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FOLK METAL  |  STUDIO

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- Style : Skyclad

CRUACHAN - The Middle Kingdom (2000)
Par DSC le 29 Août 2008          Consultée 3154 fois

Et les ténèbres s'abattirent en terre irlandaise, dérobant toute clarté à ce vitrail abstrait, imprimé par ci de collines teintées d'une pelouse humide, baigné par là d'une mer embrumée. Le jour qui suivrait serait bercé par la frénésie d'un cortège de voyageurs, enjoués d'une velléité déjà antérieure de se retirer pour peindre la fresque dorée de leurs horizons à l'éclat pictural, et d'en revenir munis d'un tableau merveilleux, dégoulinant de l'aspect le plus brut de leur pays à la texture traditionaliste... et c'est mêlés à une escouade gaélique que les aventuriers de CRUACHAN nous accompagnent au travers de l'étendue de leur terre vigoureuse, s'amourachant, parfois trop enthousiastes, d'un scion insignifiant, s'arrêtant ailleurs pour mieux contempler l'effet plus abouti de l'obscurité d'une forêt enchanteresse... et nous, fussions-nous seulement ébahis par cette beauté candide, arrosons nos poumons à l'air frais de ces reliefs plantureux, visitons les recoins secrets de ce peuple celte au gré des ondées intarissables et des modestes cantates de druides... on pourrait presque sentir l'odeur automnale des feuilles mortes, goûter à la moiteur clairsemée de l'oxygène, et deviner au loin les augustes "bagpipers"...

Dès lors, ce périple sensitif se fait la résonance du climat continental et pluvieux de l'Irlande, en tablant notamment sur une structure musicale pas toujours supputée des groupes de folk-métal. Car même si dans l'esthétique du registre revêtu ici, la tranche instrumentale adjuvante est sensiblement à aborder avec plus de panache qu'à l'accoutumée, elle n'a pas pour irrécusable définition de ravir la prépondérance au tronçon métallique. Ici en revanche, la cornemuse, la flûte, la mandoline subliment leur rôle coutumier d'ornements à fonction épuratrice, en gouvernant chaque pièce avec vertu - quand elles n'en sont pas carrément les seules actrices -, et si la guitare se montre plus discrète dans sa contribution, elle n'en demeure pas moins ardente, flamboyant de manière intensive la dynamique déjà sombre de l'œuvre. Une obscurité toute fois pondérée (on est loin de l'animosité de Finntroll), le chant féminin opposant une certaine quiétude à l'effervescence de ses comparses, et le barbare rétif convoqué ici ne défriche que très rarement les prairies innocentes à coups de gueulantes furieuses.

Et tout s'ouvre sur une amorce traditionnelle de fest-noz villageoise. "A Celtic Mourning" régurgite une certaine réminiscence liée aux champs de batailles sanguinaires de "Tunes Of War"... bagpipe rules ! Et nos empreintes de s'égarer à foison dans les tourbières savoureuses, avec une vue tantôt roborative sur les montagnes lointaines ("Celtica (Voice Of The Morrigan)", où jaillissent les flambées belliqueuses de la déesse guerrière), tantôt apaisée par la fraîcheur des marais éparpillés (la douce candeur de "The Fianna", joliment agrémentée d'une flûte affectueuse)... quelques fois abusé par l'élégance fallacieuse des elfes flânant aux alentours des laies tortueuses, le spectateur oisif se laissera surprendre par ces chimères à l'apparence inoffensive, mais au comportement fantasque (l'instrumentale "Cattle Raid Of Cooley (Táin Bó Cuailgne)" et son inattendu changement d'humeur)... et toujours la traversée forestière des druides énigmatiques, devenue proverbiale ("A druids Passing"... flegme et emphase). Et quand bien même la beauté évoquée ici n'enchanterait pas les plus réfractaires aux caprices météorologiques, c'est en s'octroyant quelques accalmies truculentes (le très folklorique "Is Fuair An Chroí", vigoureusement élancé sur une basse rebondie, et "Unstabled (Steeds Of Macha)", plus martial et ingénieusement emmanché d'une intro médiévale au clavecin), et en s'autorisant à dépeindre une faune moins "sui generis" ("The Butterfly", l'instrumental aéré, celtisant mais plus diversifié dans son propos), que le groupe renouera avec les promeneurs incrédules... et puis, il y a la virginité, celle que l'on retrouve enlisée dans les plaines immenses qui colorient une Irlande au caractère sans cesse renouvelé (le pittoresque "Óró Sé Do Bheatha Abhaile", et le plus intimiste "The Middle Kingdom" en forment un témoignage des plus éloquents)... et dénouant l'inquiétude des quelques sceptiques qui s'interrogeraient encore quant à l'allant métallique de cette ethnie celte, un dernier détour par les sous-sols irlandais riches en minéraux divers (le bonus track "To Hell Or To Connaught", et sa rythmique musclée) achèvera d'exhorter les derniers esprits dubitatifs...

