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2013 Saga
2014 V..
2017 Skadi
 

- Style : Agalloch, Gallowbraid
 

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The FLIGHT OF SLEIPNIR - Skadi (2017)
Par WËN le 1er Septembre 2017          Consultée 1043 fois

Certes vulgarisée à l’extrême par le lot de clichés-pouet-pouet qu’elle peut parfois se coltiner, s’il y a néanmoins une qualité qu’on ne peut retirer à cette scène Folk/Pagan Metal directement inspirée des mythes nordiques, c’est sa propension à souvent placer ses héroïnes, déesses ou simples mortelles, sur un pied d’égalité face à leurs homologues masculins, toujours prêtes à coller une mandale au moindre regard de travers. Ces farouches wonder-women boréales, harnachées pour le combat, l’épée nue et le bouclier ceint sauront tout naturellement s’imposer auprès de tout un public tant par la badass-itude qu’elles incarnent que par cet idéal d’égalité qu’en ce début de XXIème siècle notre soi-disant civilisée société n’est malheureusement toujours pas capable d’atteindre, ne sachant pas, ne voulant pas, garantir les mêmes droits ni les mêmes mérites selon un détail aussi infime - au bout de quelques millions d'années d'évolution - qu'un caractère génétique.

Skaði, native de la glacée Jötunheim, personnification des hivers et des montagnes dans les vielles sagas norroises, se plaisant à taquiner le gibier de son arc à ses heures perdues, est indubitablement l'une de ces héroïnes nordiques : ce type même d'icône féminine sans crainte, sachant assurément en imposer lorsqu'il s'agit de prendre les armes pour marcher contre les Ases afin de venger son père assassiné. Des Ases plutôt nases et bien prompts à négocier lorsque la géante vient tambouriner aux colossales portes d'Ásgard, ceux-ci allant jusqu'à lui proposer, pour calmer son courroux, de prendre l'un d'eux pour époux (Njörd en l'occurrence, la situation tournant rapidement à l'amère vanne tant le Vane de la mer et sa femme ne cohabiteront qu'avec peine, mais ceci est une autre histoire).

En tout cas, voire The FLIGHT OF SLEIPNIR se pencher sur le sujet est déjà une réelle bonne nouvelle en soi, tant le groupe sait retranscrire le folklore scandinave (qui en tire justement son nom, de Skaði) en de ternes et boueuses litanies, sérieuses et graves, à des lieues de certains de leurs comparses scaldes trop souvent portés sur l'hydromel et d'inconvenants - puisque festifs - crins-crins virevoltants. De plus, avouons que la vision fantasmée et tout en élégance que sait nous en donner Csicsely (batterie, guitare, chant, artwork) à travers ses différentes œuvres graphiques depuis leur EP de 2009, est plus que jamais à même de donner vie à notre fière géante … Qui tout naturellement, à bien y regarder, saura leur rendre la pareille, tant ses charmes glacés personnifient à merveille les froides mélodies délicieusement tourbées que le combo d’Arvada (Colorado, États Unis) nous développe là.

Musicalement le duo, devenu quartette (s’entourant de leurs anciens confrères de THROCULT et d’ARCHERONIAN DIRGE), privilégie ici ces séduisants atours hivernaux qui lui siéent si bien au sein de ce Black Sludgy mélodique - tant Folk que Doom - dont on le sait coutumier. Alors que ceux-ci étaient en net recul dans le dosage du récent "V." (2014, le groupe y préférant l’action brute et l’attrait épique des chants de batailles au détriment d'ambiances forestières plus folks), ces fraîcheurs mélodiques nous permettent en tout cas de renouer avec le VOL DE SLEIPNIR qui nous plaît, celui que l'on perd subitement de vue alors que le blizzard s’épaissit, pour le retrouver plus loin, au détour d’un épineux bosquet de riffs tant ébouriffés qu’ébouriffants ; ceux-là même qu’il avait si habilement su nous distiller lors de sa "Saga" de 2013.

