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- Style : The Dillinger Escape Plan
 

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ZAPRUDER - Zapruder (2018)
Par POSITRON le 10 Décembre 2018          Consultée 1282 fois

2016 : The DILLINGER ESCAPE PLAN sort son dernier album et annonce sa "Dissociation" (ha), nous précipitant ainsi vers cette dure réalité : le Big 3 du Mathcore n'existe plus vraiment. BOTCH a été le premier à disparaître après avoir sorti en conclusion d'une carrière en étoile filante un Live que je considère toujours comme le meilleur album du genre. DILLINGER a résisté bien plus longtemps mais a fini par jeter l'éponge. Il reste encore CONVERGE qui se porte bien commercialement, sort des albums, joue dans des gros fests, jouit du statut de "groupe de Metalcore que même les metalleux aiment bien"... Mais le cœur n'y est plus. Bien sûr, l'illusion fonctionne encore parce que lorsqu'on part de haut et que la pente n'est pas trop abrupte on peut tenir assez longtemps avant de toucher le fond (mécanique élémentaire des solides). Et alors, dans le sillage des groupes fondateurs s'en vient toute une caravane de groupes plus petits, parce que trop originaux ou trop banals, trop fous ou bien trop chiants, trop précoces ou bien trop tardifs. C'est ce magma fécond mais trouble qu'il faut alors brasser jusqu'à en extraire la pépite  : c'est-à-dire le groupe qui comprend l'esprit au-delà de la lettre. (*)

Je pense que vous le voyez venir gros comme une carpe–koi–phallique : ZAPRUDER en 2018 c'est l'esprit de DILLINGER.

Levée de boucliers (non je plaisante tout le monde s'en fout), hurlements du public, le groupe lui-même se déplace devant ma porte pour me jeter des cailloux, les experts s'exclament : ouiiii mézalôooors les influences BOTCH et DAUGHTERS, le surplus de Post Hardcore, le Roque'N'Rolle, le saxophone, Posi tu nous jetterais pas un peu du bullshit à la gueule, là ? Bon déjà j'ai raison et vous avez tort mais comme je dois faire une chronique je vais vous expliquer pourquoi je pense ça et peut-être récapituler pour les gens qui n'ont pas suivi.

Donc sur "Fall In Line", ZAPRUDER c'était un peu le groupe bizarre qui jouait des parties Mathcore et des parties Atmosludge (ou "Postcore" pour les Français coincés début 2000) dans le même album. Et c'était quand même plutôt pas mal. Alors qu'on aurait pu s'attendre à une grosse purée dégueulasse pleine de grumeaux, le mélange se faisait plutôt bien par l'intermédiaire des racines communes (HxC, Post-HxC etc) des deux sous-genres comme par le contraste entre les deux : le Post-bidule fonctionnant comme réponse émotionnelle à l'agression du Mathcore.

Donc voilà, le groupe avait sa petite niche musicale, son petit chemin bien tranquille devant lui, et on peut le dire, limite une carrière. On aurait tout à fait pu essayer de prédire le nombre, la qualité et le contenu des albums sur une décennie à venir. Si je ne l'ai pas vraiment fait j'avais quand même une petite idée sur la suite de la carrière du groupe et donc logiquement sur ce que cet album allait donner. J'ai vaguement tiqué sur la pochette rouge vif avec des pénis-koi (pardon ?), mon regard a glissé sur les quelques indices (Elvis ?) sans vraiment les traiter mentalement, j'ai pouffé à la lecture des titres des chansons mais je n'ai rien vu venir, et puis j'ai lancé le disque.

SHE'S MOVIN' LIKE A DEADLY ANGEL
AND I LIKE
THE WAY SHE'S LOOKING AT MEEeEeEeEeEeEeEeEeE

Trauma lié à la disparition de leur groupe favori, contrecoup de la cruelle séparation pour cause de nécessités de l'existence, ingestion répétée et excessive d'éthanol sous diverses formes ? C'était pourtant marqué sur la pochette : ZAPRUDER a décidé de s'en battre complètement les couilles. Du Rock'N'Roll cassé ? Ok bébé accroche-toi à ton string. Une imitation d'Elvis bourré ? Quant tu veux. Un saxophoniste ? Il est déjà en route. Des backing vocals en falsetto ? C'est parti. Des codas post-chose toutes tristes dont une sur "Half Stache Man" (mais QUOI) ? Bah alors qu'est-ce que tu vas faire, appeler la police ?

