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THERAPY? - Suicide Pact - You First (2000)
Par BAAZBAAZ le 24 Novembre 2005          Consultée 2866 fois

Ce disque est une sorte de légende ; la face sombre et maudite d'un groupe déchu qui s'est caché au plus profond de l'obscurité après avoir tout perdu : son inspiration, sa musique. La gloire qu'il a approchée et la plupart de ceux qui l'ont adulé à l'époque où sa créativité insensée s'était exprimée dans trois œuvres majeures en trois ans. Mais depuis est sorti l'album de déclin – Semi-Detached. Et plus personne ne se souvient vraiment de Therapy?, hormis peut-être une poignée de fans dont la fidélité n'est désormais plus liée à la sortie de disques dont la médiocrité récurrente ne fait que rappeler cruellement l'immensité d'un talent aujourd'hui évanoui. Ceux qui, en 2000, écoutent encore les albums du groupe, suivent sa carrière chaotique et continuent à le soutenir, doivent en partager le goût pour la noirceur et la solitude. Révolu, le temps où aimer Therapy?, c'était marcher à l'avant-garde de la frange la plus avancée et la plus exigeante du rock alternatif et du métal ; terminés, ces moments de lumière et de succès où le groupe était à la mode : suffisamment connu pour diffuser sa musique dans le monde entier, et juste assez élitiste et hermétique pour cultiver la fierté de ses fans.
Lorsque sort Suicide Pact – You First, le disque de l'ombre et de l'oubli, ce genre de rétribution appartient au passé. Il n'y a plus rien à gagner à aimer, voire simplement à écouter ou même à connaître le groupe. Plus rien ne justifie son existence, rien ne pousse à lui accorder le moindre intérêt. Et c'est pourquoi, avec le recul, on peut aujourd'hui facilement comprendre que personne – ou presque – ne se souvienne de ce disque.
Son côté légendaire vient de là. La plupart de ceux qui l'ont écouté ne l'ont fait que plus tard, étonnés d'apprendre que le groupe existait toujours.

Et la réputation de l'album s'en est nourrie. Ainsi Therapy? avait survécu. Comme un roi que l'on croyait vaincu, comme un naufragé que l'on imaginait disparu à jamais, le groupe avait donc tenté de ranimer son art après sa fuite dans la nuit. Son contenu, forcément, ne pouvait qu'intriguer.
Qu'allait-on découvrir ?
Le disque d'un groupe qui, étendu à terre, tente de se relever. Dans un sursaut d'énergie, en exil loin des fastes et du confort auxquels il était habitué, il brandit douloureusement un poing meurtri et terreux. Ce sera l'album de la révolte et du désespoir, de la rancœur et de la défaite. Une musique de désastre, mais aussi celle d'une farouche volonté d'exister et de persister ; celle d'un groupe qui ne pourra jamais se relever tout à fait – qui le sait – et qui refuse pourtant de capituler. Du moins sans rien dire, sans laisser une trace et donner au monde entier une image sonore des ténèbres qui envahissent la voix et les guitares. Cairns ne sait plus chanter, tant pis. L'art du riff a été perdu, abandonné quelque part, il faudra bien continuer à jouer quand même. Au moins restera-t-il la preuve que l'on peut faire mine d'exister une fois que tout a été réduit à néant.
Faire mine, oui : c'est peut-être ça. Le groupe compose et joue comme s'il découvrait ses instruments, tentait de les comprendre et de les apprivoiser à nouveau. Comme si l'ancien Therapy? n'était plus réel, et que chacun des musiciens avait abandonné derrière lui ce qu'il était autrefois, avant la chute. Les chansons de ce disque sont celles d'un groupe qui n'est plus exactement ce qu'il croit ou prétend être. Alors il faut tout recommencer, tenter d'apprendre chaque note, chaque accord. Sortir un son puis un autre de la guitare. Chanter quelque chose, même mal, même faux ou d'une voix forcée et impersonnelle.
Le résultat n'a pas tant d'importance. Et c'est ce qui a sauvé le groupe. Un album, n'importe quoi. Des sons, des couplets, des refrains. Mais surtout, composer, jouer. Enrayer le déclin – comme si c'était possible, comme si le fond n'avait pas été touché et creusé depuis longtemps déjà.

Cet album, en un sens, fut peut-être le moment crucial dans la carrière en ruine du groupe. Sorti très vite, avec orgueil et audace, il a permis à Therapy? de poursuivre sa route. En marge des majors et du grand public, bien loin des charts qu'il avait réussi à conquérir. Un chemin sinueux, austère et aride, à l'image des chansons sèches et rêches qui parsèment le disque. C'est un refus de mourir, un défi que le titre semble exprimer : d'accord, on se suicide. Mais toi d'abord. Une façon pour le groupe d'accepter son sort tout en proclamant au monde qu'il le verra crever avant d'aller lui-même s'enterrer tout seul.
Alors oui, l'écart est frappant entre les anciens albums du groupe – Troublegum en tête – et celui-ci. Pourtant, ça et là, presque par surprise, la magie opère encore. C'est bien de cela qu'il s'agit : d'une surprise. Pour celui qui aborde Suicide Pact en se fiant à sa réputation, la prudence est de mise. Car ce serait le pire de tous, le plus dur des disques des Therapy?, le plus abscons, le moins commercial. Une collection de cris et de râles, la rage et la fureur, l'agression perpétuelle. Or, ce qui frappe, c'est son efficacité et sa sobriété. Ses trouvailles éparses, ainsi que la vraie qualité de ses chansons.
Le dos au mur, un pied dans la tombe, Therapy? a sorti un disque fou.