Derrière ses lourdes et moroses guitares saturées, rabâchées - à grand renfort de réverb’ - avec lenteur et conviction tandis que s'époumone le sieur Cushman (guitare, chant, claviers), il n'est pas rare qu'une fine bruine acoustique, toute vaporeuse et enveloppée de fantomatiques chœurs mélancoliques et plus nuancés, ne vienne percer l'épaisse frondaison. Preuve en est avec ces pièces d'ouverture et de clôture (le bien nommé "Awaken" ainsi que le magistral "Falcon White") au caractère bien trempé, sachant précautionneusement jongler avec nos émotions comme avec autant de fruits gâtés par le temps. Quelques discrets claviers s’écoulent paresseusement, venant rehausser les ambiances, mais sans jamais déborder de leur lit, trop respectueux de leur rôle d’accompagnement. Pas de révolution sur ce "Skadi" donc, le fabuleux destrier s’en tenant ici à son immémoriale recette, après ce "V." plus aventureux. Nulle prise de risque, la nouvelle neige est tapissée d'empreintes que nous n'avons qu'à suivre pour nous laisser guider à travers les froides forêts de pins stoïques. Ainsi, "Earthen Shroud" apportera son lot de duels de guitares, nous révélant quelques jolis soli/mélodies (son orgue enchanteur sur sa première moitié) tandis que "Tenebrous Haze", ainsi que l’ultime évolution Sludge de "Falcon White", se voudront garantes de la tradition tourbée et bourbeuse de la partition des Américains, même si, une fois de plus, cette alternance se développe à même le giron de Skaði, et non pas sur telle ou telle de ses empennées flèches musicales. Idem pour "Voices", le court instrumental acoustique de rigueur, surtout intéressant dans son second développement (magnifié par l'intervention d'un synthétique quatuor à cordes désenchanté) qui permettra de souffler dans ce maelström hivernal.

Au final, la principale et notable différence que nous observerons, preuve que la formation ne fait pas non plus table rase de son récent passé, c’est cette propension intacte à allonger la durée de ses compositions (la quasi-totalité des cinq pièces proposées ici s'étalant entre 8 à 11 minutes), sans que cela ne lui soit d’ailleurs jamais dommageable. Cette tendance à vouloir prendre leur temps pour développer leurs sujets - d’abord observée sur leur précédent opus - se veut cette fois plus digeste, les Américains ne retombant pas dans le piège des minutes superflues, sachant nous proposer là un album bien plus concis (une demi-heure de moins au compteur). Certes, cinq titres pourront parfois faire paraître notre Skaði bien famélique, mais celle-ci possède suffisamment de cordes à son arc pour, en autant de rebondissements, nous proposer un large panel de l’étendue de sa grâce via ces atmosphères très variées. Autre facteur, tu, mais peut être à considérer : la formation libre de son engagement auprès de Napalm Records (chevauchant jusqu’aux portes de Eisenwald, écurie allemande de taille plus modeste) a sans doute réussi, une certaine pression envolée, à se recentrer sur son art, prenant davantage de temps à composer et s’autorisant la latitude nécessaire pour galoper où bon lui semble...

Ce "Skadi" aux qualités bien trempées a donc cela pour lui qu’il prouve que The FLIGHT OF SLEIPNIR sait toujours enivrer son auditoire par la force évocatrice de ses compositions, en ramenant la formation sur des plates-bandes plus familières. Sans que ce sixième album soit le plus marquant de sa carrière, ce dernier parvient néanmoins à proposer suffisamment de magie pour mériter son lot d’écoutes sans lasser et ce, malgré les (seulement) cinq titres qui le composent, pouvant parfois laisser l’impression d’en parcourir trop rapidement les farouches atours. Moins dramatique, davantage contemplatif, les atmosphères qui s’en dégagent correspondent finalement parfaitement à la force brute et sauvage, mais tellement raffinée, de son héroïne.

Un 3,5/5 mérité que nous arrondirons cette fois-ci à 4. Ne demeure maintenant qu’à les voir tourner en Europe et depuis le feuilleton de l’été relatif au Ragnard Rock Festival, les chances s’amoindrissent hélas encore.

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- Clayton Cushman (guitare, chant, claviers)
- Justin Siegler (guitare)
- Dave Borrusch (basse)
- David Csicsely (batterie, guitare, chant)


1. Awaken
2. Tenebrous Haze
3. Earthen Shroud
4. Voices
5. Falcon White



             



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