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ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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HÄLLAS - Conundrum (2020)
Par DARK BEAGLE le 12 Juin 2020          Consultée 1282 fois

HÄLLAS est un groupe d’un autre temps. Ou plutôt : qui semble venir d’ailleurs, un ailleurs où le Rock Prog tel qu’il était envisagé dans les années 70 (avec quelques clins d’œil aux ’80, ne soyons pas sectaire. Il y a eu des trucs bien dans les années 80. Mais pas les épaulettes aux vestes. Ni les permanentes choucroute ou les mulets. Plus. Jamais. Les. Mulets.) perdure, vit toujours et enfante des rejetons étranges sans être difformes. Les Suédois ont magistralement imposé leur style avec l’excellent "Excerpts From A Future Past", avec leur mélange habile de plusieurs écoles du Prog classique et de Hard Rock bien vintage, regardant ailleurs que les sempiternels LED ZEPPELIN et BLACK SABBATH. Et nos oreilles, relativement vierges d’une telle approche Revival n’ont pu que succomber devant ces odes légères et parfois étrangement épiques malgré tout, qui brillaient comme autant de petits soleils.

La pochette ouvre encore une fois de nombreuses perspectives. Elle œuvre dans l’Heroic Fantasy, mais elle ne ferme pas la porte à une certaine forme de Science-Fiction. Dans le genre, elle est assez évocatrice de l’univers de Michael Moorcock, que l’on ne peut résumer qu’à Elric de Melniboné, mais plus au Champion Éternel et ses multiples facettes : Hawkmoon, Corum, Jerry Cornelius, Von Bek, Erekosë – celui qui fait le lien entre toutes ces incarnations – avec un imaginaire suggéré assez fort. Et effectivement, les Suédois nous content une histoire depuis leur premier EP, où nous suivons Hällas, une espèce de Templier, pris de doutes et cherchant la vérité. Il va faire diverses rencontres et apprendre qu’un mal d’un autre temps s’apprête à faire son retour. Ce "Conundrum" termine d’ailleurs plus ou moins l’histoire. Elle peut connaître des rebondissements, nul ne le sait encore, sinon les musiciens (et encore).

Globalement, HÄLLAS poursuit son chemin. À la première écoute, il ne semble guère y avoir de changements par rapport à "Excerpts From A Future Past". Pourtant, il apparaît rapidement que le groupe a encore affiné sa formule et qu’il qu'il apparaît un peu plus abordable, avec quelques morceaux plus courts, judicieusement placés en début d’album pour en maximiser l’impact, à la façon d’un "Rising" de RAINBOW. L’aspect Rock se fait plus présent, quelques guitares se font plus mordantes ("Beyond Night And Day") mais difficile de ne pas remarquer les variations apportées aux morceaux, comment un passage relevé peut sans crier gare déboucher sur des plages d’un calme effrayant de maîtrise avant un rappel judicieux du riff initial qui vient boucler la boucle.

Cependant, c’est un schéma de construction qui est loin d’être une constante lors de l’élaboration de morceaux. Le groupe a plus d’une corde à son arc et se fait plaisir aussi bien avec les ambiances qu’avec l’approche de l’écriture. Si l’efficacité Rock ne fait aucun doute concernant "Beyond Night And Day", HÄLLAS nous emmène ailleurs dès le morceau suivant, "Strider". Cette fois-ci, ce sont les harmonies vocales qui nous transportent. Mais pas des harmonies à la QUEEN, pleines d’emphase et grandiloquentes, non, les Suédois proposent quelque chose de plus solennel, de plus profond, de plus mystique, même. Le genre de titre qui nous emmène forcément ailleurs, pour peu que l’on soit un tant soit peu réceptif à ce que propose HÄLLAS.

En revanche, la formation prend une toute autre dimension dès que l’on arrive à la seconde moitié de l’album, où elle se livre à son jeu préféré : la construction de pièces plus conséquentes, qui voyagent entre sept et huit minutes, avec des moments purement jubilatoires ("Labyrinth Of Distant Echoes"). Ce n’est pas forcément du côté des riffs qu’il faut chercher. Ils ne sont pas franchement très Hard et ceux qui ne cherchent que cela risquent d’être sacrément déçus du temps passé sur ce disque. Non, ce qui fonctionne très bien et qui s’avère des plus appréciables, c’est cette façon de raconter une histoire, de l’amener jusqu’à un paroxysme, puis subitement entamer un nouveau chapitre ou faire une digression pour le moins vertigineuse.

Il y a du talent chez ces musiciens et le chant de Tommy Alexandersson s’est amélioré depuis le dernier album, il a gagné en profondeur. Il parvient toujours à se montrer très théâtral, mais il a pris de la puissance, il sait se faire plus dur, ou au contraire, plus lumineux, en fonction des différentes parties des chansons. À ce titre, "Fading Hero" est une petite perle de Rock Progressif, où chacun donne beaucoup de sa personne pour arriver à un résultat vraiment flamboyant. Il s’agit là de la fin de l’histoire et elle prend une dimension à la fois épique et mélancolique et elle offre un point final magnifique qui donne pour le coup envie d’applaudir le groupe à deux mains. Rares sont les groupes à parvenir à tenir leur concept sur plusieurs albums sans fléchir et se perdre.

Pourtant, difficile de ne pas se demander si le groupe ne recycle pas ses plans sur les morceaux les plus Prog tant ils donnent l’impression d’avoir déjà été entendus sur l’EP ou l’album précédent, ce qui est en fait un effet de mirage auditif : le style est tellement imprimé que malgré le fait que les musiciens s’autorisent de nombreuses idées, leur patte est immédiatement identifiable, avec cette impression de déjà entendu. Pourtant un effort a été fait sur le son des claviers, moins ouvertement ’70 que sur "Excerpts From A Future Past". Sinon je vais avouer avoir du mal avec "Carry On", un bon morceau, bien calibré, peut-être trop même et c’est là que, pour moi, il fonctionne moins bien. L’aventure semble lointaine et peu passionnante, quand d’autres titillent totalement l’imagination.

Et il reste donc une œuvre riche, taillée dans le marbre des grands disques de Rock Progressif. Les Suédois parviennent encore une fois à nous surprendre, à apporter de nouvelles choses pour rester passionnants et "Conundrum" n’a pas à rougir de son ainé. Dans la continuité sans être son jumeau, il s’adapte au récit qui sert de trame de fond et HÄLLAS nous convie à une véritable palette de sentiments tout en faisant un pied de nez à ceux qui assurent que le Rock Progressif n’est qu’une démonstration stérile dénué de la moindre émotion (des personnes que j’invite à découvrir CAMEL, par la même occasion). Il reste cependant une interrogation : à présent que ce pan de l’histoire est terminé, le groupe va-t-il radicalement changer de ton en inventant un autre univers ou nous réserve-t-il d’autres surprises dans le monde qu’Hällas, le personnage, a traversé ?

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   (2 chroniques)



- Tommy Alexandersson (chant, basse)
- Marcus Petterson (guitare)
- Alexander Moraitis (guitare)
- Kasper Eriksson (batterie)
- Nicklas Malmqvist (claviers)


1. Ascension
2. Beyond Night And Day
3. Strider
4. Tear Of A Traitor
5. Carry On
6. Labyrinth Of Distant Echoes
7. Blinded By The Emerald Mist
8. Fading Hero



             



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