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SÓLSTAFIR - Berdreyminn (2017)
Par WËN le 16 Juin 2017          Consultée 1139 fois

Via les noires bourrasques misanthropiques fréquemment régurgitées par sa capitale, c'est une véritable et furieuse déferlante de haine qui nous provient d'Islande depuis un trio d'années maintenant. Encensée pour ses œuvres tant crépitantes que sulfureuses, cette Reykjavik-connection (SVARTIDAUÐI, MISÞYRMING, SINMARA, MARTROÐ, NAÐRA et autres CARPE NOCTEM dont nous vous avons récemment parlé en nos non moins noires colonnes), profitant des longues nuits hivernales pour faire sienne l'île nordique a - par la force des choses - également fait main basse sur son paysage musical, ne laissant (actuellement) que peu de place aux autres formations pour espérer s'extirper de ce gras nuage de suie. Mais il n'en a pas toujours été ainsi, bien au contraire … Ce phénomène, plutôt récent, parvenant même à éclipser une scène davantage reconnue pour la vision bien particulière qu'elle a de son île de glace et de feu, sachant nous dépeindre via un expressionisme musical certain une nature fantasmée mais pourtant bien réelle dans toute sa brute extravagance et sa force sauvage (cf. DYNFARI, ARSTIÐIR LIFSINS et AUÐN à leur manière, mais aussi SIGUR ROS ou certains des bidouillages solistes de BJORK). Des plus sombres et grésillants relents de "I Blóði Og Anda" aux dernières salves épiques de "Svartir Sandar", SOLSTAFIR est incontestablement de ceux-ci. Je dirais même plus car, ironie de la chose, par son tumultueux passé Black-metal le quatuor n'est certainement pas étranger à cette tendance actuelle évoquée plus haut.

Hélas, la musique du combo avait - à mon goût - un peu perdu en substance ces derniers temps, la faute à un dernier album en demi-teinte. Ce "Otta", résolument moyen et phagocyté par ses deux charismatiques pièces d'ouverture, alternait pour le reste entre l'honorable et l'anecdotique à de rares et éparses exceptions. Puis, pour ne rien arranger à l'affaire, 2015 voyait débouler le feuilleton de l'été avec le limogeage sans ménagement de Guðmundur Oli Pálmason, son emblématique batteur (membre fondateur et responsable d’une partie de l'univers visuel du combo) pour, je cite, "raisons personnelles irréconciliables". Même si les tenants et aboutissants nous sont inconnus et ne nous regardent assurément pas, le groupe pécha un peu sur la forme, ne lui révélant la nouvelle qu'au moment de partir en tournée, mais en n'oubliant surtout pas de tout copyrighter soigneusement en amont (selon les dires de l'intéressé, depuis parti fonder KATLA). Bref, suite à ces péripéties estivales et les prestations scéniques qui s'ensuivirent qui ne furent pas forcément folichonnes, je pensais en tout cas SOLSTAFIR perdu pour la cause, sacrifié sur l'autel de la désinvolture et de la bonhommie plaintive.

Et c'est dans ce climat pour le moins délétère que naquit "Berdreyminn" ("Oracle"), en délicate position puisqu’en charge de faire taire les détracteurs du camp pro-Guðmundur tout en facilitant la transition entre l’ancien et le nouveau SOLSTAFIR. Précédé par un artwork magnifique, s'imposant déjà haut la main parmi les prétendants à la pochette de l'année (*), cette transition se fera sans heurt tant celle-ci – à quelques tourbillonnements de toms et de cymbales près – s’avère inexistante, au sens où la formation ne bouge pas de cette formule post-rock/metal-atmo plutôt visuelle qui lui sied si bien. Même griffe mélodique, même chant si caractéristique … L’album en viendrait presque à s’imposer tout naturellement comme le pont qui eût été logique entre les froids brûlots de "Svartir Sandar" (2011) et les pièces plus posées et tragiques de "Otta" (2014).