C'est du punk rock, raide et dissonant, souvent métallique. La production est en friche : on dirait l'enregistrement pirate d'un concert un peu raté. Aucune composition n'est franchement aboutie ou achevée. Aucune n'est tout à fait convaincante. Toujours, un passage un peu brouillon, une fin bruitiste ou un chant défaillant viennent rendre l'écoute un peu pénible ou crispée. Mais toujours aussi, la fougue, la fièvre, l'excitation rythmique et l'extrême spontanéité primaire et brutale captent l'attention et forcent le respect. On pense parfois à un groupe hardcore underground, aux premières démos chancelantes et poignantes d'une formation à la fois naïve et combative. On se dit que Therapy? a retrouvé là quelque chose d'originel, une source cachée, la vérité d'une époque ancienne et révolue, bien au-delà des premiers albums : l'art à ses balbutiements.
Pour celui qui ignorerait tout de l'histoire et du contexte du groupe, ce disque serait une merveille discrète, un secret à préserver jalousement : l'espoir d'un avenir talentueux, la promesse de grandeurs encore en gestation. Et comment résister, en effet, aux couplets nerveux et emportés de « Wall of Mouths » portés à bout de bras par une hargne stridente ? Comment ne pas retenir son souffle quand une brusque mélancolie fait irruption au cœur du rock poisseux de « Jam Jar Jail » ? Et en pleine violence aveugle, sous les assauts grondants du punk-métal, ce sont les sanglots éthérés d'une guitare inconsciente qui font de « Litle Tongues First » l'une des plus formidables chansons ratées du groupe.
Le problème est que cet album n'est pas le premier. Ce n'est pas une démo prometteuse. On le sait, c'est plus une régression qu'un pas en avant. La redécouverte de la puissance brouillonne du rock'n roll, du punk minimaliste, des riffs assénés au hasard le long de morceaux boiteux, n'est pas un aboutissement pour Therapy? : plutôt le seul moyen de respirer. Alors non, ce n'est pas un bon disque. Par moment, avec « Ten Year Plan », il devient même franchement mauvais et l'on constate alors que les leçons du désastre n'ont pas toutes été comprises. Ce disque parle, il a quelque chose à dire, ou à hurler. Mais jamais il n'atteint les sommets artistiques qui firent du groupe irlandais l'un des meilleurs du monde. Simplement, des idées, des accroches, le bon tempo au bon moment, un sursaut de Cairns se rappelant qu'il sait chanter, et l'espoir revient.

C'est le cas sur cet instrumental : « Big Cave in ». Une brève cavalcade rythmique, et soudain un riff hallucinant de maîtrise et d'efficacité. L'un des morceaux les plus longs et les plus réussis. Varié, riche, tout en cassures et en évolution. Seule manque une voix, un chant. On se prend à rêver de ce qui aurait pu être l'une des plus grandes chansons du groupe. On tente d'imaginer les paroles, les lignes vocales. Bien sûr, rien ne vient – comme un aveu d'impuissance, un constat d'échec. Le groupe n'a pas su quoi en faire. Il n'a pas su pousser comme avant l'idée initiale vers un morceau d'anthologie
D'ailleurs, il ne semble pas avoir conscience de ce qui fait sa force et pourrait amorcer son retour et l'avènement d'un règne nouveau. Il tâtonne dans le noir et s'écarte systématiquement de tout ce qui suggère ou rappelle ses prouesses passées. Nul ne sait trop si les membres du groupe se sont effectivement mis à haïr leur propre succès – c'est la version officielle – ou s'ils ont juste perdu tout talent. Il faut l'admettre : si Therapy? avait réellement décidé d'explorer des sonorités plus marginales, d'emprunter volontairement des chemins exigeants à travers des styles plus expérimentaux, les qualités d'écriture et d'interprétation seraient demeurées.
Là, c'est l'autre hypothèse qui va se confirmer. Car on le sait aussi, les disques qui vont suivre vont montrer que les errances du groupe ne font que commencer. Tout ce que Suicide Pact laissait espérer sera laissé encore une fois au bord de la route, dédaigné et méprisé.

Au cœur de l'obscurité, Therapy? a brûlé sans y croire les derniers restes de son art.

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- Andy Cairns (chant, guitare)
- Martin Mccarrick (guitare)
- Michael Mckeegan (basse)
- Graham Hopkins (batterie)


1. He's Not That Kind Of Girl
2. Wall Of Mouths
3. Jam Jar Jail
4. Hate Kill Destroy
5. Big Cave In
6. Six Mile Water
7. Little Tongues First
8. Ten Year Plan
9. God Kicks
10. Other People's Misery
11. Sister



             



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