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AUÐN - Farvegir Fyrndar (2017)
Par PERE FRANSOUA le 29 Décembre 2017          Consultée 1271 fois

Voici le retour des Blackeux islandais qui ne font rien comme tout le monde, en tout cas rien comme leurs fameux compatriotes. Eux qui se considèrent, non sans humour, comme les outsiders d’une scène féconde mais incestueuse, peuvent désormais aussi s’enorgueillir d’être les premiers sur l’île aux geysers à sortir un second album longue durée (et sans jamais être passé par la case "Ep".)
Mais le succès aidant, via la renommée internationale et la signature chez Season Of Mist, ils sont moins outsider qu’avant. La preuve : leur nouveau disque est mixé par l’incontournable Stephen Lockhart (REBIRTH OF NEFAST, SINMARA), le pape de la scène islandaise, et ils ont été invités à participer au festival Oration 2018 à côté des autres stars locales, un festival organisé par... Stephen Lockhart.

C’est sans doute à ce mixage made in Emisary qu’est dû ce léger changement de production où les guitares incisives et bien définies - malgré leur âpreté - du premier disque se fondent dans une brume soyeuse beaucoup plus typée Atmo. Sans aller jusqu’à ressembler au chaos tumultueux des autres pointures locales passées par le Studio Emissary de Lockhart (SVARTIDAUƉI, SINMARA, ZHRINE, MISÞHYRMING, etc.) le travail sur le son contribue à rapprocher légèrement AUÐN du reste de la scène. Néanmoins, comparaison faite entre les deux disques, le nouveau son est plus ample et plus mature, et accompagne parfaitement l’écriture des titres.
En effet le AUÐN nouveau déploie des paysages denses et touchants à travers ses murs de sons plus velours que râpeux, d’où émergent les mélodies qui se cachent comme des filons dans le marbre. Les riffs rythmiques qui contribuaient à la fraîcheur et la vivacité du premier album se font désormais fort rares (on en trouve encore au début de "Í Hálmstráið Held"). La musique avance donc d’un seul bloc (même la batterie, un peu étouffée, se fond dans la masse) pour vous submerger tout entier d’émotion.

"Émotion" sera le maître-mot de ce second opus. Une émotion bien sombre, évidemment, fruit d’une sensibilité d’écorchés vifs poussée au maximum, à l’instar des vocaux impressionnants de Hjalti Sveinsson. Hurlant de toutes ses forces, la puissance et l’émotion jaillissent du fond de son âme avec un beau timbre râpeux à la Ihsahn. Le chanteur nous donne tout, tout le temps mais à force d’être au taquet la majeure partie du temps, on en finirait presque par se lasser. Il manque de la variété (peut-être à l’exception de "Lífvana Jörð"), ces modulations légères mais bienvenues, et surtout cette dynamique accrocheuse qui faisait le sel du premier disque. Néanmoins, cette puissance vocale et cette intensité solennelle collent bien aux morceaux et amplifient la portée émotionnelle. De plus ils sont assez scotchants en concert (j’ai eu l’occasion de les voir sur scène lors de leur récent passage à Paris en première partie de The GREAT OLD ONES et GAAHL’S WYRD). Difficile de le quitter des yeux d’autant que le contraste est saisissant entre son look de gentil hipster bien coiffé en veste de costard et ses hurlements intenses qui viennent du fin fond de ses tripes.

AUÐN a un gimmick bien à lui : faire démarrer ces titres avec de belles intros à la mélancolie tranquille faites d’arpèges nocturnes et délicats de ballade Pop Rock qui vous plongent en pleine rêverie, tremplin idéal pour laisser monter la tension avant l’assaut. La déflagration qui suit est définitivement plus intense que sur son premier effort. En blast ou en mid-tempo, AUÐN recherche le paroxysme de l’émotion et l’atteint sans problème. Mais à trop vouloir exploser d’émotion sauvage, il peut être difficile de rebondir ou surprendre en cours de route.
Une écoute superficielle laisserait à penser que les Islandais se dispersent sur la longueur, peinant à garder notre intérêt une fois l’intensité maximale atteinte. On se dirait surtout qu’il manque de riffs immédiatement marquants (par rapport au premier album), tout en reconnaissant qu’il y en a bien quelques-uns disséminés de-ci de-là, des qui vous scotchent instantanément, comme ce riff intense et déchirant au cœur de "Ljósaslæður".
On pourrait ainsi conclure hâtivement que "Farvegir Fyrndar" déçoit un peu en n’étant qu’une demi-réussite. Vous l’aurez compris ce serait une grave erreur.

