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HIP-HOP/INDUS/HORRORCORE  |  STUDIO

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BACKXWASH - I Lie Here Buried With My Rings And My Dresses (2021)
Par ISAACRUDER le 10 Janvier 2022          Consultée 1986 fois

Parmi la ribambelle d'auteurs décadents de la fin du XIXème siècle, Rachilde tient une place particulière. Le fait qu'elle ait été une femme au cœur de cette esthétique foncièrement masculine participe de sa singularité, mais elle aurait détesté que j'affirme cela. Car voyez-vous, Rachilde - née Marguerite - était habitée par un dégoût des femmes et un attrait quasi-morbide pour l'androgynie. Dans son roman le plus célèbre, "Monsieur Vénus", que Maurice Barrès qualifia de "fumisterie de gamine enragée", l'auteure met en scène Raoule, femme qui se veut homme, dominatrice de Jacques, pauvre prolétaire qui subira bientôt les assauts incessants de sa maîtresse, souhaitant le transformer en femme, hésitant à le faire de nouveau homme, jusqu'à désirer sa transformation définitive en mannequin articulé, artifice suprême supérieur à la nature, thème décadent s'il en est.

Si je vous parle de Rachilde, c'est bien parce que BACKXWASH, artiste zambo-canadien installé à Montréal, me parait être une réincarnation de l'auteure décadente. Le rappeur, transgenre proclamé, joue de son alter-ego artistique afin de mettre en valeur une esthétique de l'horreur, de la monstruosité, de la décadence encore une fois. Car bien avant que notre époque ne souhaite normaliser toute différence, les personnes victimes de dysphorie de genre, les androgynes et autres gynandres à la Péladan étaient fascinantes parce que monstrueuses, exceptions surgissant au cœur de sociétés qui savaient encore apprécier la bizarrerie et ne pas la condamner à la normalité. De fait, si être un artiste transgenre peut désormais sembler banal dans notre temps progressiste, il faut louer BACKXWASH qui aborde le sujet avec toute la violence et le caractère auto-destructeur déjà inhérents à la fiction de Rachilde.

Le Hip-Hop de BACKXWASH est ainsi soutenu par une atmosphère d'horreur. Cet Horrorcore repose sur les machines, les samples tirés d'une bande-son de film d'épouvante, la Noise et l'usage parfois fantastique de guitares Indus à la NINE INCH NAILS. Par bien des aspects, BACKXWASH semble un mélange frankensteinien entre du DEATH GRIPS, du RUN THE JEWELS, du GODFLESH et du NINE INCH NAILS. En somme, la première monstruosité du projet réside dans son mélange des genres. On croirait du Octave Mirbeau, auteur fin de siècle qui, dans son "Jardin des supplices", oscillait entre roman, journal, et articles sulfureux défendant la peine de mort et le cannibalisme. Difficile de ne pas rester de marbre face à un titre comme l'éponyme, dans lequel Ada Rook, en featuring depuis le trône de l'enfer, hurle de concert avec BACKXWASH, rappelant une Julie CHRISTMAS plus diabolique et inhumaine encore. Les beats déstructurés, proches d'un DEATH GRIPS, viennent soutenir un propos toujours vif sur l'identité mouvante, la monstruosité de l'être insulté par ses pairs (excellente "666 In Luxaxa" avec ses samples de chants africains).

"I Lie Here Buried With My Rings And Dresses" n'est rien d'autre que l'album d'un artiste qui se sait étranger à la norme et dont les comportements le dirigent vers une auto-destruction certaine, qu'elle soit celle de son identité première ou celle de sa place dans la société. "Terror Packets", avec son sample de femme en souffrance éternelle, ne fait rien d'autre que dire l'évidence du monstre exclu par sa propre famille : "Dad can you help me afford transition?/Disowned through a cell phone/The look in his face, soul displaced/He don’t know me no more". Derrière la violence intrinsèque à sa condition, son Rap parle de violence tournée contre soi : "I beat my cheekbones/Conceal a jawline". Cette brutalité contre le corps se retrouve dans les beats assassins d'une musique qui flirte bon avec la flagellation. Jamais ils ne sont aussi puissants que lorsque le propos se tourne vers la religion, avec laquelle BACKXWASH semble entretenir des relations complexes. L'album oscille ainsi entre quête de l'amour de Dieu et peur de son amour, comme dans "In My Holy Name", où culpabilité, souffrance, incompréhension sont le lot d'un être qui se sent étranger au monde mais qui sait le Seigneur source finale d'espérance : "I pray for Lord to come take me/I pray for God to come save me/I know that Yeshua saves thee/I pray for Lord to come take me". Dans un même temps, la peur l'habite lorsqu'il entrevoit le spectre de la fin des temps et le jugement du pêcheur. "Song Of Sinner", avec le superbe refrain en guest avec SAD13, incarne cette terreur : "I am holed up in this church / With these apocalyptic sermons /And I ain’t gon drink the kool-aid/Cause it’s over if it works/But I hate my life I’ll swallow it and gobble it, so perfect."

Lorsque "Burn To Ashes" vient conclure ce festival sadien, avec sa ligne Post Rock entêtante, c'est le sacre final de l'Impératrice du chaos, décadente du siècle nouveau. BACKXWASH délivre une rage, une terreur et un désir de mutilation qui sont le lot des êtres en marge. "I Lie Here Buried With My Rings And Dresses", ou la métaphore d'un artiste en voie d'auto-destruction, à l'image d'une musique torturée, partagée entre l'Indus infernale d'un GODFLESH fin de race, l'ambiance cinématographique d'un John CARPENTER, le beat déstructuré d'un DEATH GRIPS et le flow impeccable d'un Hip-Hop US façon RUN THE JEWELS. La bizarrerie de 2021 est là, qu'elle reste étrange, qu'on ne la range pas dans une norme quelconque, car c'est ce décalage qui permet l'émergence d'une telle esthétique, et comme les Décadents le disaient déjà, il n'y a que l'Art pour l'Art, et seul l'Art nous sauve.

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   ISAACRUDER

 
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- Backxwash (chant, production)
- Invités:
- 'wail Of The Banshee' : Invité Au Chant:
- 'i Lie Here Buried With My Rings And My
- 'terror Packets' : Invité Au Chant: Cens
- 'in Thy Holy Name' : Noise Par Lauren Bo
- 'blood In The Water' : Production Par Jo
- 'songs Of Sinners' : Invité Au Chant: Sa
- 'nine Hells' : Production Par Jami Morga
- 'burn To Ashes' : Samples Tirés De 'worl


1. Purpose Of Pain
2. Wail Of The Banshee (feat. Surgeryhead)
3. I Lie Here Buried With My Rings And My Dresses (fe
4. Terror Packets (feat. Censored Dialogue)
5. In My Holy Name (feat. Lauren Bousfield)
6. Blood In The Water
7. Songs Of Sinners (feat. Sad13 And Ada Rook)
8. 666 In Luxaxa
9. Nine Hells
10. Burn To Ashes (feat.michael Go)



             



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