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DIRGE - Vanishing Point (2021)
Par NEURO6 le 6 Septembre 2021          Consultée 1601 fois

J’ai découvert DIRGE sur le tard. Et même trop tard, car le groupe a mis fin à son existence en 2019, un an après la sortie de l’excellent "Lost Empyrean". J’écrivais à l’époque mes premiers mots pour ce vénérable site, en l’occurrence une chronique-express dudit dernier album du groupe. Je n’imaginais pas pouvoir écrire à nouveau à propos d’une production inédite des Parisiens, mais il faut croire que le sort en a décidé autrement.

Inutile de rappeler plus que de raison que DIRGE n’a certainement pas été reconnu et apprécié à sa juste valeur durant ces 25 ans de carrière. Nul n’est prophète en son pays, dit-on (*). Alors, c’est peut-être pour conjurer ce sort que les Français ont décidé d’offrir aux fans – et au monde – le bien nommé "Vanishing Point". Mais, exigence oblige, plutôt que de préparer une simple compilation de morceaux non publiés, DIRGE a vu les choses en grand. Avec cette rétrospective d’inédits composés entre 1995 et 2020 et proposés dans une édition limitée avec trois CD-Rom (quinze titres hors albums, deux remixes en collaboration et deux titres live), ce sont près de trois heures de musique qui s’offrent à nous !
Je ne vous cache pas que chroniquer un tel ouvrage est une gageure. Car l’objet même de cette sortie posthume est de retracer l’évolution du groupe durant un quart de siècle, en revisitant chacune des phases qui ont marqué des inflexions notables de leur style. Il serait vain – et ardu – de vouloir passer au crible les dix-neuf morceaux. On y trouve pêle-mêle des démos, des morceaux bonus, des raretés jamais publiées, etc. organisés chronologiquement. C’est ainsi l’occasion de revenir sur la riche carrière du groupe.

Les premiers morceaux sont donc très teintés de la patte industrielle des productions initiales de DIRGE. Ouvrant le bal, "Wounded Chakras" et le très électro "S.N.T.D.F." sont ainsi respectivement tirés des démos autoproduites "Mind Time Control" (1995) et "Dead Network Access" (1996), tandis que "Bastard" est une démo inédite. Il ne vous échappera pas que ce dernier transpire l’influence de NEUROSIS. Le glissement avec la suite de la carrière de DIRGE est ainsi subtilement amené avec le titre suivant "East", au tempo Doom et à l’atmosphère mélancolique : nous entrons ici dans le Post Metal à proprement parler, marqué par un rythme plus ralenti et par une approche mélodique très spatiale.
Il faut mettre en lumière ici toute la qualité du travail de mixage et de mastérisation qui constitue un véritable tour de force réalisé par Raphaël Bovey, qui a réussi à compiler les morceaux dans toute leur diversité et à leur rendre leur lustre. "Vanishing Point" est donc une production relativement homogène en matière de sonorités, ce qui permet de l’écouter comme un album.

"The Coiling", paru à l’époque sur la compilation Post Hardcore "Falling Down" (la première du nom, en 2008), avec sa douce introduction acoustique et son corps très Sludge, et le très beau "Submarine" (produit à l’origine pour "Wings Of Lead Over Dormant Seas" mais non publié) inaugurent le détour vers les titres plus longs (dix à quinze minutes) très contrastés et complexes. Si le premier est marqué par une grande rage, le chant exprimant un désespoir profond, le second s’impose comme un morceau instrumental très planant, laissant place au déploiement progressif du Post Metal des Français.

Deux autres morceaux – la très sombre reprise de The CURE "A Short Term Effect" et "Sine Time Oscillations", titre bonus produit à l’origine pour "Elysian Magnetic Fields", aux sonorités Drone – viennent clôturer le premier opus et, par la même occasion, la rétrospective des deux premiers tiers de la carrière de DIRGE. Car, nonobstant la qualité intrinsèque de ce premier florilège, toute la substance qui fait de DIRGE un groupe vraiment à part se concentre dans le dernier tiers de leur discographie, c’est-à-dire à partir du milieu des années 2000. La sortie remarquée de "Wings Of Lead Over Dormant Seas" en 2007 marque en effet un tournant notable dans leur parcours, au cœur d’une décennie qui aura vu le Post Hardcore atteindre son plus haut point de développement (au côté de groupes comme CULT OF LUNA, ISIS, ROSETTA, YEAR OF NO LIGHT, etc.).

Si le morceau instrumental très entraînant "Meure Menace" ouvre le second opus (il s’agit d’une reprise d’un titre du groupe de Post Rock lyonnais PICORE), c’est plutôt le second titre qui reflète bien le tournant musical de l’époque. "Below" est marqué par la patine contemporaine de DIRGE : lourd, lent et mécanique, il traîne un groove puissant bien accompagné par le chant caractéristique de Marc T. répondant aux incantations monotones de Milena Rousseau. Il reflète à lui seul le tournant des années 2000-2010 qui a vu le groupe produire parmi les meilleurs albums de Post Hardcore de l’histoire. Morceau inédit, il s’impose comme un incontournable dans "Vanishing Point", d’autant que les titres chantés s’y font relativement rares. C’est notamment le cas de "Absence", interlude instrumental qui nous projette dans le spectre de l’album "Hyperion", l’avant-dernier de la discographie des Parisiens. Le morceau (dont on retrouve un remix en sixième position) introduit deux titres se construisant progressivement, "Distance" (chanté) et "À Rebours", qui frôlent tous deux les dix minutes. Deux morceaux exigeants, peignant des paysages d’apocalypse à coups de riffs amers et d’une batterie martiale. Du pur bonheur.