Évidemment ça aurait pu foirer. Ça aurait DÛ foirer. Même le groupe pensait que ça allait foirer. Personne ne pouvait y croire. Y allait avoir une couille, le groupe allait merder. Refaire le coup de BTBAM qui pense que jouer sept minutes de Circuscore minable en 2018 ça fait d'eux des artistes progressifs et intelligents, ou bien alors perdre toute forme de cohérence et lâcher un gros étron multicolore composé au hasard avec beaufitude en option. Mais c'est là qu'on en revient à l'esprit de DILLINGER.

Petite précision que j'aurais du faire plus tôt avant de continuer : je parle d'un DILLINGER de fin de carrière plutôt que de la machine infernale de "Calculating Infinity". Et donc de continuité ou de toutes ces conneries à propos de transmettre la flamme ou de reprendre l'étendard plutôt que d'adoration des débuts du groupe (**). Ceci étant dit, si cette influence devrait vous apparaître évidente, ici dans un refrain un peu "alt" , là dans des tritons staccato caractéristiques ("Half Stache Man" encore) la filiation ne se fait pas dans la copie sans intérêt mais plutôt dans cette capacité à conduire des morceaux à travers des idées improbables, à conserver son leitmotiv d'origine comme un azimut pour se guider à travers tout ce bordel.

C'est à dire, modulo des pitreries qui sonnent toujours fun, jamais forcées, ni insupportablement prétentieuses, ni outrageusement débiles (bon "Piss Soaked" un peu quand même hein), toujours cette dualité : "gros Hardcore metallique casseur de bouches" option "breakdown Sludge-lourd" VS "soudaine envolée lyrique ppost-ce-que-tu-veux" option saxophone type "Dracula Love Hotel" (probablement la meilleure piste en passant). Un équilibre dont le principe ne date pas d'hier et dont l'équation sous-jacente est d'une simplicité lumineuse : Fun + Fists + Feels = FFF = 666 = Satan = âme vendue au diable = disque qui marche.

Bien sûr, je peux mentionner l'évidence d'une production Amory Sauvé en béton et d'une exécution impeccable des musiciens, mais c'est vraiment cette habileté proprement satanique qui tel un vigoureux mouvement de poignets transforme l'album depuis le statut "influences versées dans le shaker" jusqu'à "cocktail viril mais délicat". Et même si le chanteur est un sacré fdp ça n'empêche pas "Zapruder" d'être le meilleur truc que j'ai écouté dans la grande famille du Hardcore cette année (***). Vous pouvez me traiter de vendu ou de putain de plèb' mais je viens de vous parler pendant deux pages d'un album qui marche parce que le groupe a décidé de s'en battre les couilles, vous croyez que je vais faire quoi, hein ? Hein ?

_ _ _ _ _

(*) Oui j'ai déjà dit ça avec BLOOD INCANTATION ben allez vous faire foutre.
(**) Juste en passant "Calculating Infinity" a été une explosion assez retentissante pour qu'en trouver des traces dans un disque de Mathcore soit banal et donc absolument sans intérêt notable.
(***) Je cours-circuite toute remarque sur l'album de l'année (DAUGHTERS) en vous disant que "You Won't Get What You Want" c'est du Noise Rock donc plus vraiment du Hardcore.

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- Clément Beuvon (saxophone)
- Isaac Ruder (chant)
- Étienne Arrivé (guitare, backing vocals)
- Romain Fiakaifonu (batterie, backing vocals)
- François Arrivé (basse, backing vocals)


1. I Left My Appendix In Nyc
2. Tongue Twister
3. Half Stache Man
4. Leaving Montreal
5. Dracula Love Hotel
6. Martin Bell
7. Piss Soaked
8. Back In Town
9. Fly Me To The Ceiling



             



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