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REGARDE LES HOMMES TOMBER - Ascension (2020)
Par NEURO6 le 19 Avril 2020          Consultée 1283 fois

Personnellement, je trouve que le Black Metal est un genre musical assez engageant : j’en écoute et cela me met généralement de bonne humeur. Ce que j’apprécie encore plus, c’est lorsque les groupes tentent de quitter les sentiers battus du genre pour s’engager dans des voies de traverse, tortueuses, en faisant la part belle à l’expérimentation, aux emprunts mélodiques. Bref, j’aime le Black Metal moderne. Cela tombe bien, les Nantais de REGARDE LES HOMMES TOMBER (RLHT pour les intimes) viennent de sortir un troisième album. À l’origine, RLHT est un groupe instrumental. Après quelques évolutions de line-up, notamment marquées par l’intronisation de l’actuel chanteur, T.C., qui a succédé à U.W. en 2014 (Ulrich/Dagoth, le chanteur d’OTARGOS), le groupe semble avoir trouvé sa stabilité.

Si cinq musiciens se partagent la scène, on peut considérer qu’il existe un sixième membre au groupe : il s’agit d’Henoch, le parolier. C’est lui qui emprunte à la mythologie biblique pour l’écriture des chansons. L'approche spirituelle du groupe s’inspire en particulier du gnosticisme, mouvement de pensée renégat associé au christianisme naissant. Les théories gnostiques considéraient le Dieu de l’Ancien Testament, Yahvé, comme un simple démiurge inférieur : ayant créé un monde imparfait, ils le tiennent pour responsable de la mort du Christ et du mal-être des vivants. Les gnostiques vouaient un culte à un Dieu jugé parfait et supérieur, étranger au monde et créateur de l’esprit. Ils prônaient une vie ascétique et méditative, centrée sur la transmission de la connaissance divine (la gnose), et ce afin de dégager l’âme de son emprisonnement charnel. Naturellement, ce mouvement de pensée radical a été très tôt combattu par l’Église. RLHT a donc assis son concept spirituel et son esthétique sur ces fondements.

Pour "Ascension", Henoch s’est toutefois laissé aller à l’originalité, en créant une histoire à partir de l’album précédent. Ainsi, le premier titre chanté, "A New Order", fait suite à "The Incandescent March", dernier morceau de l’album "Exile". Le groupe ne défend pas une vision dépressive du BM, mais au contraire, les musiciens lui préfèrent une approche transcendantale et éclatante. L’esthétique de l’artwork en atteste : rappelant la bande-dessinée, l’illustration est assez surprenante dans la sphère BM (mais pas autant que celles de SACRED SON). Elle est signée du duo d’illustrateurs Førtifem, avec qui le groupe collabore depuis plusieurs années. Ils ont aussi bossé sur des illustrations pour EMPEROR, BEHEMOTH, TRIVIUM dans le cadre du Hellfest, ou bien à la réalisation d’un visuel pour un t-shirt de RAMMSTEIN, excusez du peu !

"Ascension" boucle un triptyque initié en 2013 avec "Regarde Les Hommes Tomber" et poursuivi en 2015 avec "Exile". S’il a fallu cinq années supplémentaires pour y parvenir, c’est la faute à la renommée acquise avec la sortie de "Exile" et à une tournée de deux ans. Après une pause bienvenue, le groupe a pu se lancer dans l’écriture de cet ultime album. Chez Season of Mist cette fois, afin de s’assurer une audience plus large, en particulier à l’étranger. "Ascension" : une façon de montrer que le groupe a gravi une marche supplémentaire dans sa progression ?

