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I PILOT DAEMON - Come What May (2010)
Par ISAACRUDER le 16 Novembre 2015          Consultée 792 fois

La curiosité I PILOT DAEMON avait fait mouche avec son premier EP "Happily Depressed", plébiscité par la critique et qui, il faut bien le reconnaître, mettait une belle claque au novice et même à l’amateur confirmé. Non content de toucher de près à CONVERGE, les toulousains présentaient une musique vraiment mature, frôlant la folie de BREACH, tâtonnant des atmosphères que ne renierait pas NEUROSIS ou excellant surtout dans leurs délires Mathcore proches de Botch. Le potentiel était encore une fois agrandi par le split avec ANYTHING BUT YOURS et à l’annonce de son premier album, les questions se bousculaient, posées légitimement après analyse de "Happily Depressed" : I PILOT DAEMON est-il capable de maîtriser son extravagance sur un format long et surtout de garder captivé l’auditeur ? Une tâche ardue pour une formation si attendue au tournant, qui disparaitra trop tôt au vu de la qualité de cet album.

Ce "Come What May" est complexe, violent, extrêmement intéressant mais cependant suffisamment brumeux pour devenir passablement inaccessible. Car c’est un effort de s’attaquer à la critique de cet essai. C’est également un effort de comprendre toute la subtilité du jeu et du schéma musical des I PILOT DAEMON. "Happily Depressed", déjà fort peu évident à appréhender, apparaît bien plus facile d’écoute que ce "Come What May" véritablement complexe. Néanmoins, il ne faut pas s’inquiéter quant à cette constatation, d’autant qu’elle répond à la question posée au préalable. Les français, sur un format long, réussissent le pas de captiver donc, mais ne peuvent empêcher une attention zélée de la part de l’auditeur, qui y gagnera cependant au change, bien heureusement.

Pour sûr, "Come What May" est un excellent album, de ceux qui mettent une baffe littérale, qui assomment et assoient leur derrière sur le fauteuil des meilleures sorties de l’année. Si l’intro peu amène et peu utile (si ce n’est pour déguster un bref aperçu du son du groupe, proche de celui de BREACH, et donc excellent) laisse sceptique, le reste convainc très vite, surtout avec "After…After" qui démarre l’album pour de bon, permettant de saisir que la musique des toulousains n’a pas changée et garde un aspect sombre et monolithique mais aussi terriblement décalé et bourré de parties asymétriques en tout genre ("Purple Teeth", "Only at Night"…) mais aussi des morceaux bien plus étouffants et stressants au strict sens du terme, comme en témoigne "The Life Collider", qui bien qu’entraînante dans son break central, s’éloigne au final vers ce qui fait la force du groupe : du cérébral nocif.

Un concept singulier, oui, mais proche de I PILOT DAEMON, qui joue une musique diabolique pour le cerveau, vorace pour l'esprit et surtout porteuse d’une catharsis remarquable, de celle que l’on ressent chez les groupes maîtres de la portée de leurs choix musicaux. La dégénérescence du combo va loin, allant chercher dans le Rock’n’roll pour accentuer l’impression de partir en live total, presque ivre de désespoir. Sur ce point, joie/tristesse, folie/netteté jamais ne se distinguent dans "Come What May". "We Deserve Happiness" symbolise cette frontière floue, par le titre et l’enjeu du morceau (la fin surtout), foncièrement dépressif. Des titres plus joyeux viennent contredire ce point de vue, comme "Only At Night", Rock’n’roll et complètement barré avec ses dissonances en tout genre et ses bends foutraques. Morceau pourtant pas entièrement orienté, notamment en raison de son break Noise démentiel, auquel s’ajoute la voix de Romain, très Screamo et donc déchirée de part en part, transpirant la détresse et la volonté d’auto-destruction. En parlant de celle-ci, on pourra remarquer certains passages foireux en chant clair, comme sur "We Deserve Happiness", mais rien de très alarmant non plus.

Plusieurs choses viennent à l’esprit, à la suite de l’écoute de "Come What May", qui précise ainsi son statut d’album complexe et réfléchi. Des images psychédéliques obscures arpentent l’imagination à l’écoute de titres comme "Black At Heart" mid-tempo et plus Post-Hardcore ou "El Salvaje", de la même facture, bien que plus minimaliste. Des sensations de surexcitation et de relative inconscience qui résulteraient de l’absorption d’ecstasy sur la terrible et dérangée "Wild Turkey" qui évolue vers un final plus évasif ou "Purple Teeth" et son centre à la limite de la Country rance totalement dépossédée de son essence pour devenir un prétexte au délire. Des choses qui entretiennent l’idée que l’on est face à un album de grande facture, concocté avec soin par des types qui n’ont d’égal à leur folie que leur talent. Un constat qui n’empêche pas des déceptions, notamment l’absence de parties plus lumineuses et doucereuses, présentes dans l’EP par exemple, mais aussi une impression de malaise trop absente par rapport au premier essai.

Il n’empêche que l’on sort de "Come What May" comme on sort de son premier voyage à l’étranger: changé, curieux d’y retourner et fort d’une impression de vide autour de soi, comme si plus rien ne comptait que l’expérience vécue il y a peu. Avec cet album, I PILOT DAEMON s’imposait comme nouvelle référence française, s’exposait aux côtés de grands lancés comme fine fleur du Metal extrême français, de ceux dont on pouvait espérer de grandes choses futures. Il est dommage que le destin ait décidé de nous priver d'un groupe aussi original et intense sur la scène. Reste leur petite discographie donc, riche en émotions, à découvrir.

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   ISAACRUDER

 
  N/A



- Romain Barbot (chant)
- Sylvain (guitare)
- Seb (basse)
- Baptiste (batterie)


1. Goodnight Nobody
2. After...after
3. We Deserve Happiness
4. Only At Night
5. The Life Collider
6. After The Gold Rush
7. El Salvaje
8. Wild Turkey
9. Purple Teeth
10. Black At Heart
11. Lost In Madrid



             



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