II est alors temps de plonger dans l’univers de "Lost Empyrean", non sans une certaine appréhension. Car, on le sait, l’avancée dans "Vanishing Point" nous ramène inéluctablement à la finitude même du parcours du groupe. Pour mieux faire passer la pilule, ils nous offrent une pièce-maîtresse pleine de puissance et de maîtrise, "Carrion Shrine" et son magnifique duo au chant (avec Marion Leclercq). La construction du morceau, avec ses samples, sa batterie chirurgicale et les mélodies développées à la guitare, est tout bonnement exceptionnelle. Non publié à l’époque de "Lost Empyrean", on mesure ici toute l’étendue du talent de DIRGE qui avait eu le luxe de se passer de ce morceau. Pour finir ce second CD, deux remixes réalisés en collaboration mettent une dernière fois en valeur les productions tirées du dernier album. Toute la rage de Marc T. nous explose à la figure dans "Incendiary Dreams", ce remix du morceau-titre de "Lost Empyrean" réalisé avec KILL THE THRILL. Pour finir, "Hosea 8-7", morceau de Dark Ambiant proposé par TREHA SEKTORI, fait figure d’outro crépusculaire.

Vous êtes encore là ? Très bien, car il nous reste à détailler – rapidement – le CD numéro 3. Il renferme deux titres enregistrés en concert, "Epicentre" et "The Endless", tirés respectivement de "Wings Of Lead Over Dormant Seas" (2007) et de "And Shall The Sky Descend" (2004), soit un dernier regard jeté sur cette période féconde qui a vu DIRGE se démarquer - sans s’imposer - sur la scène Post Metal. Treize minutes pour le premier, vingt-huit pour le second, de quoi offrir un ultime moment de grâce dans ces trois heures d’écoute. On apprécie ici toute l’acclimatation de leur musique au live, en particulier ces deux morceaux organiques parfaitement portés par le chant lointain et plaintif et par les écrasantes nappes de guitares. Poétiquement, à l’instar de cette épopée que fut DIRGE, "Vanishing Point" se termine par "The Endless".

Nous avions quitté les vétérans de DIRGE amers et tristes, secoués par leur séparation. "Vanishing Point" nous offre un ultime soupir, particulièrement bienvenu et dont l’originalité devrait inspirer d’autres groupes. Le coffret contenant les trois disques propose aussi un livret de seize pages agrémentées de photos et d’œuvres d’Axël Kriloff, un habitué des collaborations avec le groupe.
Encore une fois, écouter DIRGE demandera une certaine discipline : pour ma part, je préfère m’immerger seul dans leur monde, avec mon casque. C’est d’autant plus vrai que "Vanishing Point" constitue une œuvre gargantuesque, généreuse et complexe. Le travail très fin mené pour remixer et réarranger tout cela, ainsi que le caractère diachronique de cette rétrospective, en font même une œuvre unique pour ouvrir une fenêtre sur plus de deux décennies d’évolution de la scène Post Metal. Très certainement, elle rebutera les profanes. Peu importe, car l’héritage de DIRGE, avec cet ultime opus parfaitement produit et remarquablement cohérent, est en mesure de s’inscrire dans une certaine éternité.

À écouter pour se faire une idée :
"Submarine"
"Bastard"
"Below (Twist Of The Knife)"
"Distance".


(*) À ma grande surprise, le groupe ne bénéficie même pas d'une fiche Wikipédia en français...

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- Marc T. (guitares, chant, samples 1994-2019)
- Alain B. (batterie 1999-2019)
- Stephane L. (guitare 2001-2019)
- Luz. (basse 2014-2019)
- Christophe 'zomb' D. (synthé 1999-2014)
- Christian M. (basse 2001-2004)
- David K. (basse 1998-2001)
- Franck T. (guitare 1998-2001)
- Laurent P. (chant et programmation 1994-1996)


- disque 1
1. Wounded Chakras
2. S.t.n.d.f.
3. Bastard
4. East
5. The Coiling
6. Submarine
7. A Short Term Effect
8. Sine Time Oscillations
- disque 2
9. Meure Menace (dirge Remix)
10. Below (twist Of The Knife)
11. Absence
12. Distance
13. À Rebours
14. Absence (Откров
15. Carrion Shrine
16. Incendiary Dreams (empyrean Reconstruction By Kill
17. Hosea 8-7 (in The Hands Of Treha Sektori)
- disque 3
18. Epicentre (live)
19. The Endless (live)



             



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