L’album démarre avec "L’Ascension", une intro instrumentale et progressive qui nous plonge dans l’ambiance si particulière de RLHT : pas écrasante ou dépressive, mais inquiétante et solennelle. C’est l’une des particularités du groupe, cette volonté de s’extraire des carcans du Black Metal pour arpenter son propre chemin. Cette intro ouvre la voie au premier des huit morceaux que contient l’album (dont un interlude).
"A New Order" ne fait pas dans la dentelle. Avec ses riffs entêtants, culminant après deux minutes, c’est un premier coup de pelle bienvenu, profondément galvanisant. On ne peut qu’être impatient d’entendre ça en concert ! Les huit minutes du morceau sont de très bon niveau. La pause intermédiaire (on croit le titre terminé), est l’occasion de mieux relancer la machine : T.C. vient nous délivrer avec ses incantations finales et envenimées. Leur jeu est particulièrement dense : on remarque que cela s’est intensifié en comparaison à leurs précédentes productions. RLHT ouvre donc avec un très bon morceau, dont les paroles ont inspiré la pochette de l’album.
Ce tournant extrême se confirme avec "The Renegade Son". Le morceau propose aussi la même structure : ça blaste sévère, le riff est entêtant. Il nous mène progressivement vers l’explosion. Encore une fois, le chant de T.C. est remarquable par sa singularité, par ses variations. Comme dans "A New Order", on retrouve cette pause intermédiaire qui permet de relancer la machine. Une frénésie qui n’est pas sans rappeler SVART CROWN.
Les deux morceaux ont la même durée, à trois secondes près, et la même structure : démarrage en trombe autour d’un très bon riff, progression vers un apogée, explosion, pause, reprise portée par le gros blast de R.R. Des morceaux efficaces, qui s’aventurent dans la sphère Death et qui semblent construits pour le live !

Le morceau "The Crowning" a une approche plus mélodique. Il nous transporte par ses belles lignes de basse et par le chant incantatoire de T.C., prêtre antique et possédé dirigeant la cérémonie avec sa maîtrise vocale sans faille, d’un niveau supérieur à la précédente mouture du groupe. "Stellar Cross", mélodique et menaçant, est arrimé au morceau précédent. C’est peut-être le titre le plus progressif de l’album, rappelant ENSLAVED par son atmosphère éthérée et ses sonorités claires.
Après l’interlude "La Tentation", le final de l’album est assuré par "Au Bord Du Gouffre". Le titre apporte une autre dimension avec un chant en français, émotionnel et intime. Les arrangements complexes font alterner les assauts massifs portés par les riffs avec des rebondissements symphoniques. « Regarde les hommes tomber » : c’est par ces mots que le groupe conclut à la fois l’album et le triptyque initié en 2013.

Pris individuellement, chacun des morceaux est indéniablement de grande qualité. Mais... Quelque chose cloche globalement.
"Ascension" est un album relativement court (moins de 47 minutes cela reste correct), fluide mais assez homogène : son écoute passe assez vite. "A New Order" et "The Renegade Son", avec leur composition à tiroir – ce qui est assumé par le groupe – sont de très bonne facture. Le chant singulier, entre complaintes hallucinées et saillies éraillées, porte bien l’album. La suite, en revanche, surprend moins l’auditeur. Peut-être l’interlude, qui vient faire retomber l’ambiance comme un soufflé, aurait dû être substituée par un autre morceau. L’ensemble donne même l’impression d’une certaine redondance, malgré la qualité intrinsèque des morceaux, et l’originalité du dernier titre. L’album semble manquer de liant, tandis que la production laisse l’impression de lisser l’ensemble. Est-ce trop propret pour du Black ? Ou bien trop consensuel pour du Post Black ?
À chaque écoute, j’ai ce sentiment constant qu’il manque quelque chose pour que le son prenne une toute autre mesure. Comme le recommande le livret du CD, il aurait certainement fallu que j’écoute l’album en immersion, casque sur la tête et à la lueur d’un chandelier...
Mais, on est loin d’une véritable déception. Disons plutôt que l’attente placée dans RLHT est grande. Avec leur écriture résolument moderne, flirtant avec le Post Black, et avec un son plus radical, plus extrême, mais sans tomber dans la caricature, le groupe a fait un pas en avant depuis sa dernière production. Prenons ça du bon côté : le groupe est sur une très bonne voie pour marquer la décennie 2020 et assurer à la scène Black française une locomotive bienvenue.

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   NEURO6

 
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- T.c. (chant)
- J.j.s. (guitares)
- A.m. (guitares)
- A.b. (basse)
- R.r. (batterie)


1. L'ascension
2. A New Order
3. The Renegade Son
4. The Crowning
5. Stellar Cross
6. La Tentation
7. Au Bord Du Gouffre



             



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