la tendance n'est plus à l'excès de vitesse, Phil Rind semble à son tour persuadé que le thrash débridé des premiers albums ne permet pas de traduire correctement la gravité qu’il veut désormais exprimer. Résultat, il a constamment un pied sur le frein, et de peur de voir son naturel reprendre le dessus, ajoute volontiers du lest. S’ensuit donc un empilage hétéroclite de titres desservis par une production sans relief, qui empêche l’ensemble de décoller et laisse au final un goût d’inachevé. Bien en peine de renier ses origines, la bande ne sait plus sur quel pied danser et joue alternativement dans les catégories suivantes.

1.Gros bras :
« Independent », bonne mandale pour commencer, déjà dit. Pas étonnant que ce soit le seul titre repris sur le live sorti en 1997. « Free » le compense immédiatement par une attaque moins raide, mais file quand même une grosse bourrade avec ses riffs accrocheurs, son solo recherché et son explosion finale libératrice où la guitare s’exhibe sans complexe devant une rythmique bûcheronne à souhait. « Do It » clôt l’album d’une petite tape derrière la tête. Les guitares, sans trop forcer, dégagent légèrement les oreilles et le refrain retrouve un certain mordant. Dommage que l’équilibre souhaité s’obtienne si tardivement. Le combo peine à trouver la bonne allure et patine pour joindre ces deux bouts.

2.Gonflette :
Histoire de montrer qu’il a grandi et que le gros heavy qui tâche ne lui fait pas peur, le groupe fait admirer ses biceps en balançant deux gros pavés. Le mastock « Just Like That », dont la longueur a quelque chose de besogneux, puis le très épais et groovy « Crawling » qui s’achève à un train de sénateur. Ces deux titres bien construits et exécutés ne sont pas mauvais. Ils n’en plombent pas moins l’ambiance générale comme il faut. Grevés d’un aspect trop pataud et d'une force cotonneuse, ils se contentent de faire des ronds dans l’eau. A côté, le moins pachydermique « Product » manque sincèrement de conviction et de punch, transformant la société broyeuse d'individualités qu'il veut dénoncer en une simple machinerire poussive. Trop fade pour tenir la comparaison avec la dégelée d'artillerie lourde lancée par le "Vulgar Display Of Power" de PANTERA.

3.Petit bras :
La rythmique fait démarrer la chiourme à petites foulées sur « Supremacy » puis au pas de course avec « Pressure ». Pourtant, elle ne paraît pas décider à faire plus. Effrayée par tant d’audace dans les deux cas, elle s’arrête net pour syncoper sévère au milieu du gué avant de repartir sans prévenir. D’accord, Rind assure toujours à la basse et Dave McClain tricote à l’envi (compréhensible qu’il rejoigne Machine Head par la suite). N’empêche que cette manie de se croire obliger de lever le pied dès que ça commence à carburer devient franchement frustrante, sinon pénible. Pour éviter tout dérapage, « Open Book » adopte une vitesse plus adaptée à la situation si bien que la vigueur toute renfrognée qui en émane n’est pas communicative.

4.Bras cassé :
Outre son positionnement incongru dans la track-list, « If Only » est joli instrumental composé par le soliste Wiley Arnett. Il est loin d'être transcendant et s’apprécie d’une oreille distraite. Il en va de même pour « I Never Said Goodbye », ballade trop quelconque pour susciter l'engouement. Les couplets sirupeux entrecoupés de refrains au heavy mou du genou annihilent la brutalité de l'accélération sur laquelle se greffe pourtant un bon solo.

En conclusion, cette puissance constamment policée ou contenue ne parvient jamais à trouver le tonus nécessaire, à l'inverse de ce que réussit à produire OVERKILL avec "I Hear Black". L'impression de banalité prédomine et finit vite par lasser. Passable, tout juste. Ce qui est vraiment du gâchis car l’ensemble est techniquement très bon. SACRED REICH donne toujours la banane lorsqu’il se lâche en toute simplicité, bref, lorsqu’il ne s’obstine pas à brider une originalité dont il semble avoir honte. J’espère que cela n’aura pas empêcher le mioche de claquer deux bises à son aïeule, et de se consoler en passant en boucle les deux premiers titres.

Note : 2,5/5.

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   (2 chroniques)



- Phil Rind (basse & chant)
- Wiley Arnett (guitare)
- Jason Rainey (guitare rythmique)
- Dave Mcclain (batterie)


1. Independent
2. Free
3. Just Like That
4. Supremacy
5. If Only
6. Crawling
7. Pressure
8. Product
9. I Nver Said Goodbye
10. Open Book
11. Do It



             



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