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- Style : Dream Theater, Dynamic Lights, Wastefall, Serdce

PAIN OF SALVATION - Scarsick (2007)
Par RENAUD STRATO le 6 Février 2007          Consultée 7883 fois

Pour de nombreux fans, The Perfect Element est l'album de la pleine maturité qui a fait définitivement rentrer les suédois dans le cercle restreint des groupes qui comptent. Au fur et à mesure des mois qui se sont écoulés, l'envie de voir paraître la suite de ce concept est devenue aussi forte qu'énigmatique. Les sorties d'un live acoustique et d'un album s'attardant sur les questions existentielles en rapport avec Dieu ont repoussé l'échéance. Il y a eu aussi le départ du frère bassiste Kristoffer, qui vivant aux Pays-Bas, ne pouvait plus répéter régulièrement avec sa «petite famille». Son remplaçant pour la tournée sera Simon Andersson (ami de Fredrik Hermansson) qui est dans la logique des choses suédois. Les parties de basse étant assurées par Daniel sur Scarsick. Dès lors, quelques jours après sa sortie, nous pouvons mettre fin aux rumeurs et affirmer que ce dernier est bien la seconde partie tant attendue. Le combo a voulu se faire le plus discret possible afin de ne pas trop faire monter la pression et créer la surprise pour éviter les spéculations. Ces dernières allaient d'ailleurs bon train grâce/ou à cause d'internet, support sur lequel on pouvait depuis quelques semaines télécharger l'album. Des indices nous avaient pourtant mis sur la voie de manière fort explicite, notamment lors du dévoilement du tracklisting avec le titre «Kingdom Of Loss».

Et puis une fois l'objet original entre les mains, plus de doute. On observe d'abord le livret et ses illustrations qui rappellent le garçon du premier volet. Ou encore cette inscription presque cachée à l'intérieur gauche du boîtier : «The Perfect Element Part II - He». On notera au passage que l'ensemble de l'artwork est post-apocalyptique (les clichés réussis des musiciens parlent d'eux mêmes). Ce dernier étant le fruit du travail du photographe Lars Ardave, qui a avait déjà collaboré sur Be. Nous sommes alors fin prêts à replonger dans les états d'âme du personnage masculin. En effet, nous le retrouvons là où nous l'avions laissé : seul, effondré sur le sol. Son regard absorbé par la télévision est une métaphore du jugement qu'il va porter sur notre monde malade, dont les blessures sont incurables. L'ambiance générale, d'une noirceur implacable, est donc plantée.

Et pourtant. Ce sixième album est certainement le plus varié de la discographie, rappelant par moment la fraîcheur juvénile d'Entropia. Les titres mordants s'équilibrent avec ceux plus mélodiques. D'ailleurs, Scarsick est scindé en deux parties distinctes pour une cohésion plus importante. Le côté «A», un brin provocateur, poussant parfois des expérimentations passées à leur paroxisme (exception faite pour «Cribcaged») et le côté «B» plus traditionnel, basé principalement sur l'émotion. Les structures des compositions étant en apparence simplifiées et directes. En apparence seulement, car un énorme travail a été fourni sur tous les arrangements : multiplicité incroyable apportée aux voix qui se superposent souvent, sonorités de guitares diversifiées ... PAIN OF SALVATION a été son propre maître en matiére de production d'où une attention tout particulière apportée aux finitions. Le résultat est à la hauteur car le son est énorme, une habitude perpétuée en quelque sorte.

En parlant d'habitude, il en est une sur laquelle on ne peut passer outre avec les combos aventureux, c'est de multiplier les écoutes attentives avant de porter tout jugement. L'ouverture d'esprit étant aussi parfois de mise. Plus que jamais, Scarsick n'y échappe pas, et son titre éponyme peut rebuter dès le départ. Il fait partie de ces morceaux qui ne laissent pas indifférents. Riff imparable, ambiances arabisantes, choeur psychédélique, chant scandé (l'influence de Mike Patton est presque flagrante). Ce mélange détonant n'est pas si surprenant de la part des suédois, qui avaient déjà fait le coup sur ce dernier point avec «Used». Cette prise de risque est renforcée sur «Spitfall». Ce morceau se divise en cinq parties car les textes sont imposants. Sans compter les jurons tels que les «fuck», nombreux. Daniel se lâche et ferait tout simplement jalouser un Eminem au sommet de sa forme. Et le pire, c'est que l'on prend un malin plaisir à adhérer à ce hip hop de haute qualité entrecoupé d'un refrain mélodique. Une sorte de parodie déguisée sur l'unviers du rap et ses vices, dont une frime exacerbée. Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos surprises. Puisque l'on parle de parodie, que diriez-vous de celle plagiant en son refrain le film culte West Side Story, avec la bien nommée «America»? Un moyen détourné mais jovial (un peu de banjo se fait entendre) de critiquer vivement le gouvernement Bush. «Amerika» de RAMMSTEIN a désormais une petite soeur, plus punk dans l'âme. Enfin, tant que nous y sommes, après du rap, un peu de disco vous ferait toujours danser ? Alors, mettez vite «Disco Queen» (divisée en 4 chapitres pour les paroles). Sortez les boules à facettes et les costards brillants pour cet hommage au genre appartenant à la fin des années 70. Les BEE GEES (écoutez les tordants chorus) n'auraient sans doute pas renié une telle version disco-metal, qui mine de rien, retient toute notre attention jusqu'à son saisissant final. Certainement la chanson la plus débridée. Au final, voilà de réjouissantes mises en danger qui forcent le respect.