Et puis, il y a le déboire, aussi. Un certain revers embarrassant, présent à bien des égards durant cette orgie mélodieuse, paradoxalement entachée de quelques travers qui flétrissent la vision onirique vers laquelle tend pourtant cette fable à l'apologie du patrimoine folklorique. On aura beau relativiser l'importance ici restreinte du chant, la veulerie vocale de Karen enraye profondément la chanteuse dans sa tentative éperdue de répandre le fluide lubrique de son organe phonatoire. Et ainsi, attristée par un flux émotionnel ne lui faisant pas honneur, la production semble elle aussi avoir boudé un travail plus considérable, et peine souvent à valoriser l'apport heavy, en dépouillant la guitare de cette saveur et de cette souplesse qui devraient l'épouser, pour n'en filtrer qu'une bavure indélicate. Plus encore qu'un son approximatif, des arrangements hasardeux font migrer la cohérence vers la simplicité, à trop enquêter sur l'hybridation idéale des instruments à répartir... et il subsiste finalement comme une traînée lacunaire de linéarité (voyez l'analogie des thèmes de "Cattle Raid Of Cooley (Táin Bó Cuailgne)" et de "The Middle Kingdom"), malgré un entêtement relatif à varier les impacts (au vu du gouffre stylistique creusé entre le doux "The Butterfly" et le thrashisant "To Hell Or To Connaught")... et les morceaux de s'éterniser en bagatelles prolixes, qui trahissent en quelque sorte leur écueil d'inventivité.

Si la réussite de cet album ne se dévoile donc que partiellement à l'oreille spartiate, on ne lui enlèvera pas le mérite de lever le voile sur un détour méditatif, abordable avec une aisance toute modérée pour quiconque s'y attardera. Les allées que l'on arpente ici ne sont pas celles d'une métropole viciée, mais bien les compagnes d'une nature immaculée à l'arôme pluri-saisonnier... et on se réjouira du portrait traditionnel dressé par cette formation épargnée d'une certaine soif de maturité : portrait qui ne souffre heureusement pas l'abandon échevelé du pan métallique. Avec "The Middle Kingdom", on touche peut-être à ce que la troupe gaélique est en mesure de nous fournir de plus accompli - d'où une note quelque peu majorée, pour un ouvrage finalement bien perfectible...

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- Karen Gilligan (chant, percussions)
- John O' Fathaigh (flûte, sifflet, cornemuse irlandaise)
- John Clohessy (basse)
- Keith Fay (guitares électrique et acoustique, claviers, chant, bodhrán)
- Joe Farrell (batterie, percussions)
- + John Munnelly (chant sur les pistes 5 et 11)
- + Andy Kelligan (cornemuses écossaises)


1. A Celtic Mourning
2. Celtica (voice Of Morrigan)
3. The Fianna
4. A Druids Passing
5. Is Fuair An Chroí
6. Cattle Raid Of Cooley (táin Bó Cuailgne)
7. The Middle Kingdom
8. Óró Sé Do Bheatha Abhaile
9. Unstabled (steeds Of Macha)
10. The Butterfly
11. Bonus Track On Digi Pack:
12. To Hell Or To Connaught



             



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