Du premier il conserve un certain goût pour l'aventure, nous décrivant les vastes et uniques panoramas offerts par son île d’origine, le temps de longues pièces sauvages seulement balayées de froides bourrasques boréales ("Silfur-refur", "Bláfjall"). Les Islandais, ne hâtant rien, prennent le temps d'y développer leurs atmosphères, démarrant en général plutôt calmement au gré, là d'un piano, ici d'une nappe, pour aller crescendo vers des finals plus débridés, laissant la place nécessaire à la section électrique pour pleinement s'exprimer ("Hvít Sæng", "Nárós"). C'est justement sur ce point où, à mon avis, "Otta" perdait en consistance, par la quasi-absence de ces passages typiques au caractère plus trempé. Ici, SOLSTAFIR réussit donc à ne pas retomber dans ses travers, mais sans pour autant faire l'impasse sur son dernier disque. La preuve, conscient de ce qui a plu, le combo y cultive le soin apporté aux arrangements, tout particulièrement à l'omniprésent piano de Halldór A. Björnsson (LEGENDS, déjà à sa charge sur le couple d'opus précédents) qui plus d'une fois, saura se muer en orgue, pour un rendu plus solennel (cf. "Bláfjall"). Les cordes, interprétées par le groupe AMIINA, ne sont elles aussi pas en reste en ce cru 2017 : en témoigne ce somptueux "Hula" qui, bardé de chœurs féminins (et d'un xylophone ?) tandis que grincent les guitares en arrière-plan, nous fait ainsi jouir d'un moment de magie scandinave pure. Enfin, n'oublions pas les légères interventions d'une section cuivre (trompette, tuba, cor) qui, semblant s'extraire du plus amer des crépuscules, sait idéalement accompagner ces guitares par moment très désespérées ("Dýrafjörður"). Ce travail d'arrangement a donc cela de particulièrement réussi qu'il enrichit les compositions, sans ne jamais les dénaturer, s'inscrivant définitivement dans un rôle d'accompagnement (en évitant le piège du 'tous arrangements' comme ont pu s'y laisser prendre, par exemple, ORPHANED LAND ou MYRATH sur leurs œuvres récentes).

Les ambiances développées ici sont donc, d'une manière générale, plutôt prégnantes certes, mais néanmoins plus colorées que sur l'opus précédent. Quand la machine ne s'emballe pas, une authentique morosité prend souvent le dessus rapprochant une fois de plus la musique de SOLSTAFIR des errances nord-américaines d'un U2 en son temps (période "The Joshua Tree"). L'arbre mort des Irlandais laisse les carcasses nues des volcans se découper sur l'horizon, mais les mêmes sensations d'abandon, loin de tout, s'y laissent tisser, du long de ces dépouillés et solitaires moments de Rock/Metal ("Nárós", "Ambátt"), rythmés de cette basse très 80. L'ambiance générale de ce "Berdreyminn" ne sera d'ailleurs qu'à peine troublée par quelques idées moins inspirées. A commencer par ce "Ambátt" dont la mélodie sur son dernier tiers parait trop inspirée de l'éponyme de "Otta" pour être honnête (même si la partie rythmique en son milieu demeure tout à fait respectable). De même – et c'est ce qui couvait dans les trois titres présentés en avant-première – certains patterns de batteries, sur les passages atmo notamment, s'avèrent trop axé sur le "kick" – à simplement marquer le temps – pour être réellement intéressants. Ces passages en devenaient presque irritants à la longue, avant d'enfin réussir à en faire abstraction pour parvenir à se concentrer sur le reste des instruments (surtout "Isafold", le single, que je ne trouvais malgré tout pas déplaisant du tout, passé cet insupportable manque de goût rythmique). Pour le reste, en lui laissant sa chance, Hallgrímur Jón Hallgrímsson (le batteur remplaçant) s'en sort plutôt bien.

N'attendant finalement rien de particulier de cette nouvelle offrande de SOLSTAFIR, me voici finalement agréablement surpris de constater que les Islandais font finalement amende honorable avec ce "Berdreyminn" plutôt honnête et tout à fait recommandable. L'album ne se hisse certes pas au niveau des "Svartir Sandar" et autres "Köld", la faute à un ou deux hymnes mémorables dont l'absence ici se fait malheureusement ressentir. Néanmoins, son homogénéité et le sérieux du travail abattu nous garantissent de bons moments le temps d'en parcourir les frisquets attraits.


(*) Oh wait … il y a celle du "Horizonless" de LOSS aussi ! Oh wait … c'est le même auteur !
Sacré Adam Burke (VEKTOR, ETERNAL CHAMPION, OCCULTATION). Promis, je vous goupillerai une Sept-Liste, à l'occaz' !

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- Aðalbjörn Tryggvason (guitare, chant)
- Sæþór Maríus Sæþórsson (guitare)
- Svavar Austman (basse)
- Hallgrímur Jón Hallgrímsson Batterie, Ch


1. Silfur-refur
2. Ísafold
3. Hula
4. Nárós
5. Hvít Sæng
6. Dýrafjörður
7. Ambátt
8. Bláfjall



             



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