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MORK - Den Vandrende Skygge (2016)
Par PERE FRANSOUA le 28 Décembre 2017          Consultée 1158 fois

Et si l’un des tous meilleurs disques de Trve Norwegian Black Metal du début des 90s était sorti en 2016 ?
Si je vous dis que le gars qui en est l’auteur est jeune, trop pour être un Trve et qu’il n’a découvert la sulfureuse scène Black qui a rendu son pays si célèbre que tardivement. Un gars, en plus, qui a grandi dans la scène Punk de Halden, sa paisible ville natale. Sacrilège, donc, dites-moi vite qui est ce petit poser de merde qui ose profaner notre sanctuaire afin qu’on lui pète sa gueule.

Je balance. Il s’appelle Thomas Eriksen, son one-man band s’appelle MORK, et c’est du norvégien.
Nous allons parler aujourd’hui de son second disque, intitulé "Den Vandrende Skygge", un sacré chef d’œuvre, de loin mon préféré parmi une discographie déjà bien chargée. Voyons pourquoi.

Malgré une renommée grandissant à vue d’œil le projet est passé sous de nombreux radars, la faute sans doute à une distribution confidentielle. La signature chez Peaceville, succédant à l’adoubement par DARKTHRONE (excusez du peu), a enfin mis au grand jour le talent insolent de ce jeune homme.

À première vue, il s’agit d’un super hommage au Black Metal Norvégien du début des années 90s, le fameux, le plus cru, le plus pur. On est d’emblée surpris par le son Necro, les compositions répétitives et la batterie minimaliste. On s’amuse d’emblée à repérer toutes les influences combinées, avec deux noms qui ressortent du lot, DARKTHRONE, et surtout BURZUM. C’est clairement la patte de l’infâme Varg Vikernes qu’on retrouve sur ce disque, avec des passages honteusement jouissifs comme ce blast obstiné, monotone et minimaliste sur "Enden Ligger Ved Berge", ou ses notes de clavier glacial surplombant des arpèges dépressifs à la fin de "Morkent", tous deux rappelant fortement "Hvis Lyset Tar Oss".
On notera également des effluves du ENSLAVED des débuts, notamment au niveau de la voix, mais aussi sur quelques riffs rythmiques bien sympas ("Hudbreiderens revir" ou "Død og begravet").

Bien plus qu’un revival ou un tribute band réussi, MORK est une incroyable faille temporelle qui fait resurgir dans notre présent blasé les années folles qui embrasèrent la Norvège. La haine et la neige qui ont recouvert les années 1991, 1992 et 1993 comme si vous y étiez. Un voyage musical à prise instantanée dont l’effet madeleine de Proust passe avant tout par le son.

Le son, et bien parlons-en. C’est la première réussite de cet album. Un incroyable travail de production sur celui des guitares, une pure merveille de distorsion au grain gris qui gratte le désespoir et qui s’impose comme un des plus horriblement géniaux de toute l’histoire du fuzz infâme, celui qui fait pleurer les amplis dans les hauts médiums depuis que les églises brûlent."Isebakke", le premier album, tout sympathique qu’il était, était loin d’atteindre une telle perfection. De ce point de vue c’est une grosse évolution.

Ces guitares toutes puissantes laissent vivre une batterie simplissime au bon goût de garage et des vocaux efficaces et malsains noyés comme il se doit dans un océan de reverb’ et dont les éructations (en norvégien, évidemment) se trouvent quelque part entre ceux de Grutle Kjellson et Nocturno Culto. Ce bon vieux monsieur Culto qui vient d’ailleurs apporter se petite part de kvlt en mode featuring sur "Hudbreiderens Revir", où il vient poser des vocaux bien crados sur le refrain fédérateur. Thomas s’offre même le petit kiff d’introduire leur arrivée par un "nocturno cultooo!", comme jadis le fit Fenriz sur "In The Sign Of The Horn".

