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- Style : Deathspell Omega, Secrets Of The Moon

SCHAMMASCH - Contradiction (2014)
Par DARK BEAGLE le 4 Décembre 2017          Consultée 596 fois

Quatre ans après un premier album assez conventionnel dans le fond comme dans la forme, les petits Suisses de SCHAMMASCH nous reviennent avec ce "Contradiction" qui d’entrée de jeu marque une coupure nette avec "Sic Lvceat Lvx". Le noir typique du genre (à l’origine, la pochette du premier essai était très classique, genre chevalier noir qui se bat dans une forêt noire contre un ours noir en pleine nuit noire) cède la place à des couleurs vives, des rouges et des dorés qui se découpent sur un fond qui alterne entre l’esprit gravure et un blanc franc. Metastazis s’est arraché pour donner à SCHAMMASCH une imagerie forte, qui donne envie de passer l’étape de la pochette pour voir de quel bois les Helvètes se chauffent (le hêtre restant le meilleur choix, ça brûle longtemps).

Première surprise, il s’agit d’un double album. Choix certainement prétentieux pour une formation qui n’en est qu’à son deuxième effort studio, mais choix courageux également. "Contradiction", c’est tout de même environ une heure vingt cinq de musique, un peu moins de quarante minutes pour le premier disque, un peu plus pour le second. Tout est une question d’équilibre. Cinq titres vont s’exprimer sur le premier disque. Quatre sur le second. Mais aucun des deux ne dégagera la même ambiance, comme si SCHAMMASCH nous proposait deux albums différents en un, où toute lumière est littéralement étouffée par un pessimisme qui se dégage de la musique jouée, parfois proche du Post Rock, parfois purement Black Metal.

En effet, sur "Contradiction", SCHAMMASCH s’affranchit du genre dont il est issu tout en conservant les racines de ces fleurs du mal, jonglant constamment avec ses envies et ses idées pour conserver une cohérence maladive tout du long. Les musiciens vont jouer avec les nerfs des auditeurs avec un certain sadisme. D’ailleurs, ce "Contradiction" n’est pas une œuvre dans laquelle on rentre facilement, les premières écoutes peuvent se montrer laborieuses, allant jusqu’à provoquer une déception initiale, déception qui s’efface progressivement alors que l’on rentre dans l’esprit retors de C.S.R., que l’on se laisse porter par sa noirceur, que l’on découvre son infinie richesse musicale. Et là, on peut se dire « waouh » (on a toujours tendance à minimiser tout ce que peut représenter un « waouh »).

Alors oui, il est possible que l’on attende des explosions de violence, des déluges de blast beats à nous démonter les cervicales et force est d’avouer que si c’est cela que l’on recherche en priorité, alors on va avoir énormément de mal à adhérer à ce que nous propose SCHAMMASCH ici. En revanche, quand on arrive à prendre du plaisir masochiste avec une certaine forme de frustration d’une attente mal récompensée, que l’on est curieux et que la violence musicale ne représente pas un tout mais une manière de s’exprimer, alors il y a de fortes chances que vous vous laissiez embarquer dans ce voyage en noir.

C’est "Contradiction", le morceau, qui a la lourde charge de nous présenter la nouvelle approche musicale de SCHAMMASCH. Si "Sic Lvceat Lvx" laissait transpirer un Black Metal qui n’avait aucun scrupule à s’acoquiner avec des choses plus Death Metal dans l’esprit, "Contradiction" place l’auditeur dans l’attente donc, comme cela a été suggéré un peu plus haut. Et avec le title track, ça ne manque pas. Il y a constamment cet espoir que tout éclate, comme un orage purificateur viendrait casser la lourdeur écrasante de certaines journées d’été. Mais non. Le groupe préfère que l’on crève la bouche ouverte, à attendre, encore et encore que tout s’emballe au détour d’un blast beat de derrière les fagots. Au lieu de cela, ils vont nous gratifier d’une guitare acoustique qui prend des allures hispanisantes.

