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GODS TOWER - The Turns (1997)
Par VOLTHORD le 18 Novembre 2017          Consultée 290 fois

Quelques mois après un "The Eerie" étrangement singulier mais pas dénué de défauts rédhibitoires, GODS TOWER délivre, dans la plus grande indifférence, une perle de l’underground Pagan Metal. Si cette dénomination ne conviendra pas forcément à tout fan du genre, il faudra reconnaître à la formation biélorusse une réelle originalité alors même que la scène a toujours surproduit des clones de clones de clones… GODS TOWER est clairement à part, et "The Turns" possède des qualités bien réelles, et une aura simplement unique.

À l’époque, du côté de l’Europe de l’Est, on allait intégrer progressivement du pipeau dans des "oyé ola" ponctués par des voix féminines, même si la scène étiquetée restait encore un ersatz de Black "païen". Du côté de l’Europe du Nord, le Viking Metal commençait à se développer autour d’une appropriation Folk par les instruments Heavy traditionnels (STORM, EINHERJER, MITHOTYN faisaient foi et l’ami Vintersorg bossait sur le très "folky" OTYG), et à ma connaissance seuls les Irlandais de CRUACHAN avaient, à ce moment-là, pleinement intégré les instruments Folk dans un album studio de Metal Extrême avec le culte "Tuatha Na Gael"...

GODS TOWER ne semble avoir aucuns voisins proches. Après avoir contacté Lesley Knife, ce dernier m’a confirmé que le groupe n’avait jamais vu sa musique comme faisant partie de d’un mouvement ‘pagan’ de l’Est en particulier, la scène biélorusse étant assez restreinte pour que tous les genres se tiennent les coudes, chacun pouvant alors se tailler son identité (*). Sans aîné ni frères de sang directs, le groupe remonte l’arbre de sa descendance à partir du "Hammerheart" de BATHORY : dans le ressenti, on y reconnaît l’influence de Quorthon. Comme je l’ai dit pour la chronique du précédent opus, les Biélorusses semblent appuyer la lenteur de leur tempo dans une optique Doom également unique. Si on étiquetait de "Doom épique", le sens qu’a pris aujourd’hui ce terme ne lui ferait pas honneur. GODS TOWER est bien Doom dans sa lourdeur d’atmosphère et dans une approche du riff presque Stoner, il n’est pas "épique" en grande pompe, et puise dans une attitude incantatoire et dramatique tout comme les Irlandais de PRIMORDIAL aujourd’hui (mais bien avant eux, finalement).

À la formule rugueuse de "The Eerie", album intéressant mais incomplet, "The Turns" trouve une atmosphère nouvelle et se "folkise", mais sans gonfler en artifices, en claviers et même en instruments Folk (intéressant d’ailleurs de savoir que les musiciens étaient également fans de Mike OLDFIELD, pourtant bien connu pour ses mélodies enjouées).
"Seven Rains Of Fire" est une bonne démonstration de ce que peut donner une approche folklorique sans instruments dits "Folk" (la comparaison avec STORM peut se faire ici). "Rising Arrows" et ses "oyohého" sont une manière plus commune d’approcher la chose, et le côté "danse du soleil" (désolé les amis) du titre lui vaudra sans doute la médaille du titre le plus joyeux de l’album (même si nous sommes ici encore dans la célébration de l’âme en peine, le shamanisme étant de sortie !).

Comme Quorthon avant lui, Lesley Knife a une interprétation "habitée" de ses lignes de chant, même lorsque ça manque de justesse (on pourra également penser aux déclamations bourrues de Varggoth (NOKTURNAL MORTUM) à partir de "Weltenschauung"). "Twilight Sun" fait tout particulièrement briller son chanteur, vivant pleinement son texte entre deuil et espoir de renouveau. Couplé à un jeu de guitare (putain, quel solo) et une atmosphère théâtralisant le texte, c’est dix minutes d’un robuste chef d’oeuvre.

La fin d’album essouffle cependant nos dernières ressources : "Blood" ressemble à de la Oi! un peu dégueulasse et sa flûte caricaturale (la seule de l’album, je rassure les plus purs) ne vient pas arranger cette petite balafre pas glorieuse après une série de titres réellement réjouissants. "Mysterious" et son piano impersonnel recouvrant presque entièrement le chant clair de Lesley agit en outro sans saveur et même un peu kitsch.

"The Turns", fait avec sincérité et dévouement, est une perle rare qu’il fait bon dépoussiérer, touchant à une forme étrange de perfection maladroite. À ce compte-là, tout comme son prédécesseur, il faut une sacré tripotée d’écoutes pour se l’approprier.
Après tant d’années, difficile de réhabiliter un tel album, ni même de prouver par A + B la place de choix qu’il devrait avoir dans l’histoire du genre. Il n'est bien entendu jamais trop tard pour le redécouvrir.

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* Intéressant d’avoir aujourd’hui la perception de Lesley Knife sur la scène de l’époque, qui fourmillait de groupes et de passionnés. Pour lui les choses ont changé aujourd’hui et la scène en Biélorussie n’est plus aussi ‘Metal’ qu’avant. La crise économique pousse moins de gens vers l’art, et le contact entre groupes est plus difficile qu’auparavant, alors que l’underground il y a vingt ans semblait dynamique et fraternel. Mais il a également dit qu’il n’est peut-être “qu’une homme qui vieillit”. Allez savoir...

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- Lesley Knife (chant)
- Alexander Urakoff (guitare)
- Yuri Sivtsoff (basse)
- Wladislaw Saltsevich (batterie)
- Dmitry Ovchinnikoff (clavier)


1. Intro / The Turns
2. I Am The Raven
3. Seven Rains Of Fire
4. Twilight Sun
5. An Eye For An Eye
6. Rising Arrows
7. Blood
8. Mysterious



             



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