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COILGUNS - Millennials (2018)
Par ISAACRUDER le 7 Mai 2018          Consultée 710 fois

Né trop tard pour explorer le monde, né trop tôt pour explorer l’espace, le "millennial" est un être à la vie merdique. Non content de ne connaître l’aventure que dans les simulations balisées de la réalité virtuelle, il est le descendant du XXème siècle, et de ses deux guerres mondiales faussement achevées. Coincé dans une époque qui ne croit plus en rien, il est entouré d’une cohorte de connards occupés à faire d’Internet, cette révolution incroyable, un espace pour se foutre un filtre de chien sur la gueule ou exprimer des opinions qui montrent bien que la démocratie est un concept à abolir. Il ne lui reste alors qu’à foncer à Starbucks, déguster un macchiato servi comme une pipe dans une Kangoo du Val de Marne, méditer sur la prochaine exposition d’un artiste infect – mais japonais attention – et se demander quand la NASA trouvera enfin le moyen de quitter ce trou afin d’aller privatiser l’espace.

Je suis un enfant de la Post-Histoire, comme les mecs de COILGUNS, et "Millennials" entre en moi sans préavis, le schlass taillé à la pierre volcanique d’Islande, le tranchant parfait pour faire du sashimi, la pointe comme une Grande Ourse qui te guide vers la fin de cette merde. COILGUNS largue avec son second album un nouveau type de bombe, une arme chimique prête à faire bondir l’OTAN. Le gaz n’est pas tant létal que débilitant. On l’inhale comme une drogue et on contemple sa propre existence et la misère de son siècle en position fœtale, comme un Léon Bloy fusion Hugo Clément.

C’est que "Anchorite" démarre comme une chaîne autour du cou. Elle annonce la tournure nouvelle de COILGUNS pour ce second album. Les sonorités sont dissonantes, froides, cliniques. BREACH est proche, c’est certain, et il le sera par instant trop, de même que son rejeton bâtard le plus récent : TERRA TENEBROSA. COILGUNS développe dans "Millennials" ce qui ressemble bien au mantra de l’époque contemporaine : des titres hypnotiques, noirs, dépressifs, ou tout du moins profondément ancrés dans le malaise ("Spectrogram", zéphyr de fin du monde). "Millennials" est fascinant comme peuvent l’être les ténèbres. Il happe la conscience dans des boucles morbides, dont on sort pour mieux reprendre une dose de violence. À ce titre, "Ménières" est aussi diabolique qu’une soirée au GHB dans Paris Dixième Cercle de l’Enfer. Et ce ne sont pas les cris tordus de Louis Jucker qui vont permettre de s’échapper de ce gouffre. Il y a dans "Millennials" une volonté de foutre l’auditeur au sol, de le faire ramper, d’abattre sa volonté de survivre, de lui rappeler que dans quelques décennies de soumission occidentale il faudra qu’il paye sa taxe de dhimmi.

"Millennials", s’il rappelle BREACH dernière période, dans sa propension à l’hypnose – frontispice du palais de notre XXIème siècle – n’oublie cependant pas de recomposer avec le passé de COILGUNS, trio de tarés s’il en est, dont le Hardcore Chaotique et Noisy s’avérait excellent sur "Commuters". Aussi, on ne sera pas surpris de se prendre un titre éponyme aussi classique qu’efficace, de même que "Deletionism" montrera une capacité à conjuguer les époques, avec ses deux actes tranchés. Le premier comme un faux groove – Homo Festivus en moonwalk sur le fil de son existence – le second comme une merveille de danse démoniaque, où l’on retrouve toute l’énergie de COILGUNS. Ensorcellement et spoken word, avec un Louis Jucker qui prêche comme un maraud, dans ce qui semble être une éternité de remontrances arides.

Comme auparavant, force est de constater que ce chanteur possédé façonne une bonne partie de l’identité de COILGUNS. A mi-chemin entre le Bukowski bourré et le Punk de la belle époque – deux propositions identiques -, Louis Jucker habite "Millennials" comme Homo Festivus habite le siècle. "The Screening", malaise final, représente bien le pouvoir de sa voix, qui marche comme un bruit de fond, mais pénètre l’esprit façon verset satanique. Et c’est ce qu’est "Millennials" au fond. Cet album, bien plus cohérent que ce que COILGUNS a fait par le passé, imbibe le corps d’une substance noirâtre et visqueuse. S’en défaire reviendrait à se défaire du poids d’une époque minable, toujours plus lourd. Comme un mal-être dont on se gave pour alimenter ses réseaux sociaux, "Millennials" est un album dont on se gave pour alimenter sa rage d’être le produit d’une histoire qui continue de puer et de coller aux basques du moindre enfant de ce siècle.

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   ISAACRUDER

 
  N/A



- Louis Jucker (chant)
- Jonathan Nido (guitares)
- Luc Hess (batterie)
- Donatien Thiévent (synth, chœurs, percussions)


1. Anchorite
2. Deletionism
3. Millennials
4. Spectrogram
5. Music Circus Clown Care
6. Ménières
7. Wind Machines For Company
8. Self Employment Scheme
9. Blackboxing
10. The Screening



             



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