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CULT OF LUNA - The Long Road North (2022)
Par ISAACRUDER le 2 Mai 2022          Consultée 3749 fois

La route vers le Saguenay figure certainement parmi les magnifiques souvenirs que je garde du Québec. J'étais fraîchement immigré et je devais donner une conférence en littérature à l'Université de Chicoutimi. C'était ma première escapade vers le Nord, depuis Montréal, grande ville nord-américaine dont les nombreux parcs ne suffisent point à empêcher le besoin de prendre la fuite. Je partis donc avec une voiture de location, heureux de parcourir près de 5h de route. L'Amérique du Nord a ce charme immédiat pour les amateurs de roadtrip, le charme d'un territoire immense encore quelque peu épargné par la surpopulation qui frappe la France. Le Canada, en particulier, vaste pays d'à peine quarante millions d'habitants, est un havre de nature interminable, de forêts à perte de vue, de mille lacs et monts qui furent autrefois parcourus par les Amérindiens. Cette longue route vers le Nord m'a marqué puisqu'en tant que Français, je n'avais jamais ressenti cette impression de solitude, d'inquiétude, et, disons-le, de peur. Il faut vous imaginer en effet que, parti avant le coucher du soleil, je ne m'attendais certainement pas à ce que la majorité de la route se fasse sans la moindre civilisation. Il y avait là une nouveauté incroyable. Pas un lampadaire, pas une cabane, seulement quelques voitures éparses qui me croisaient perdues elles aussi dans la nuit immense et l'horizon indépassable des sapins. Les ténèbres pures, comme jamais vous ne les avez vues, à peine percées par les faibles phares d'une voiture-intrus. J'ai ressenti à ce moment un sentiment mystique, comme si la nuit m'avalait et que, seul dans la machine protectrice, je m'engonçais dans la noirceur environnante et que je ne répondais plus de rien, en pilote automatique sur l'asphalte mariée avec le ciel d'encre.

Est-ce la vie qui imite l'art ou l'art qui imite la vie pour reprendre Wilde ? La musique a ce pouvoir de ressusciter des souvenirs, des impressions, des émotions vécues à un instant précis. Si la littérature permet de communiquer avec les morts comme l'écrit Houellebecq, la musique permet de raviver des impressions que l'on croyait éphémères. Et il faut dire que cela faisait longtemps que CULT OF LUNA ne m'avait pas entraîné dans cette spirale sublime que l'on ressent, happé par l'énergie d'un album pratiquement sans failles, qui, de bout en bout, raconte autant qu'il invoque. Après avoir sorti deux disques bons mais sans grand génie, "The Long Road North" est un grand album, de ceux qui émaillent la carrière des artistes jamais à court de souffle artistique. Plus la carrière dure, et plus l'on peut s'attendre à du réchauffé, mais certains artistes s'abreuvent à une source qui ne tarit point. CULT OF LUNA en fait partie, et il retrouve ici le niveau incroyable qu'il avait sur un "Somewhere Along The Highway", dont cet album partage nombre de traits, tout en accentuant une tendance plus épique et narrative développée sur les derniers essais. Impossible tout d'abord de rester de marbre face à ce qui est une des meilleures entrées d'album jamais offertes par les Suédois. "Cold Burn", avec ses trompettes apocalyptiques, ses percussions imposantes de troupe en marche, est une merveille absolue, dominée par la puissance vocale d'un Johannes Persson au top de son niveau. Et surtout, ça riffe ! Ce riff qui pouvait manquer sur "A Dawn To Fear" ou l'EP "The Raging River" est ici au cœur d'un album épique, dramatique et profondément cinématographique. Le titre éponyme en est l'incarnation. On croirait retrouver le CULT OF LUNA pré-"Somewhere Along The Highway", celui marqué par le Sludge de NEUROSIS, qui n'hésitait pas à faire parler la poudre. Les guitares vrombissent, la batterie martèle, impériale, et Johannes entraîne l'ensemble d'une main de maître, chef de guerre en route vers le Nord, terre de promesse loin des Hommes !

C'est néanmoins l'au-delà du riffing qui marque l'écoute et permet de parler d'une cinématographie. On retrouve le CULT OF LUNA atmosphérique, maître de l'ambiance, de la touche d'émotion qui percute, qui déstabilise, qui précipite l'auditeur dans la narration, ici absolument inspirée par un folklore païen. Un sentiment de longue marche, suggérée par le titre, domine en même temps que celui de parcourir une route vers un site rituel. Mystique ancestrale et geste épique forment un ensemble magnifique. "The Long Road North" fait partie de ces albums qui content une histoire, magistrale réussite que le groupe a mené par le passé avec "Somewhere Along The Highway", "Vertikal" et possiblement "Mariner". Oui, cet album est de cette trempe. C'est notamment en prenant le temps de développer son propos que CULT OF LUNA parvient à nous entraîner dans cet univers. "Beyond I" par exemple, est un superbe interlude chanté par Mariam Wallentin, dont la voix pénètre l'espace dans une lumière Folk sublime. De même, "Into The Night" perce la nuit de sa douceur bienvenue. "An Offering To The Wild" prend également le temps de l'atmosphère avant de la magnifier dans l'éclatant Post Hardcore inhérent au groupe soutenu par une basse encore plus présente et radieuse que par le passé.

Il me faut pourtant raison garder, et pointer une faiblesse. La perfection n'existe pas, excepté "Elden Ring", mais je change de sujet ! "The Long Road North" est en effet un poil long. Malgré la puissance de "Blood Upon Stone" (la fin est hallucinante, un triomphe !) et la majesté inquiétante de "Beyond II", on aurait préféré plus de concision dans la narration. Peut-être n'est ce que votre serviteur qui fatigue des albums trop longs. Je dois l'avouer, plus je vieillis, et plus j'aime la quarantaine de minutes efficace, celle qui pousse à en redemander. Le voyage était long, CULT OF LUNA avait prévenu. C'est un album qui demande de fait une attention particulière, une connexion primordiale, mais cela ne pardonne pas une certaine longueur.

Que "The Long Road North" soit un des albums de l'année, cela ne fait aucun doute. Qu'il soit un des meilleurs albums de CULT OF LUNA, je le maintiens. Quel plaisir de retrouver un de mes groupes fétiches en grande forme, de même que j'ai pu retrouver mon GOJIRA plus spirituel que jamais. À croire que l'époque meurtrie par trop de matérialisme, de politiciens de bas niveau, de médiocratie et de toute puissance du Capital n'appelle que la mystique et la spiritualité en art. Une réaction salvatrice, et c'est fort logique, car sans art comment rêver d'autre chose que de l'existence futile proposée par la modernité ? Nietzsche avait tout dit, la vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. De ce dernier, CULT OF LUNA propose une interprétation hallucinée, tout simplement renversante, sauvage, organique, pleine d'instinct, de rage et de force païenne disparue du monde.

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Par ISAACRUDER




 
   ISAACRUDER

 
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   (2 chroniques)



- Johannes Persson (chant, guitare)
- Magnus Lindberg (batterie)
- Andreas Johansson (basse)
- Thomas Hedlund (batterie)
- Fredrik Kihlberg (guitare, chant)
- Kristian Karlsson (claviers, chant)


1. Cold Burn
2. The Silver Arc
3. Beyond I (feat. Mariam Wallentin)
4. An Offering To The Wild
5. Into The Night
6. Full Moon
7. The Long Road North
8. Blood Upon Stone
9. Beyond Ii (feat. Colin Stetson)



             



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