Outre le plaisir de s’envoyer un album de Black cru qui aurait eu parfaitement sa place au panthéon du kvlt entre "Hvis Lyset Tar Oss" et "Transilvanian Hunger", au-delà de la joie de pouvoir s’immerger à nouveau dans des sonorités qui vous ôtent toute joie, on viendra surtout se repaître des morceaux tout simplement très bien écrits et truffés de bons riffs accrocheurs. Voilà bien le coup de génie de Thomas : ne pas se contenter de simplement sonner comme ses idoles mais bel et bien parvenir à atteindre la force de composition qui a rendu célèbre ces aînés.
Les riffs et les airs sont excellents, rapidement catchy et addictifs. Certains titres sont même des purs tubes qui vous choppent dès les premières secondes. Attention, je dis "des tubes catchy"... Dans le genre, évidemment ! Car le style où MORK évolue et excelle est austère, monotone et dépressif. Tout ce qu’on aime, quoi ! Il se montre d’ailleurs particulièrement efficient dans l’art de vous écraser la poitrine en vous aspirant toute joie de vivre ("Morkent").

Ainsi "I Sluket Av Myra", fait figure de véritable single. Immédiatement catchy, le titre se déploie sur un rythme extrêmement basique façon New Wave, construit sur l’efficacité et la simplicité de deux accords au feeling BURZUM-esque, créant ce qui pourrait être une version Black de "A Forest" de The CURE. Le numéro hypnotique est affublé d’un clip vidéo tout aussi minimaliste. On y suit, durant toute la durée du morceau, les déambulations forestières d’une silhouette encapuchonnée.

Il faudra aussi et surtout louer la maturité et l’intelligence dans la composition. Il ne suffit pas de pondre de purs riffs de vrai Black à rendre jaloux des armées d’apprentis Vikernes, encore faut-il les utiliser à leur juste valeur et à bon escient. C’est là qu’il me bluffe le plus : totalement conscient qu’il tient de l’or (noir) entre ses doigts, il sait parfaitement tirer le meilleur parti de ses plans et agencer le tout dans des morceaux équilibrés. Chaque titre est basé sur deux ou trois thèmes forts qui s’alternent quand il faut et auxquels s’ajoutent quelques breaks bien sentis qui fluidifient le tout. On a donc à faire à des titres concis qui peuvent exprimer toute leur personnalité sans nous perdre et sans que la répétitivité assumée ne nous ennuie. À ce titre il convient de citer "Den Vandrende Skygge", sans doute mon préféré. Sur un mid-tempo appuyé gardé tout du long, à travers un bourdonnement nuageux un incroyable trémolo strident sombre et addictif vient nous transpercer l’âme (avec ce qu’il faut comme bonnes petites variétés autour du trémolo malsain pour en conserver tout l’intérêt).

Oui, MORK n’invente rien. L’art de recréer à la perfection une musique et une atmosphère vieille de plus de vingt-cinq ans justifie-t-il tant de louanges ? Figurez-vous qu’en plus d’écrire des morceaux parfaitement équilibrés pétris d’excellents riffs, Thomas se permet d’être créatif et d’amener à l’occasion des petits éléments (légèrement) surprenants (dans le genre) mais néanmoins forts à propos. Le meilleur exemple est le violon quasi Folk sur "Den Lukkede Porten" qui vient appuyer le thème et qui le conclut de façon poignante. On appréciera aussi les colorations Punk Rock et New Wave qui nourrissent le Black et invoquent le passé.

Il manque une conclusion à ce texte. Il me reste à vous dire deux choses. Aux amoureux de l’émergence de la seconde vague du Black Metal, à ceux qui apprécient de se balader seuls en forêt par temps gris avec "Filosofem" à fond dans les oreilles, à ceux-là je leur dis : foncez écouter MORK, l’orgasme est là et vous n’allez plus en démordre.
Aux autres, c’est une formidable occasion de vous envoyer une synthèse idéale afin de s’initier, aidés par la production à la fois totalement Necro et fort bonne (ce qui est un paradoxe).
Je vous quitterai en apportant une autre bonne nouvelle. Thomas Eriksen ne s’arrête pas là. Il continue d’explorer et d’évoluer tout en restant possédé par le Malsain Esprit. "Eremittens Dal", son nouvel album dont la chronique est en cours de finition, est une bonne claque que je vous recommande d’ores et déjà, quitte à me spoiler moi-même. De rien, je vous en prie, tout le plaisir est pour moi.

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   PERE FRANSOUA

 
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- Thomas Eriksen (tout)


1. Skogens Dyp
2. I Sluket Av Myra
3. Den Lukkede Porten
4. Hudbreiderens Revir
5. Død Og Begravet
6. Den Vandrende Skygge
7. Enden Ligger Ved Berget
8. Morkent
9. Ravnens Natterike Kaller
10. Invertert Korsfestelse



             



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