Un tel éclectisme ne saurait exclure ces purs moments dont la tristesse n'ont d'égal que leur beauté. Ces moments que l'on trouve tout au long de la discographie du groupe, sont bel et bien présents sur Scarsick. Pour notre plus grand plaisir. «Cribcaged» aurait pu avoir sa place sur Remedy Lane avec sa guitare épurée, accompagnée de la voix veloutée de Daniel aux moments de l'introduction et de l'outro (appuyés par les rires attendrissants d'un bébé). Mais sa lente ascension nous mène droit vers la révolte : les «fuck» refont leur apparition en masse, ce qui traduit une nouvelle fois une rage non contenue. Puis, pour encore mieux nous sensibiliser sur les désastres de notre société de consommation et de l'hypocrisie de notre démocratie, PAIN OF SALVATION traduit cette fois son désespoir par deux magnifiques complaintes. «Kingdom Of Loss» et «Idiocracy» (jeu de mots vous l'aurez compris) réitèrent le shéma classique que l'on apprécie tant : celui d'une mélancolie qui s'intensifie tout au long de la composition pour exploser en sa toute fin. On retiendra les passages parlés à la Roger Waters, le premier véritable solo qui file les frissons pour «Kingdom Of Loss» et surtout le contrastant refrain d'«Idiocracy» (ne vous fiez pas à l'introduction rappelant KORN). Ce dernier, tour à tour planant et vibrant d'émotions, ne peut que vous bouleverser. Magique.

Dans un autre registre, «Flame To The Moth» (là encore une introduction évoquant SOULFLY) persévère dans cette fureur omniprésente, mais ce coup-ci sans détour. Daniel y pousse des cris inhumains. Nous ne saurions que trop conseiller à Devin Townsend de faire appel à ses dons incroyables pour le prochain STRAPPING YOUNG LAD. Bien entendu tout n'est pas parfait dans le meilleur des mondes. L'expérimentale «Mrs Modern Mother Mary» (hormis la classe du chant indéfectible) est peut-être agréable mais ne marque pas les esprits. Et puis il y a «Enter Rain» qui a la lourde tâche de terminer l'album, en essayant de nous laisser béat d'admiration après plus d'une heure de musique. La comparaison est alors inévitable avec «The Perfect Element» et à ce petit jeu, c'est cette dernière qui l'emporte (de peu toutefois). Cette pièce tragique de 10 minutes (où l'âme de PINK FLOYD est palpable) débute de très belle maniére. Cependant elle s'étire en longueur (avec un refrain quelque peu répétitif) et aurait gagné à être plus concise. Mais c'est là vouloir chicaner à tout prix. En effet, l'essentiel est conservé malgré tout : l'émotion nous prend à nouveau aux tripes. Et c'est bien le but recherché car le personnage masculin semble mettre fin à sa vie en se jetant du haut d'un immeuble («In Two Seconds I Will Hit The Ground»). Malaise renforcé par le son des sirènes des urgences qui concluent Scarsick. Un sixième opus où le mal être a été palpable à chaque instant.

Pour autant «To Be Continued ...» est gravé dans le livret. Une hypothétique troisième partie s'attardant cette fois peut-être sur le personnage féminin, vient alors hanter nos rêves les plus fous. Il est évidemment prématuré d'espérer, mais en attendant, appécions à sa juste valeur et sans lassitude aucune, la nouvelle réussite de PAIN OF SALVATION. Une réussite aux confins des racines fusion du groupe, qui évite avec maestro la stagnation et entraîne sa musique vers un perpétuel mouvement salvateur.

Note : 4,5 / 5

«So Please Close My Eyes / I Don't Want To See / This Undemocratic / Semi-Automatic / Mediocracy And Hypocracy / Pretending We're Free / Under Plastic Flags Waving Dependancy / For His Idiocracy / Close My Eyes ...»

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   RENAUD STRATO

 
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- Daniel Gildenlöw (voix, basse)
- Johan Halgreen (guitares)
- Johan Langell (batterie)
- Fredrik Hermansson (claviers)


1. Scarsick
2. Spitfall
3. Cribcaged
4. America
5. Disco Queen
6. Kingdom Of Loss
7. Mrs Modern Mother Mary
8. Idiocracy
9. Flame To The Moth
10. Enter Rain



             



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