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ONDSKAPT - Draco Sit Mihi Dux (2004)
Par MOX le 9 Mars 2005          Consultée 2416 fois

Étrange barrière que l’on a toujours un peu de mal à franchir, le black-metal pur et froid rebute. Et rebute notamment les auditeurs habitués à ce que leurs musiciens préférés mitonnent des enregistrements aux petits soins, qui vont chercher la puissance et la saturation maîtrisée. Quant au son cradingue, d’abord voulu mais devenu effet de mode, il nécessita toujours une volonté accrue pour permettre à l’album d’être ne serait-ce qu’écouté de part en part. Et si, par un jaillissement impromptu d’intelligence, on se débarrassait de cette vieille gêne et proposait une musique parfaitement audible ? Oaken Shield a eu cette bonne idée en rééditant « Draco Sit Mihi Dux » (sorti en 2002 chez Selbstmord Services) d’Ondskapt, one-man-band suédois (le triste sire se nomme Acerbus), lifting dont on ne peut avoir de regrets.

Car en quoi cela a-t-il pu dénaturer l’objet ? En rien, puisque l’effet principal est ici démultiplié : du noir et encore du noir, l’absorption de toute lumière et la rémission d’aucune chaleur. Cette production glaciale est délectable, métamorphosant les parties calmes en blocs de glace et les accélérations en blizzards. Vous aurez reconnu, avec ces qualificatifs, un rapprochement assez net vers les lenteurs d’un BURZUM et les tornades gelées d’un IMMORTAL. A cela près qu’une dimension folle et hors du temps s’érige, épaulée par un manque flagrant d’informations (pas de paroles, pas de titres, pochette minimaliste) d’une part et un chanteur malade d’autre part. Certes, pas de voix à la SILENCER, mais un ton rauque et discret, fréquemment orienté vers les râles, les gémissements et l’asphyxie. Le bonhomme ne cessera d’ailleurs pas de sombrer dans sa démence et son agonie, après qu’il a semblé être perdu au beau milieu de ces lignes musicales distantes vis-à-vis de lui. Impression persistante puisqu’aucun instrument ne vous tend la main, mais témoigne plutôt d’un lieu dans lequel on pénètre progressivement le long de l’album, et en se rapprochant au fur et à mesure de la folie manifeste du chanteur.

« Draco Sit Mihi Dux » s’engloutit vraiment aisément. Les morceaux s’enchaînent de manière très fluide, devenant continuellement plus bizarres. A l’aide de variations bienvenues du rythme, Ondskapt s’assure la concentration de l’auditeur en jouant en grande partie sur ces riffs glaciaux et prenants, boules de haine quand la batterie, lointaine mais résonant un maximum, s’excite sérieusement ; et ambiance sèche et crue quand l’acoustique prend le relais. Et mis à part « V » qui réitère exactement les mêmes effets, on se régale de l’inventivité de certaines notes, évoquant parfois un rock très froid (« II »). Mais rien d’entraînant, juste un jeu simple et saisissant qui consiste à concocter une mixture noire dont la recette se précise de fil en aiguille. « VI » est en cela déroutant qu’il fait comprendre à l’auditeur la marche entamée depuis le début, en lui découvrant le dernier bastion de folie –évoquée par des guitares sensiblement changeantes- premier édifice qu’il s’imagine, et dans lequel le chanteur, enfermé, geint et est torturé.

Fantastique escapade paralysante dû à un rythme presque entièrement maîtrisé (quelques longueurs dans « II »), gorgé de changements : autant de sévères accélérations, caractéristiques d’un black-metal brutal, que de ralentissements jamais reposants mais laissant au contraire l’auditeur en alerte quant à la reprise des hostilités. Troublé, en voyage dans un enfer froid, il voit un chanteur tenter piteusement une communion avec des guitares ici moins virulentes (« IV »), mais c’est ici essayer d’amadouer un livre ésotérique quand on n’y comprend rien. Comme si le curieux demeurait extérieur à la mélodie, simplement captivé par ces instruments dont la musique, éternelle et figée, était contenue dans une boîte que l’on pourrait ouvrir à l’envi.

C’est primaire, originel, déjà fait peut-être, mais à ranger dans le meilleur « true » black-metal (désolé, j’ai bien du le sortir), celui qui est passionnant de bout en bout. Ondskapt, en se voulant si distant, permet à chacun de se faire sa propre idée, avec en dénominateur commun cette avancée vers un repaire qui tient en haleine. J’y ai vu objectivement une coexistence de la folie, du froid et du noir, tous trois bien interprétés et suffisamment miscibles pour m’avoir laissé fermer les yeux et m’enrober, seul, de peur et d’engouement. J’en redemande.

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