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DOOM-DEATH/FUNERAL  |  STUDIO

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- Style : Ataraxie, Bell Witch, Morgion, Catacombs
- Membre : Incantation, Krohm, Ritual Chamber, Methadrone
 

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EVOKEN - Hypnagogia (2018)
Par WËN le 13 Mai 2019          Consultée 1910 fois

Pour ceux, trentenaires dorénavant bien tassés, qui comme moi grandirent dans les 80s, sans doute vous rappelez-vous de cette année 1989, théâtre de la faste et bien particulière commémoration du bicentenaire d'une Révolution Française qui - à la force tant de serments que de massacres - sonnait le glas d'une monarchie dépassée tout en posant les fondations d'un nouvel idéal universel, "Déclaration Des Droits De L'homme Et Du Citoyen" et abolitions des privilèges à l'appui. Si les faits démontrent que tous ces grands préceptes tentent à s'étioler à une vitesse faramineuse en cette sordide et actuelle décennie qui est la nôtre, il demeure - et là est mon propos - qu'à l'époque, du haut de ma classe de primaire, ces évènements me paraissaient incommensurablement lointains, tout juste resurgis, blêmes et teintés d'écarlate, des affres de notre Histoire.

Tout ça pour dire que l'année dernière, nous célébrions le centenaire (cette fois) d'une toute autre période de barbarie, futile s'il en est. En effet, sur les cendres de 1918, s'achevait la Grande Guerre qui, pour le coup, m'a toujours semblé être un conflit relativement récent alors que, même si elle demeure contemporaine, quasiment la même durée la séparait de la Révolution Française lorsqu'elle éclata que le laps de temps qui nous en sépare, à l'heure de sa commémoration de novembre dernier. Ha, la magie des timelines… Un siècle de progrès, pour ça ?! Et à l'heure délicate où certains font n'importe quoi en voulant réhabiliter n'importe qui, l'orchestre funèbre d'EVOKEN, outre-Atlantique, décide lui aussi d'y aller de son sobre hommage, via cet "Hypnagogia" au caractère particulièrement trempé. Car, par la force immémoriale de ses riffs et des claviers atmosphériques baignant ses compositions, à quelle autre formation pouvait-on décemment faire tant confiance pour nous dépeindre un aussi alarmant constat tout en sachant jeter un voile sinistre sur l'enfer des tranchées ? EVOKEN se retrouve donc logiquement devant nous, en première ligne, l'échine résolument courbée et résigné face à l'inévitable charge.

Une formation qui, malgré ses mortuaires atours, demeure d'ailleurs invariablement aussi difficile à finement catégoriser au moment de lancer l'assaut. Car si ses membres se sont toujours réclamés du Death Metal le plus ignominieusement crépusculaire, dont la force brute est intimement liée à la plus sourde douleur qui semble entraver chacun de ses riffs au moment d'enjamber les corps fauchés et mutilés de ses compagnons tombés devant lui ; nombre d'amateurs, eux, ne jurent que par la touche Funeral Doom qui vient inlassablement submerger le tout, en se référant aux implacables et angoissantes ambiances triturées à outrance qu'EVOKEN a su dompter par le passé (et considérablement mettre en avant sur son dernier "Atra Mors" en date). Mais à bien considérer la chose - attention, blague 'poilu' - pourquoi devoir trancher ? Car c'est un fait ici : EVOKEN, exploitant la mitraille et la grisaille ambiante, profite d'une ligne de démarcation toute ténue et fluctuante au gré de ce pilonnage intensif, pour broyer et redéfinir, à chaque salve, les frontières de son propre style.

Ainsi mis en abîme, repoussant roche et gravas qui s'entassent en d'inéluctables pièges mortels, nos vaillants natifs du New Jersey, n'hésitent donc pas, à la manière d'un ATARAXIE en nos contrées, à jouer sur ces deux lignes de front propres à son art. Car si massifs leurs riffs soient-ils, Death Metal, Doom Death (Death Doom ?) et Funeral Doom, n'ont que rarement été si inextricablement liés, en cet amer enfer de fer, de terre et chair. "The Fear After", à sa manière, fait tout de suite parler la poudre. La puissance d'un riffing emprunté au Death Metal le plus ignominieux, couplée à des vocaux torturés et une batterie tétanisante, soutenus par un son absolument démentiel, savent hacher d'emblée tout espoir de revenir d'une charge tant héroïque que futile en direction des lignes ennemies. Structuré de façon relativement commune afin d'en accentuer la puissance de feu en noyant l'auditeur - impuissant spectateur de ce carnage - sous les tirs de mortiers qui déchirent tout ce qui leur passe à portée d'obus en effilochant uniformes et casque en une écœurante charpie apparemment humaine ; EVOKEN n'a que peu à voir ici avec (au hasard) les visions planantes, voire contemplatives d'un MOURNFUL CONGREGATION ou d'un ESOTERIC, n'hésitant jamais à trop longtemps attendre avant de rentrer dans le vif de son sujet. Les pièces qui lui emboîtent le pas ("Valorous Consternation" en tête) sauront a contrario miser sur les atmosphères lugubres d'une nuit brouillardeuse, passée la tête dans la boue des tranchées à s'interroger sur l'éventualité de voir se lever un plus qu'incertain lendemain. La formation sait y réduire le tempo, en s'appesantissant sur les plus saumâtres et visqueuses facettes de son art, favorisant les atmosphères glaciales tissées de claviers fantomatiques et/ou d'arpèges clairs cathartiques qui savent vous clouer au sol perdus dans des nappes d'échos rémanents ("Too Feign Ebullience"), le temps de passages instrumentaux lourds de sens, hantés qu'ils sont par les spectres de pelotons précédemment sacrifiés (cf. également, les interludes "Hypnagogia", "Hypnopompic"). Et lorsque, d'une abyssale et poisseuse accélération ("Valorous Consternation", "Ceremony Of Bleeding" sur son final), reprennent sourdement et soudainement la mitraille et la grenaille, c'est la tripaille qui fout le camp, et la piétaille qui patauge salement dedans.

