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- Membre : Corpo-mente, ÖxxÖ XÖÖx, Whourkr

IGORRR - Savage Sinusoid (2017)
Par POSITRON le 17 Juillet 2017          Consultée 2542 fois

Mon observation assidue d'internet d'une part et de moi-même d'autre part – apprendre à se connaître est le premier des soins – m'aura convaincu à peu près définitivement que le genre-hopping, le mélange des genres façon mash-up est un leurre qui obscurcit le jugement. Aveuglé que nous sommes face à tel projet réunissant Jazz Manouche et Harsh Noise ou bien Ambient Techno et Thrash Metal, toute forme d'argumentaire s'évanouit devant l'incrédulité, devant le règne du Nouveau. Et ce, indépendamment de la forme, de la couleur, de la senteur dudit Nouveau, puanteur infecte ou parfum raffiné, brun dégueulasse ou marron délicat, étron visqueux ou chocolaterie moelleuse et fondante en bouche.

Sans transition, IGORRR en sa qualité de projet Baroque Breakcore Metal Extrême Bidule, porte drapeau du genre-hopping et de ses excentricités, est un nom majeur de la musique française au XXIème siècle et "Savage Sinusoid" est son meilleur chocolat.

Mais pas tout à fait. La meilleure façon de louer un album pourrait être de commencer par expédier ce qu'on a de mal à en dire, voici :

Petit un, les plus grands fans du vieil IGORRR pourront légitimement être un peu déçus. Moins de breakcore, moins de sampling et même moins de baroque, pour accentuer la part de Metal, d'éclectisme simple et de cohérence narrative à travers les morceaux. Cohérence en parlant d'IGORRR ? Oui, IGORRR est ici plus sérieux et moins débile, ce qui ne plaira pas à tous. Mais c'est un sérieux très relatif : nous parlons d'un album comprenant une piste nommée "Spaghetti Forever", un "oh putain merde" précédant une prise ratée, et une autre piste conclue par un La mineur arpégé à la flûte à bec(*). Enfin tout ça pour dire qu'il n'est pas déraisonnable de préférer "Hallelujah" même si ce n'est pas mon cas.

Petit deux, deux ou trois riffs devraient soit être plus valorisants, soit moins valorisés : je pense à un passage sur "Spaghetti Forever" et à la boucle CORPSienne de "Va Te Foutre".

Petit trois, "Savage Sinusoid" ne contient pas "Tout Petit Moineau" issu de l'album précédent qui reste à ce jour l'une de mes prestations vocales favorites tous genres confondus, aux côtés de, par exemple, "Bachelorette" ou "Look To Windward". Voyez : je dis déjà du bien, on est pas dans la merde pour trouver un sens critique dans cette chronique. Et bien du bien je vais en dire franco :

Transparaissent dans le disque les moyens apportés par Metal Blade. Il y a ainsi très grande réduction de la part consacrée aux samples, remplacés par tout un arsenal instrumental : guitares électriques et classiques, accordéon, sitar, authentique clavecin, piano, saxophone, batterie acoustique(**). S'ajoutent également à ce casting de rêve les deux fidèles chanteurs polymorphes, Lunoir et Le Prunenec pour former une dream team dont la compétence technique ne souffre pour tous commentaires que des louanges.

Transparaît aussi l'expérience accumulée par Serre tout au long de ses expériences avec IGORRR (son excellente collaboration avec RUBY MY DEAR) bien sûr mais aussi avec CORPO-MENTE, ÖXXÖ XÖÖX et WHOURKR. Jamais IGORRR ne fut aussi minutieux, aussi obstiné, aussi appliqué jusqu'à la moindre seconde, la moindre snare, même lorsqu'il en manipulait quatre mille deux cent quarante sept.

"Savage Sinusoid" est l’œuvre la plus cohérente d'IGORRR en terme d'écriture, malgré un habituel foisonnement d'instruments et de genres. Beaucoup de ces cassures chères à Gautier Serre comme à ses fanatiques conservent un élément de continuité qu'il soit rythmique, mélodique ou harmonique, formant ainsi une sorte de collage surréaliste, une sorte de pointillisme grandiose. Le terme consacré est "forger son propre univers" ce dont nul ne peut douter à l'écoute mais qui me paraît insuffisant. D'une manière proprement remarquable chaque bouffonnerie de "Savage Sinusoid" – il y en a beaucoup – paraît aussi logique qu'imprévisible, comme si Serre se faisait alchimiste franc-maçon et que de son chaos naissait l'ordre.

Ballotté ainsi par le flot de l'album, l'auditeur devient un jouet pour la musique qu'il ouït, capable de passer en peu de temps du recueillement douloureux ("Problème D'Émotion" et son piano gymnopédique) à la farce fantoche, à la brutalité théâtrale ("Spaghetti Forever"), quand ce n'est pas la grotesque musette chère à IGORRR ("Houmous", "Cheval"). Se détachent – peut-être artificiellement par leur mise en avant précoce – les fantastiques pistes teaser "ieuD" et "Opus Brain" à propos desquelles je me retrouve vaincu et coi.

Ordo ab chao : une "Sinusoïde Sauvage" quel nom approprié. Chacune des facéties invraisemblables de Gautier Serre, de l'accord le plus poignant jusqu'au sample de prout le plus aléatoire se retrouve dans cet album rassemblé dans un seul but, une seule fréquence, un seul unisson, une seule sinusoïde. Pour revenir sur mon discours moralisateur sur les mélanges musicaux avec et sans alcool : l'exemple même d'IGORRR qui dépasse ici le cadre de son micro-genre auto-nommé depuis "Baroquecore EP", me prouve que ce n'est pas au musicien de se demander s'il doit. Le musicien fait. C'est au critique qui réside en chaque auditeur de décider a posteriori et en son for intérieur si d'après lui il fallait faire. Si je ne peux décider pour vous très chers lecteurs, la réponse de mon propre for intérieur est limpide : il fallait, il faut, il faudra. Pour tout cela, merci IGORRR.
_ _ _ _

(*)Ce que je soupçonne d'être en fait très conceptuel sur la divinité et tout ça, mais le saura t-on un jour ? Tenez : Do la mi do mi la do ça fait C A E C E A C en notation anglo-saxonne ce qui n'est pas très loin de CACA : y'a t-il un message caché ?
(**)Le making-of est aussi intéressant que drôle, entre blasts, confusion, blagues et pots de Nutella.

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- Gautier Serre (beaucoup de choses)
- Laurent Lunoir (chant)
- Laure Le Prunenec (chant)
- Katerina Chrobokova (clavecin)
- Nils Cheville (guitare classique)
- Erlend Caspersen (basse)
- Sylvain Bouvier (batterie)
- Pierre Mussi (accordéon)
- Yann Le Glaz (saxophone)
- Antony Miranda (sitar)
- Aymeric Thomas (8bits)
- Hervé Faivre (ingé son)


1. Viande
2. Ieud
3. Houmous
4. Opus Brain
5. Problème D'émotion
6. Spaghetti Forever
7. Cheval
8. Apopathodiaphulatophobie
9. Va Te Foutre
10. Robert
11. Au Revoir



             



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