Parce que SCHAMMASCH fait un effort notable sur l’aspect mélodique de sa musique, même s’il la rend moins accessible. Une contradiction, si l’on veut, tout dépend du point de vue. On remarque rapidement que l’ensemble sonne plus construit, mieux construit aussi même si cela peut parfois donner l’impression de se retrouver face à un labyrinthe sonore. Le chant a également suivi une véritable mutation. C.S.R. s’avère assez éclectique dans sa façon d’interpréter ses textes, usant de quelques artifices parfois pour créer des effets ("Split My Tongue"). Si on retrouve le côté vocaux écorchés par moment, ils ne sont pas forcément majoritaires, ou pas dans l’idée que l’on s’en fait habituellement. Il se laisse aussi à utiliser une voix claire qui a quelque chose de sentencieux, qui n’est pas sans rappeler Fernando Ribeiro (MOONSPELL). C’est souvent fugace, le chant bouge autant que les différents plans imaginés par les musiciens. Il y a une espèce d’osmose qui se crée et on ne peut pas sortir qu’un élément d’une composition, il faut la prendre dans sa globalité, dans ses évolutions, dans son entier.

Les titres, vous l’aurez rapidement compris, sont longs. Et ils ne sont en rien ennuyeux. Déjà, comme cela a été dit, voire rabâché, ils dégagent tous une tension particulière, une montée en puissance qui n’explose pas systématiquement. SCHAMMASCH cependant se montre astucieux. Les morceaux du premier disque sont volontiers plus tortueux, plus aptes à prendre des directions diverses et variées, coupables de surprendre l’auditeur de bien des façons (comme cette utilisation du chant Grégorien qui semble venir de nulle part et qui vient apporter une coloration particulière). Même les compositions qui semblent les plus classiques, comme "Provoking Spiritual Collapse", apportent des éléments qui viennent briser toute linéarité sans qu’ils soient évidents, sans qu’ils soient frappés du sceau de la logique élémentaire.

Quant au second disque, il est constitué de ce qui pourrait être quatre morceaux de bravoure sur quatre albums différents. Dépassant souvent la dizaine de minutes, ils sont souvent plus compacts et d’une certaine façon, plus épiques (ce chant clair sur "Serpent Silence" qui est une invitation au recueillement, cette guitare acoustique sur "JHVH" qui est un moment de paix avant que la colère divine n’éclate). SCHAMMASCH propose ici un autre visage, un brin moins aventureux, mais qui agit comme le miroir déformant du premier skeud. On y retrouve le sens de la mélodie, la folie créatrice, mais qui ici s’expriment de façon différente. L’un complète l’autre. L’un est le reflet grimaçant de l’autre. L’un n’est rien sans l’autre.

"Contradiction" est un petit bijou du genre. Intelligent, bien écrit, aventureux, n’offrant jamais les mêmes plans, il est l’œuvre d’un groupe qui a muri sa musique, qui a su se sublimer sans se glorifier. Car finalement, s’il y a de la prétention là-dedans, elle n’est pas du genre ridicule. SCHAMMASCH a eu l’orgueil de s’affranchir de son univers de base, pour chercher plus loin, comme ont pu le faire DEATHSPELL OMEGA ou SECRETS OF THE MOON par exemple. Les Suisses s’ouvrent un univers aux possibilités infinies, donc "Contradiction" aura été l’un des paliers les plus cruciaux à franchir. Les musiciens l’ont fait avec un certain panache et plus rien ne les empêche de voir encore plus grand, encore plus démesuré, comme le prouvera "Triangle".

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   DARK BEAGLE

 
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- C.s.r. (chant, guitare)
- M.a. (guitare)
- A.t. (basse)
- B.a.w. (batterie)


- disque 1
1. Contradiction
2. Split My Tongue
3. Provoking Spiritual Collapse
4. Until Our Poison Devour Us
5. Crown
- disque 2
6. The Inner Word
7. Serpent Silence
8. Golden Light
9. Jhwh



             



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