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BRUTAL DEATH(CORE)  |  STUDIO

Lexique death metal
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- Style : Dying Fetus, Fit For An Autopsy, Cannibal Corpse, Suicide Silence

INGESTED - Ashes Lie Still (2022)
Par KOL le 20 Novembre 2022          Consultée 560 fois

On peut tout à fait être un esthète et un gros bourrin à la fois. Et ceci est valable dans bien des domaines artistiques. Prenez la gastronomie par exemple : les plus grands chefs, tout étoilé soient-ils, avouent facilement se réfugier dans des plats grand public ou industriels. Qui peut refuser un bon burger ou une pizza, dès lors qu’elle est préparée avec soin ? Idem en ce qui concerne le septième art, en fonction de l’humeur, on peut autant apprécier un blockbuster et le cinéma d’auteur (si, si, j’en connais !). Et bien en musique, c’est plus ou moins la même chose en ce qui me concerne. Je ne suis pas contre le raffinement, mais j’ai également régulièrement besoin de me faire un peu maltraiter, la mauvaise conscience (« quand même, c’est vraiment sale ce que j’écoute, là ») en guise de stimulus pour l’interdit. Et quand j’ai soif de violence, je me retourne depuis quelques années vers le Brutal Death(core).

Si LORNA SHORE tend à sortir du bois de l’underground en intégrant quelques touches Black à leur son, il me reste mon INGESTED pour assouvir mes sombres pulsions chaotiques et autodestructrices. Et ça tombe plutôt à point, car les Mancuniens viennent de pondre leur sixième opus en cette fin d’année 2022. Rarement décevant depuis des débuts hargneux mais un brin impersonnels, le combo britannique a depuis "The Architect Of Extinction" trouvé le chemin de la maturité, sachant agrémenter leur matraquage d’une once de sophistication qui fait toute la différence, sans pour autant compromettre leur marque de fabrique : la destruction.

À l’instar de Will Ramos, le nouveau frontman de LORNA SHORE ou de Joe Badolato de FIT FOR AN AUTOPSY, Jason Evans possède une palette vocale bien large, maîtrisant tous les chants typés « extrêmes » et s’en donne à cœur joie sur "Ashes Lie Still" au long des onze pistes. Le garçon fait bien partie du haut du panier, sans aucun doute. Cette polyvalence apporte une réelle variété plus que bienvenue quand on considère les parpaings que le genre nommé nous balance à la tronche sans coup férir.

Ceux qui apprécient les structures bien linéaires en seront sans doute pour leurs frais à l’écoute de la galette. Car les modulations ne se cantonnent pas qu’aux voix, l’ensemble étant rythmiquement très riche, frisant parfois l’IN(di)GESTEDion. Si le mid-tempo règne globalement en maître, les riffs bien saccadés, breaks/breakdowns et autres arrangements radicaux sont légion, tranchés façon carpaccio, sur une durée moyenne de morceaux qui plus est plutôt restreinte. Ce qui peut être à la longue frustrant tant certains passages sont furtifs et s’enchaînent très rapidement. La lisibilité de l’écriture en est souvent pour ses frais et je peux comprendre que cela puisse sévèrement rebuter certains lecteurs…

J’avais suffisamment reproché aux albums précédents le manque de titres marquants. L’homogénéité assumée des disques ne permettait que difficilement de trouver une porte d’entrée. Ce n’est pas totalement le cas ici, à ma grande satisfaction. Au rayon des highlights, j’avoue un plaisir particulier à l’écoute de "All I’ve Lost", sur lequel l'hyperactif Matt Heafy de TRIVIUM vient poser son growl inimitable. La chanson est une belle boucherie, son timbre apportant indubitablement de la profondeur à l’ambiance bien particulière qui l’habite. INGESTED a d’ailleurs exploré un travail précédemment initié sur les différentes atmosphères qu’il souhaiter donner à ses compositions. Le title-track, sur lequel les chœurs féminins éthérés de Julia Frau viennent apporter un contrepoids marquant, contrastant avec l’agressivité de l’ouverture, illustre à merveille cette évolution dans le son des Anglais. Chaque piste possède une identité recherchée, ce qui est précieux quand on officie dans un style qui porte la brutalité en étendard absolu. En guise d’aparté « Le Quotidien », notons, pour l’avoir rencontré après un show, que Jason Evans est d’une douceur insoupçonnable, ne boit pas d’alcool et est végétarien, ce qui casse un peu l’image de la brute avinée et sanguinaire officiant dans le Metal et ripaillant sans réserve en montrant son fessier aux caméras.

N'imaginez cependant pas que le groupe ait décidé d’édulcorer drastiquement sa recette, comme a pu le faire (avec grande réussite) FIT FOR AN AUTOPSY ces dernières années. Notez bien que je serais plus qu’intéressé de voir ce que cela pourrait donner, tant les musiciens sont intrinsèquement doués, mais l’occasion ne m’en est ici point offerte. Ainsi, l’excellent "Shadows In Time" rappellera forcément le "Dead Seraphic Forms" de "Where Only Gods May Tread", pour le meilleur il s’entend, dans ses modulations et passages leads subtils à la guitare. Très abouti de bout en bout, "Ashes Lie Still" confirme tout le bien que je pense de la formation, mais rien de significativement différent, et ne risquera pas de la faire sortir de sa confidentialité, malgré plus de quinze ans de carrière au compteur.

Toujours très bon mais jamais génial, INGESTED s’est appliqué à créer une forme d’aura autour de "Ashes Lie Still", incluant des claviers discrets mais efficaces, en guise d’écrin à leur violence, bien aidé en cela par une production aboutie (fruit de la récente signature chez Metal Blade Records ?). À défaut de la révolution que j’espérais pour apporter un second souffle à son œuvre, je saurais aisément me contenter de ces 48 minutes de baston aux ambiances ciselées, ce qui n’est pas donné à tout le monde dans ce milieu.

Note réelle : un vrai 3,5/5, arrondi à la baisse car l'effet de surprise ne fonctionne plus aussi bien, malgré des atmosphères soignées.

Morceaux favoris : "All I’ve Lost", "Ashes Still Lie", "Shadows In Time", "Tides Of Glass".

PS : pour les fans des Belges d’ABORTED (je sais qu’il y en a sur NIME), Sven de Caluwé se joint à la troupe le temps de "From Hollow Words", l’un des titres les plus rentre-dedans de l’opus.

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- Jason Evans (vocaux)
- Sean Hynes (guitare, basse)
- Lyn Jeffs (martelage de fûts)


1. Ashes Lie Still (feat. Julia Frau)
2. Shadows In Time
3. You’ll Never Learn
4. Tides Of Glass
5. From Hollow Words (feat. Sven De Caluwé)
6. Sea Of Stone
7. All I’ve Lost (feat. Matt Heafy)
8. With Broken Wings
9. Echoes Of Hate
10. Scratch The Vein
11. Rebirth (remixed)



             



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