Recherche avancée       Liste groupes



      
FUNERAL DOOM  |  STUDIO

Lexique doom metal
L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Style : Evoken, Mournful Congregation, Thergothon
 

 Facebook (222)
 Bandcamp (270)

BELL WITCH - Stygian Bough: Volume I (+ Aerial Ruin, Collaboration) (2020)
Par WËN le 7 Novembre 2020          Consultée 1219 fois

Que la beauté fanée de "Mirror Reaper" vous ait subjugué ou, au contraire, que l'immuabilité de cet unique titre de quatre-vingt quatre minutes qui le constituait vous ait laissé d'une toute marbrée impavidité ; vous serez au moins d'accord pour abonder dans ce sens que ce dernier cru de BELL WITCH, mortuaire écho à son batteur disparu trop tôt, a su marquer 2017, ne serait-ce que pour son époustouflant artwork (*). De telles œuvres, vous vous en doutez, s'accouchant dans la peine et la douleur, il est donc tout à fait compréhensible que le duo Desmond (basse, chant) / Shreibman (batterie, orgue, growl) ait voulu s'offrir un intermède bien mérité avant de se replonger dans un futur album que l'on devine déjà forcément conséquent. C'est sous la forme d'une collaboration avec AERIAL RUIN que prend donc forme cette apparition de BELL WITCH sur la scène FuneralvDoom en 2020, cette fois-ci introduite par les volutes d'une imagerie toujours affolante, mais signée Adam Burke (**).

À comparer la musique clapotante dans les saumâtres et poisseux ressacs d'un Funeral Doom aux abords sludgy simplement mais intelligemment menée par les seules basses et batteries du duo de Portland (BELL WITCH) à la partition totalement éthérée du one-man band (AERIAL RUIN) de leur Erik Moggridge de concitoyen, qui fait du spleen inhérent à son Folk résolument acoustique son cheval de funérailles ; force est de constater que si les deux projets naviguent en eaux certes troubles, leurs approches demeurent pour le moins antithétiques … Et pourtant, à bien y regarder, cette collaboration n'est finalement pas tant surprenante que cela. Pas si surprenante au sens ou le sieur Moggridge prêtait déjà son chant en tant que guest sur chacun du trio d'albums de BELL WITCH (***), et il n'est pas illogique que cette idée de collaborer sur un disque commun parvienne finalement à percer au travers du brouillard opaque qui cerne la fantasmagorique entité.

Évidemment, si sa participation s'en tenait à ses seules vocalises (ici accompagnées de quelques growls de Shreibman, pour contrebalancer ce timbre clair et éploré), cette collaboration annoncée n'en serait pas vraiment une. Ce qui va ici faire le néfaste charme et la spécificité de ce "Stygian Bough", c'est bien sûr de voir s'intriquer et se dénouer, au sein même de l'écriture, les trames habituelles aux deux protagonistes. Et cela se traduit, dès l'entame de cette œuvre à la durée plus traditionnelle ('seulement' soixante-quatre minutes, soit vingt de moins que l'unique morceau qui composait "Mirror Reaper"), par l'apparition logique de guitares sous forme de clairs arpèges, jusqu'à présent étrangères à la partition de BELL WITCH qui savait se contenter d'une basse solitaire mais pourtant si subtile et prolixe dans son jeu. Ces guitares évanescentes, aux senteurs boisées folks/acoustiques typiques des régions les plus boréales du globe (AGALLOCH, les débuts d'ULVER, The FLIGHT OF SLEIPNIR) savent apporter un cachet, une certaine délicatesse folk emplie de tristesse et d'une grâce étrangère à l'univers funéraire de BELL WITCH via, là une intro ou un pont ("The Bastard Wind", le "Prelude" orné d'orgues à "The Unbodied Air" et l'interlude ambiant de ce dernier), ou ici une compo dans sa globalité (les douze minutes de la première partie de "Heaven Torn Low").

Ce qui nous amène à constater que par rapport à son précédent "Mirror Reaper" - néanmoins découpé en chapitres distincts malgré l'immuable apparence qui ne manque de s'en dessiner - quelques automatismes ont été conservés, notamment en ce qui concerne la construction des différents pavés, enchaînant passages foutrement denses et accalmies bienvenues. C’est en tout cas ce qui transparaît ici lorsque telle ou telle partie fait irrévocablement penser à l’une ou l’autre tête de cette éphémère et fugace entité bicéphale. Car si nous parlions plus haut des apports d'AERIAL RUIN, vous vous doutez bien évidemment que les plans BELL WITCH-like dans toute leur apocalyptique pesanteur s'invitent forcément pour venir consciencieusement et copieusement labourer en profondeur ce tout nouveau terreau (le second déhanchement de "Heaven Torn Low", "The Unbodied Air"). Et d'une manière générale, à l'écoute des deux gros pavés saumâtres de près de vingt minutes qui ouvrent et referment ce vrombissant recueil ("The Bastard Wind" et "The Unbodied Air"), il n'est guère surprenant de voir le patronyme de BELL WITCH trôner en premier sur cette collaboration, tant c'est ce qui ressort ici dès que la gargantuesque basse de cet ogre de Desmond recouvre son hégémonie. Dans ses moindres débordements mêlant leads dégoulinantes de disto, riffs pachydermiques et arpèges en tapping, c'est le spectre du duo de Portland qui reprend rapidement le dessus (davantage que l'inverse en tout cas), les folk-eries acoustiques basées sur des guitares évanescentes habituelles à AERIAL RUIN sonnant plus d'une fois comme des transitions, voire un complément aux digressions mugissantes et plombées typiques de cet entre-deux-mondes coutumier des habituelles escapades de BELL WITCH.

