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DOOM DARK GOTHIC  |  STUDIO

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SADNESS - Ames De Marbre (1993)
Par KARL VON KARL le 12 Janvier 2008          Consultée 4271 fois

Ce combo a officié, grâce à son talent et son avant-gardisme, en parallèle à la fameuse mouvance Doom Death du début des années quatre-vingt-dix. Cette affiliation est un raccourci un tantinet rapide je l'admets, car l'essence même de la musique du groupe demeure beaucoup plus subtile et nuancée. Il s'agit en fait d'un melting- pot d'influences diverses et variées.
Nos helvètes prolongent avec leur premier album "Ames de marbre", l'univers unique et référentiel du Maître CELTIC FROST et du chef-d'oeuvre "Into the Pandemonium", bien qu'ici de Thrash il ne soit aucunement question. Le style abordé emprunte au Doom ses rythmiques rampantes et ses tempos lents qui s'emballent judicieusement aux moments opportuns ("Red Script"). Mais loin des conventions, l'œuvre s'inspire également du Rock Gothique dans l'utilisation de certains sons de guitares et dans les structures de titres intenses et hypnotiques qui rappellent notamment la vision originale des FIELDS OF THE NEPHILIM.

Fait assez rare pour être signalé, la pochette flanquée du logo très "arty" du groupe nous interpelle immédiatement. En effet, à peine avons nous posé le regard sur cette photo mystérieusement ethnique, que ces visages énigmatiques nous entraînent vers les lointaines contrées africaines, ses croyances ancestrales vouées aux cultes des esprits et ses panthéons fascinants. Je tiens à mettre l'accent sur le fait que SADNESS, à l'instar par exemple du MY DYING BRIDE des débuts, a entretenu un visuel mystique emprunt de religion qui tranche fortement avec les représentations insipides et impersonnelles qui contentent de nombreuses formations. Ces dernières négligent cet aspect primordial et indissociable de la musique.

Les textes de Gradel nous font voyager délicatement dans les limbes d'une poésie ténébreuse et sans âge. Ils évoquent les thèmes classiques de la futilité de l'existence, de la rencontre avec la mort, ou des amours perdus. L'inspiration ne faiblit jamais et grâce à une forte identité musicale, nos noirs corbeaux s'activent à distiller avec émotion, une sombre mélancolie, destinée à illustrer les tourments et les fragiles espoirs de l'être humain.
Steff utilise des vocaux grognés et hurlés très expressifs et personnels, proches du Death. Mais il s'exprime également à travers ce délectable chant pleuré, héritage historique légué par Monsieur Thomas Gabriel Warrior et dont se sont inspirés avec succès d'autres iconoclastes comme MISANTHROPE, ARGILE ou MONUMENTUM.
Le son, étonnamment précis, transcende tous les instruments qui deviennent bien distincts. Néanmoins, les guitares demeurent puissantes et rêches, les mélodies étant portées par des éléments acoustiques (flûte, violon, violoncelle) et d'autres guitares claires cette fois, qui s'étiolent comme autant de fils argentés le long de compositions passionnantes aux méandres insoupçonnés.

L'oeuvre débute par le solennel "Ames de Marbre" dont l'ambiance shamanique entretient une correspondance directe avec la pochette de couverture. Le saisissant "Lueurs", ses guitares Cold Wave et sa mélodie si addictive est enchaîné avec "Tristessa" qui, dans un souffle entièrement atmosphérique et au son de sa flûte exotique, nous emporte au Nouveau Monde où nous cheminons avec les Conquistadors dans une sombre forêt pluvieuse, alors qu'une voix déclame en espagnol des bribes de phrases fantômatiques. Puis, l'antique CELTIC FROST revient nous hanter avec le puissant "Opal Vault", dont l'excellente construction très instinctive et sensitive semble rappeler l'album "Elyzium" des FIELDS.
Une femme nous accueille dans un murmure spectral :"Let yourself be bewitched by the sound of my voice" susurre la voix, on veut bien la croire, alors que les pas d'un homme en sanglots crissent faiblement dans la neige, un monument dépressif de presque dix minutes nous attend. J'ai nommé la pierre angulaire de l'œuvre, le fantastique et très Doom "Tears of Sorrow" aux nombreuses surprises, changements de rythmes, arrangements de cordes et chœurs féminins rigoureusement bien placés. Cette chanson renvoie immanquablement dans les dernières minutes, au terrible "Symphonaire Infernus" de MY DYING BRIDE. "Red Script", sans doute l'une des plus belles pièces du disque: une intro remarquable, de superbes riffs, un violon triste, une psalmodie féminine, une mélodie enchanteresse avec de multiples variations jusqu'à son accélération finale et ses choeurs originaux, un grand morceau. L'album se termine sur "Antofagasta", un autre titre atmosphérique et rêveur limite Batcave, avec en fond sonore des cris d'oiseaux marins et le son de vagues s'échouant sur un rivage évanescent. Dans le crépuscule l'horizon est la proie des flammes, l'océan résigné meurt, puis se fond dans le ciel éternel.

Par-delà la médiocrité et le conformisme ambiant, SADNESS avait pris son envol tel un ange vengeur au regard flamboyant et à la voix de sépulcre millénaire. "Ames de Marbre" demeure un diamant noir, une cathédrale gothique aux vitraux incandescents. Dans cette crypte des trépassés il faut vous rendre, franchissez le pas qui vous sépare de l'éternité et de la félicité... Maintenant !

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   KARL VON KARL

 
  N/A



- Gradel (all percussion)
- Andy (bass effect, german voice)
- Chiva (guitars, piano)
- Steff (guitars, voices)
- Christine (female voice)
- Don Caceres (sacuhachi, oriental flute)
- Corinne (violin, cello)


1. Ames De Marbre
2. Lueurs
3. Tristessa
4. Opal Vault
5. Tears Of Sorrow
6. Red Script
7. Antofagasta



             



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