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INCUBUS - A Crow Left Of The Murder (2004)
Par BAAZBAAZ le 15 Avril 2006          Consultée 3627 fois

Incubus est devenu un groupe sérieux. C'est-à-dire un groupe qui fait de l'art. On peut voir cette évolution d'un œil favorable, pour peu que l'on soit en quête d'une preuve de la très grande fécondité musicale de ce style disparate et éclectique que l'on a appelé en France le néo-métal. Avec Incubus, on tient alors un bon client. Car cet album est un exemple parfait de la richesse d'une scène métallique américaine qui ne cesse d'évoluer, de se transformer, et d'où émergent régulièrement des groupes capables de dépasser leurs multiples influences pour atteindre un style personnel et relativement innovateur. Et laisser par la même occasion loin derrière eux les suiveurs, les copieurs, les cloneurs : l'ensemble de ceux qui font du marché musical outre-atlantique un formidable réservoir de talent en même temps qu'un aberrant temple de la répétition consumériste. Certains échappent à la meute en poussant à son paroxysme une incroyable inventivité : System of a Down, du moins jusqu'à un Hypnotize à la limite de l'autoparodie. D'autres – moins spontanément créatifs – affinent leur œuvre au fil des albums, par petites touches successives. Tranquillement, patiemment, ils digèrent leurs influences originelles, lissent et polissent chaque note pour acquérir leur propre identité : Incubus en fait partie. Quelque part entre Pearl Jam et les Red Hot Chili Peppers, mais aussi beaucoup plus loin, dans un monde bien à eux.

De plus en plus complexe, de plus en plus posée et réfléchie, leur musique a pris avec ce disque – A Crow Left of the Murder – une dimension et une profondeur inégalées. Alors, bien sûr, on peut aussi voir cela avec un soupçon de scepticisme : en faisant de l'art, le groupe a perdu un peu de sa fraîcheur. C'est à présent une musique qui s'écoute. Non pas que les guitares se soient calmées. Non, il y a dans ce disque de vrais riffs, des monceaux de métal, des rythmes énervés : que les puristes se rassurent, Incubus n'a pas encore suivi le chemin incroyablement talentueux mais aussi très apaisé des Red Hot. Avec « Megalomaniac » ou « Pistola », il n'y a aucun doute. C'est du rock, du vrai, du lourd. Simplement, la violence, l'agression, la jubilation de faire le plus de bruit possible, tout cela n'est plus aujourd'hui l'objectif premier du groupe. Plus autant qu'autrefois. Mais c'est le prix à payer pour se démarquer, pour exister. Tout à coup, le métal n'est plus une fin en soi. C'est juste un ingrédient dans une musique qui peut difficilement être classée dans une catégorie toute faite du genre rap-métal, fusion et encore moins néo. Et finalement, Incubus n'a peut-être fait que prolonger – un pas plus loin – une démarche inaugurée dès ses premiers albums : le mélange, le syncrétisme, le collage des styles : la dureté du grunge, sombre et torturé, et un groove inspiré du funk ou du rap.

Un mélange parfois un peu forcé, mais qui devient sur cet album un genre à part entière. Parfois avec une efficacité terrible, comme sur « Agoraphobia », ses couplets tendus, suspendus, et son refrain lancinant achevé en échos. Parfois aussi avec ce mélange de souplesse mélodique et de brutalité qui est en passe de devenir la vraie marque de fabrique d'Incubus : c'est le cas avec la pièce maîtresse du disque, « Sick Sad Little World », un morceau passionnant et exigeant – un peu maladroit aussi –, et dont les sonorités prog-jazz laissent deviner une ambition artistique croissante. En un sens, cette musique est très dure, très anguleuse. Les ambiances, subtilement rehaussées et affinées par l'usage modéré de l'électronique, sont souvent pesantes et désespérées. Mais elles sont aussi dansantes, saccadées : la voix claire de Brandon Boyd et la basse inlassable de Ben Kenney ne laissent aucune chanson s'éteindre ou s'enliser. Sans compter que la production sèche et toujours aussi incisive de Brendan O'Brien renforce cet aspect rugueux et mélodique qui rappelle les meilleures heures du grunge ou de la scène alternative. Tout en nuance, un morceau vibrant et limpide comme « Southern Girl » ouvre la voie à une évolution possible du groupe en direction d'un style sobre et mélancolique. On croit parfois reconnaître une influence – un air connu – mais à chaque fois l'impression s'estompe. Incubus avance sans imiter.

C'est un disque charnière. L'annonce d'un possible chef d'œuvre à venir. Mais tout n'est pas encore parfait. L'équilibre subtil que constitue la musique du groupe, entre âpreté et nervosité, ne parvient pas à convaincre dans tous les cas. Pour un « Beware! Criminal » rapide et sans concession, on a aussi – hélas –, un « Priceless » un peu redondant, un « Leech » un peu convenu. Disons que l'album est sans doute un peu trop long, et qu'Incubus aurait gagné à supprimer purement et simplement quelques chansons. La première moitié est fascinante, la suite est plus inégale. Les morceaux sont étendus, et moins demandent à chaque fois plusieurs écoutes, une concentration renouvelée. Alors la baisse de rythme qui se fait sentir ne pardonne pas, et il est difficile d'aller au bout d'un disque que l'on aurait souhaité plus homogène. Mais peu importe. Par sa maturité, par la recherche artistique – mêlée à l'enthousiasme du métal – le groupe fait oublier ce défaut. Et fait oublier aussi une bonne part de sa discographie, qui semble soudain reléguée bien loin. A une autre époque, dans un autre monde. L'inspiration est ici constamment sur le fil du rasoir, et la limite demeure étroite entre l'inventivité et la démonstration gratuite. Incubus est devenu sérieux ; sa musique est envoûtante, et demande une attention de tous les instants. Pour certains, c'est un coup de maître.

Bien sûr, pour d'autres, on le comprend, c'est juste devenu chiant.

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   BAAZBAAZ

 
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- Brandon Boyd (chant)
- Michael Einziger (guitare)
- Ben Kenney (basse)
- Jose Pasillas (batterie)
- Dj Kilmore (turn-tablist)


- A Crow Left Of The Murder
1. Megalomaniac
2. A Crow Left Of The Murder
3. Agoraphobia
4. Talk Shows On Mute
5. Beware! Criminal
6. Sick Sad Little World
7. Pistola
8. Southern Girl
9. Priceless
10. Zee Deveel
11. Made For Tv Movie
12. Suite Lines
13. Here In My Room
14. Leech



             



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