Alors qu'un soleil timide vient parfois poindre sur le champ des morts, quelques solides leads de guitares ("Too Feign Ebullience", l'outro de "Schadenfreude" décélérant au gré de roulements militaires, le solo de "Ceremony Of Bleeding") parviennent à transpercer la morosité ambiante comme autant d'éclats de shrapnel d'infortunés innocents d'à peine vingt ans. De manière telle que sous ce feu croisé où elles s'entremêlent, fauchant au hasard, tout devient parfois tragiquement lié. Quelques expérimentations sont également à noter, comme l'arrivée inattendue d'un chant féminin sur "Ceremony Of Bleeding", voire l'apparition ponctuelle d'une flûte angoissante à souhait, bien évidemment. Celles-ci permettent à EVOKEN de varier les ambiances en immergeant encore plus son auditoire et, dans la tourmente des barbelés, le secouer. Le travail sur les atmosphères est ici tellement saisissant que chaque moment d'accalmie entre deux salves d'artillerie en devient terrifiant, systématiquement accueillis qu'ils sont avec une certaine boule au ventre, dans la peur qu'ils ne soient qu'un leurre supplémentaire au service de l'ennemi. Un mot également à propos du violoncelle qui fait partie inhérente de la formule du quintette depuis quasiment ses débuts mais qui devient là un élément prépondérant à sa formule, en sonnant plus d'une fois le glas démentiellement sordide de tout espoir. Ses longues complaintes, ainsi mises en avant, ne se contentent donc plus de simplement accompagner le groupe, mais de nous en faire ressentir sa douleur la plus poignante : les obscures et boueuses ténèbres environnantes, empestant la charogne et la poudre, en deviennent presque palpables.

Enfin, dernier point, et pas des moindres, EVOKEN n'en oublie pas, sur cet "Hypnagogia" (cet état même d'endormissement où le sommeil point et où le moindre riff prend des tournures fantomatiques, créant ainsi des visions distordues dont l'imagination seule a le secret), de proposer quelques moments de grâce simple, à commencer par la pure solennité qui s'échappe de l'outro de "Too Feign Ebullience", ou cet improbable duo de chœurs sur "Ceremony Of Bleeding" (masculin/féminin tendant à faire croire que tous seront bientôt réunis en des temps meilleurs), voire encore l'intro de "The Weald Of Perished Men" (sonnant très NOVEMBERS DOOM/MORGION dans l'âme) qui, en toute quiétude, semble annoncer une ultime aube sur un paysage désolé et labouré en profondeur. Tout cela laisse poindre juste ce qu'il faut d'espoir… Avant que la folie destructrice de l'Homme ne s'emballe à nouveau quelques vingt années plus tard.

EVOKEN, en 2018, trouve donc un parfait équilibre en sachant sonner tout autant brutal que solennel, contrairement à ce que pouvait laisser entrevoir son aîné de "Atra Mors" aux formidables et toutes cadavériques tensions, basé qu'il était autour de l'atmosphère et non du riff (sans doute marqué à l'époque par le départ de son Nick Orlando de guitariste originel). Sur "Hypnagogia" ceux-ci reviennent au premier plan et sachant se faire brutaux, terrassent à tout va. Chaque guitare se montre tour à tour suffocante ou plus discrète mais tout autant miasmatique. La batterie est inspirée, la prod' idéale ; EVOKEN n'oublie pas et s'enfonce dans les limbes du temps pour signer ici un hommage de qualité à ces vies injustement fauchées et sacrifiées sur l'autel de politiques déjà convoiteuses. À l'heure où SABATON se prépare à surfer sur un concept similaire, ou louera ici le terne voile pudique dont les Américains savent parer cette œuvre ironiquement incroyablement accrocheuse, eu égard au style pratiqué. À la croisée des univers Doom Death et Funeral Doom desquels il se réclame, force est de constater qu'EVOKEN a toujours une sépulture bourbeuse d'avance sur ses congénères.

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- John Paradiso (chant, guitare)
- Chris Molinari (guitare)
- Don Zaros (clavier, flûte, chant sur 6)
- David Wagner (basse)
- Vince Verkay (batterie)
- Brian Sanders (invité - violoncelle)
- Shalini Williams (invité - chant sur 6)


1. The Fear After
2. Valorous Consternation
3. Schadenfreude
4. Too Feign Ebullience
5. Hypnagogia (instru)
6. Ceremony Of Bleeding
7. Hypnopompic (instru)
8. The Weald Of Perished Men



             



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