Même si leur musique est un peu moins accessible, avec des mélodies moins évidentes et des éléments un peu moins délimités, elle se montre définitivement plus profonde et plus vibrante. Elle se révèle à nous au fur et à mesure que le voile de brume se lève dans notre esprit. Nous assistons sous nos oreilles ébahies à l’éclosion d’un Black Metal chargé d’émotion pure où l’âme torturée de ses créateurs anime la moindre note. Un Black Metal habité plutôt que possédé, chargé de vie plutôt que drainé par la mort. On s’en rend d’autant plus compte sur scène où le groupe se donne à fond et sans artifice.

AUÐN n’a pas peur de d’exprimer la beauté et nous entraîne à travers des nuages clairs-obscurs à coup d’airs vengeurs et de poussées rageuses aussi poignantes que celles des grands Polonais de MGŁA. On pourra retrouver ce cocktail si particulier de mélodies discrètes mais intenses offertes par le lead prenant en trémolo associé aux arpèges entêtants qui s’égrènent dans le fond tandis que les tempi alternent entre le Rock et le blast ("Haldreipi Hugans", et beaucoup d’autres).
L’impression de plafonnement émanant des premiers titres se dissipe en avançant dans le disque et la seconde moitié se révèle être grandiose. Les titres irréprochables s’enchaînent. La rupture se fait avec le magnifique "Ljósaslæður", pétri de rage et de mélancolie, qui vous cloue sur place. Il s’enchaîne sans temps mort avec le majestueux "Blóðrauð Sól" comme si les deux titres ne faisaient qu’un. "Eilífar Nætur" ne vous lâche pas, emportés que nous sommes par son intensité qui ne cesse de croître. La montée sera tout aussi inexorable sur "Skuggar", qui nous fait voyager de la mélancolique balade Black Metal à la cavalcade impétueuse.
Et lorsque l’on pense qu’on en a déjà eu suffisamment pour notre argent, qu’ils nous ont tout donné, on repart pour un dernier assaut, et pas des moindres, "Í Hámlstráið Held", peut-être le meilleur morceau de l’album, où l’émotion éclate tandis que le chanteur s’époumone comme jamais.
Et puis, une fois dans le chaudron, on revient sur le début du disque avec des oreilles enfin prêtes pour réaliser que les premiers titres sont finalement aussi bons (de la montée en puissance de "Veröld Hulin" qui ouvre l’album à l’intensité de "Prisund").

"Farvegir Fyrndar" est un disque long et copieux, un brin redondant de prime abord mais sans jamais être indigeste. Remarquablement homogène, on pourrait lui reprocher de manquer de diversité. S’il est moins direct et évident que son prédécesseur, il est en revanche beaucoup plus riche, intense et profond.
Et s’il s’agit bien de pur Black Metal on se surprendra à découvrir une musique vibrante, incarnée et humaine d’où jaillit une émotion palpable. Son Black devenu Atmosphérique fait merveille, des belles balades nocturnes qui ouvrent la voie aux murs de sons intenses, traversés par des airs poignants, propulsés par la pulsion efficace d’une batterie organique, le tout surplombé d’une voix arrachée qui amplifie encore l’émotion.
Même en épousant la brume et en étant (enfin) reconnu par le reste de la sulfureuse scène Black islandaise, AUÐN reste définitivement unique, voire antithétique. Jouer à visage découvert, sans maquillage ni capuche, en tenue de groupe de gala, n’est pas qu’une posture, c’est l’incarnation de leur positionnement artistique unique : être vrai.
AUÐN joue désormais dans la cour des très grands, à côté de ceux qui savent extraire la beauté au milieu du tumulte, MGŁA et WOLVES IN THE THRONE ROOM, et s’impose comme l’une des plus belles révélations venues d’Islande, alors que la concurrence y est rude.

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   PERE FRANSOUA

 
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- Andri Björn Birgisson (guitares)
- Aðalsteinn Magnússon (guitares)
- Hjalti Sveinsson (vocaux)
- Hjálmar Gylfason (basse)
- Sigurður Kjartan Pálsson (batterie)


1. Veröld Hulin
2. Lífvana Jörð
3. Haldreipi Hugans
4. Prísund
5. Ljósaslæður
6. Blóðrauð Sól
7. Eilífar Nætur
8. Skuggar
9. Í Hálmstráið Held



             



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