Demeurent enfin, ces rares passages où guitares saturées et basses accordent leurs visions en croisant leurs mélodies respectives (la partie soliste de "The Bastard Wind", le final de "The Unbodied Air", encore et toujours ce couple infernal) pour nous embarquer vers d'inconnues et épiques contrées, résonnant comme d'antiques et hantés échos aux partitions des deux protagonistes. Et le disque se terminant, c’en est bien dommage que ce capharnaüm ne soit relégué qu’à de rares exploitations tant la collaboration sait y trouver un second souffle.

Fétide, certes, ce second souffle, mais néanmoins primordial puisque … et bien … puisque passé l’excellente surprise de départ et ce granitique confort d’outre-tombe que savent procurer ces deux morceaux pour lesquels nous ne saurons tarir d’éloges ; Et alors que les antédiluviens océans de marasme dans lesquels le disque vient de nous immerger se retirent, apparaissent, assez rapidement, quelques piégeuses et lacunaires lagunes. En aucun cas rédhibitoires, mais qui en viennent un peu à ternir ce sordide plaisir solitaire passé à les parcourir. Ainsi, si "Prelude" tient bien le court rôle d'introduction lui étant échu, "Heaven Torn Low I" nous semble à chaque fois interminable (et sauvé par le court passage alloué à la disto sur la partie II), peut-être parce que trop d'acoustique tue l'acoustique, peut être car le chant de Moggridge qui - comme prouvé par le passé - sait procurer un certain charme lorsqu'il est éparpillé avec parcimonie en vient par contre à alourdir le propos lorsqu'il se fait norme, comme ici, sur la totalité d'un album (oui, c'est le growl disséminé qui en vient à alléger le tout). A cela, s'ajoute aussi une récurrente impression de différence sonore entre les parties calmes et celles plus plombées, un nous-ne-savons-quoi de souffle ou de voile paraissant couvrir les amplis. Un parti pris qui pourrait s'avérer payant s'il ne donnait pas aux passages concernés cette pernicieuse impression d'avoir été enregistrés séparément du reste ('contexte oblige', c'est certainement le cas). C'est en tout cas curieux et les écoutes passant, cette impression ne s'estompe malheureusement guère. Nous ne nous étendrons pas sur le découpage catastrophique dont hérite l'édition vinyle, pas plus que sur ces très légers mais étrange *bipbip* qui apparaissent durant une trentaine de secondes sur "The Bastard Wind" (tentative d'évoquer un électrocardiogramme ? un "clic" qui n'a pas été supprimé au mixe ?), mais 'techniquement', force est de constater que cette collaboration n'est pas aidée et presque sabotée, là où ce type d'œuvre demande forcément un minimum d'immersion.

Et c'est bien dommage car ce collaboratif "Stygian Bough", premier du nom et qui, aux dires même des intervenants pourrait être amené à en appeler d'autres, se présente comme un légitime et intelligent addendoom à la carrière de BELL WITCH (et AERIAL RUIN) dans sa démarche. Aucun doute à son propos, nous aimons nous faire porter par ces guitares et cette basse endeuillées qui s'égrènent tout du long de l'œuvre. Cependant, c'est un fait, sorti des deux pièces maitresses susmentionnées, il manque encore un petit quelque chose… ou, au contraire, un petit quelque chose est-il de trop et un format EP eut-il été plus approprié. Au moment d'arrondir et au vu de certaines productions de ces derniers mois qui parviennent à nous entraîner beaucoup plus profond (ATRAMENTUS, BARREN ALTAR, OCCLITH, IL VUOTO, VOFA, pour n'en citer que quelques-uns), ce sera néanmoins le 4/5 qui l'emportera, mais de justesse et ce, grâce aux monumentaux morceaux d'ouver-clure, ce sentiment mitigé s'inclinant de peu face à leur impartialité. N'empêche que, si on me promet de conserver intacte la grâce mortuaire de BELL WITCH, je signe volontiers pour d'autres volets de cette escapade !

Note réelle : 3,5.

::::

(*) Toile qui a ouvert les portes de la scène Metal à son géniteur, petit pépère polonais, la soixantaine bien tassée, option moustache de rigueur ; ses œuvres ayant arrosées large au cours de ce dernier couple d'années, du Black Metal d'ABIGAIL WILLIAMS à l'escapade Death Metal en solo du père Rogga Johnsonn (PAGANIZER), en passant par le Heavy épique d'ATLANTEAN KODEX, pour revenir aux Funeral Doomeries qui l'ont fait connaître (et qui lui siéent décidément mieux) via le tout récent premier disque d'ADRAMENTUS.

(**)
2015, Paolo Girardi qu'on ne présente plus
2017, Mariusz Lewandowski qu'on ne présente désormais plus
2020, Adam Burke que - croyez-moi - on ne devrait plus présenter non plus (VEKTOR, SÓLSTAFIR, ETERNAL CHAMPION, HOODED MENACE, LOSS, etc.)… On peut au moins dire que le duo sait s'entourer et se faire plaisir !

(***) "Rows (Of Endless Waves)" sur "Longing", "Suffocation, A Drowning: II" sur "Four Phantoms", puis par-ci par-là sur "Mirror Reaper".

A lire aussi en DOOM METAL par WËN :


MOURNFUL CONGREGATION
The Incubus Of Karma (2018)
If eternity should fail




The FLIGHT OF SLEIPNIR
Skadi (2017)
La reine déneige


Marquez et partagez




 
   WËN

 
  N/A



- Erik Moggridge (chant, guitare)
- Dylan Desmond (basse)
- Jesse Shreibman (batterie, percussions, piano, orgue, chant)


1. The Bastard Wind
2. Heaven Torn Low I (the Pasage)
3. Heaven Torn Low Ii (the Toll)
4. Prelude
5. The Unbodied Air



             



1999 - 2020 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod