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PELICAN - Nighttimes Stories (2019)
Par NEURO6 le 20 Novembre 2019          Consultée 575 fois

Groupe originaire de l’Illinois et officiant dans un Post Metal instrumental, deux caractéristiques qu’il partage avec RUSSIAN CIRCLES, PELICAN est de retour après un hiatus de six ans. Six années pour produire le successeur de "Forever Becoming", si l’on excepte la parenthèse "The Cliff", EP sorti en 2015. L’attente était grande, d’autant que le groupe a su rassembler autour de lui une base de fans assez considérable depuis la sortie de "Australasia" en 2003. Cet album fondateur, éminemment inspiré et salué par la critique, lui a permis de se hisser au sommet de ce segment si particulier du Post Metal instrumental. Ce n’était pourtant pas gagné. Œuvrant depuis le début des années 2000, PELICAN n’était à l’origine qu’un projet parallèle, les membres originels officiant surtout dans le groupe de Grindcore TUSK. Une tournée avec ISIS plus tard, PELICAN est devenu un « vrai » groupe avec "Australasia". Avec "Nighttimes Stories" sorti le 7 juin 2019, le groupe a souhaité s’inspirer de ces racines Hardcore. Pour renouer avec ses succès d’antan ?

Éclaté entre Chicago et Los Angeles, ce qui ne facilite pas les échanges et la complicité quand tout passe par une Dropbox partagée, PELICAN a surtout été victime du mauvais sort durant cette période. En 2014, le groupe a eu le malheur de perdre un ami. Jody Minnoch était le chanteur de TUSK, dont trois des quatre membres de PELICAN font toujours partie. D’ailleurs, à l’origine, le titre "Nighttime Stories" a été imaginé pour TUSK, et certains titres de l’album proviennent des carnets de notes de Jody Minnoch. Puis, le décès du père de Dallas Thomas n’a pas facilité la poursuite de la production de l’album, le premier entièrement composé avec le guitariste débarqué en 2012. Bref, une période chaotique qui explique à la fois le temps pris par le groupe pour composer cet album, mais qui renseigne également sur le contenu intrinsèque de "Nighttime Stories".

L’album reflète en effet les angoisses et la frustration des musiciens par rapport au monde actuel, son écriture ayant débuté au moment où les États-Unis allaient élire Donald Trump, pas vraiment dans le cœur des quatre gars de l’Illinois. On comprend assez vite qu’il a d’abord été écrit pour les membres du groupe ; il s’avère ainsi très personnel et transcendantal. Famille, tristesse, sens de la vie sont les questions posées par les musiciens à travers cet opus. Bref, pas une histoire pour endormir les enfants ! S’il renferme des hommages multiples et poignants, il est difficile voire impossible d’en prendre la mesure sans effectuer des recherches en ligne et sans lire leurs interviews. En effet, à leur lecture, le disque prend une autre dimension. C’est là la limite des groupes instrumentaux, dont l’essence rend plus difficile la transmission plus ou moins explicite des messages aux auditeurs. À l’écoute du disque, on remarque déjà qu’il est le fruit d’un travail méticuleux. Le style oscille entre Post Metal, Doom et Sludge, et emprunte quelques constructions Post Hardcore.

Composé de huit titres, pour trois-quarts d’heure de musique, l’album début avec "WST". Funèbre et grave, le titre nous introduit immédiatement dans une ambiance lourde et pesante. Je dis « introduire » car le morceau, qui affiche tout de même plus de trois minutes, propose une composition indéniablement préliminaire. C’est surtout un titre dédié au défunt père de Dallas Thomas, ce dernier utilisant sa guitare acoustique pour poser les quelques arpèges du début de morceau. Il finit dans un bourdonnement, contrastant avec son démarrage très mélodique, et provoquant un enchaînement déstabilisant avec "Midnight And Mescaline" et son allumage en trombes. Support musical d’une course-poursuite nocturne dans rues de Chicago (les groupes de Post Metal instrumentaux ont un potentiel « musique de film » assez élevé, je trouve), c’est un morceau entraînant, avec de belles lignes de guitares. Pour le coup, il s’enchaîne bien avec "Abyssal Plain", dont le blast beat et les riffs répétés nous sortent de la torpeur générale de l’album, même si le morceau est un peu convenu, notamment à cause de ce riff « 8 bits » pas top… Puis, "Cold Hope", dans un registre assez Stoner proche de MASTODON, clôt la première partie de l’album.

"It Stared At Me", sorte d’interlude fait la charnière avec la suite. Avec sa construction Post Rock et son très joli passage harmonieux et planant à 2’20, il constitue un bon morceau. Seul regret, il est un peu court (3 minutes 22), nous laissant sur la faim. Il me semble pourtant être celui qui a le plus de potentiel, proposant un démarrage calme rappelant les interludes de NEUROSIS. Il laisse ensuite la place au titre éponyme. Doté d’une entrée en matière musclée et de riffs entêtants, "Nighttime Stories" nous plonge au plus profond des ténèbres de l’album, par son côté sombre et inquiétant. De même, "Arteries Of Blacktop" est également un bon morceau, bien cadencé par la batterie de Larry Herweg. On y retrouve ce côté musique de film pas désagréable. Le morceau devient ensuite très Doom (3’13), frôlant des sonorités plus extrêmes par la suite, l’angoisse s’immisçant en nous à partir de la cinquième minute. Il fait partie de mes titres préférés car c’est un morceau fondamentalement Post Metal. Il s’articule bien avec l’ultime titre de l’album, "Full Moon, Black Water" les deux étant très liés, à tel point qu’ils auraient pu former un seul et même morceau de Post Hardcore mutique. La basse de Bryan Herweg y est omniprésente. Ce dernier morceau, le plus long de "Nighttime Stories", est très entraînant et, surtout, il semble dissiper un peu le brouillard qui enveloppait l’album (surtout à partir 6’44), canalisant toute la négativité dans un élan purificateur. L’album finit donc sur cette note d’espoir.

En substance, avec "Nighttime Stories", PELICAN demeure dans son style très maîtrisé. Mais avec si peu de prise de risques, le groupe continuera de demeurer dans l’ombre de son rutilant voisin RUSSIAN CIRCLES. On aimerait parfois que ça tabasse un peu plus. "Nighttime Stories" souffre encore de cette retenue et de cette absence d’expérimentation concrète qui font l’essence même du Post Metal. Mais tout n’est pas négatif dans cet album, loin de là, d’autant que les circonstances difficiles pour accoucher de cet opus sont à prendre en compte. En réalité, avec ce disque rugueux, pas facile à appréhender, mais animé par une vive énergie (il faut noter la très bonne performance du bassiste Bryan Herweg qui stimule chacun des titres), PELICAN inaugure peut-être, telle une chrysalide, la fin d’une ère et le début d’un renouveau.

Morceaux préférés : "It Stared At Me" et "Arteries Of Blacktop".

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   NEURO6

 
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- Trevor De Brauw (guitares)
- Bryan Herweg (basse)
- Larry Herweg (batterie)
- Dallas Thomas (guitares)


1. Wst
2. Midnight And Mescaline
3. Abyssal Plain
4. Cold Hope
5. It Stared At Me
6. Nighttime Stories
7. Arteries Of Blacktop
8. Full Moon, Black Water



             



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