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The GREAT OLD ONES - Eod : A Tale Of Dark Legacy (2017)
Par WËN le 8 Mai 2017          Consultée 2917 fois

À notre époque où le Post-Black-toutim a le vent en poupe ; à notre époque où les mariages sonores apparemment contre-nature sont désormais monnaie courante ; À notre époque, encore, où les thématiques fantasy pimpantes et chamarrées des décennies précédentes font lentement place à de plus indicibles trames, reflets de la bestialité de notre siècle, il devenait inconcevable que notre terroir ne puisse lui aussi abriter en son sein quelque innommable et tapie monstruosité toute dévouée à d'interdits et séculaires cultes païens.

C’est ainsi qu’en 2012, s'extirpant pesamment des eaux troubles et tourmentées de la sédimentaire Garonne, The GREAT OLD ONES vinrent pousser leurs premiers vagissements. Taillée à même l'ineffable tourbe de l'antique cité girondine lovée entre ses rives écumantes – et d'ailleurs déjà connue et reconnue pour son terreau propice à l'émergence de telles aberrations extrêmes, dévoreuses de décibels et d'expérimentations toutes en lourdeur comme peuvent l'être YEAR OF NO LIGHT et une grouillante multitude d'autres cultes de moindre dimension - cette effroyable entité, d'abord excavée par Les Acteurs De L’Ombre puis récemment maîtrisée par Season Of Mist, ne tarda guère à s'imposer parmi les figures de proue d'une scène dorénavant établie, asseyant sa suprématie tant par ses atmosphères denses et travaillées que par son occulte stature, entérinée par ses thématiques d'obédience Lovecraftienne toutes poisseuses, à faire s'écailler sur place n'importe quel profond rejeton de l'immergé Dagon.

Dagon, parlons-en justement ! Car si leur "Al AZif" de précurseur laissait le Black-Atmo/Post Metal très Doomy de nos GRANDS ANCIENS s'acoquiner avec toute cette palanquée de calamités - tirées de l'imagination délirante de ce cher Howard Phillips - qui pouvait leur passer à portée de tentacule ; leur sophomore de "Tekeli-Li", lui, parachevait leurs balbutiants tâtonnements en nous rapprochant ostensiblement de "notre chute, vers la folie, et la mort" articulé qu'il était autour de ces montagnes hallucinées ("At The Mountains Of Madness", 1931). Renforcée d'une partie rythmique prodigieusement hypnotique, cette dévorante fureur sonore Black Metal sans concession qu'ils nous déclenchaient là, rehaussée de ce qu'il fallait de débordements Post Metal, ne laissait que quelques rares bribes acoustiques à l'auditeur essoufflé pour seulement lui laisser caresser le fol espoir de pouvoir se sortir sain d'esprit de ce maelström hanté de fugaces silhouettes protéiformes. Laissant leur narrateur délirant et à demi-suffocant dans sa propre folie, The GREAT OLD ONES remontent ici le continent américain, étalant leur lourde masse dans le Massachusetts, pour faire leur "Le Cauchemar d'Innsmouth" ("The Shadow Over Innsmouth", 1931). Ressuscitant au passage cet "Ordre Esotérique de Dagon", culte tout dévoué à l'éponyme déité des profondeurs, le quintette nous enveloppe bien vite d'un voile tissé à même les cauchemars les plus fous de Robert Olmstead (l'investigateur de la nouvelle de Lovecraft) qui, quelques dizaines d’années plus tôt, foulait déjà les sordides et puantes ruelles de la reculée bourgade.

C’est son descendant, justement sur les traces de son aïeul, que nos vicieux GRANDS ANCIENS vont ici se plaire à tourmenter, jusqu’à l’intimement disséquer. Ici, c’est en simples spectateurs et donc forcément impuissants que nous assisterons à ses mésaventures, ployant nous aussi ostensiblement sous leur antédiluvien et implacable joug. Et pour nous dominer, à leurs visqueux tentacules pendent ici trois atouts majeurs.

Premièrement, il nous sera bien impossible – musicalement parlant - d'échapper ici à leur implacable fureur, poursuivis que nous serons, et ce dès l'entame de l'œuvre, par leur Black Metal plus viscéral que jamais ("The Shadow Over Innsmouth", "When The Stars Align"). Opacifiant encore son riffing mais tout en conservant intacte cette haine primordiale qu’elle nous délivrait sur sa précédente réalisation, la sombre entité met ici les bouchées doubles, envoyant valser l’auditeur, brasse après brasse, contre les murailles de guitares dont son trio de six-cordistes se plaît à draper ses atmosphères… Ces dernières, à couper au couteau, ne tardent d’ailleurs guère à prendre possession de tout l’espace environnant, ne laissant qu'une impression d'étouffement alors que se resserrent les ruelles d'Innsmouth. La production (signée Fred Motte), abyssale, y est pour beaucoup, d’autant plus qu’elle laisse ici une place considérable à la batterie pour s’exprimer. Tentaculaire, cette dernière use de tous les artifices à sa disposition pour rouler sur ses faibles adversaires qui, prostrés sous un porche de fortune, subissent ses déluges de breaks dévastateurs dans l'attente d'une salvatrice accalmie. Las, lorsque celle-ci surviendra, ce ne sera qu'au détour d'une danse hypnotique, subjuguante, mais fatale face à tant de crocs séduisants ("The Ritual" et "Mare Infinitum"). En alternant justement furieuses accélérations rythmiques ("In Screams And Flames") et ralentissements sans équivoque et lourds de sens (toute l'intro plus atmosphérique de "Mare Infinitum") au gré des déclamations de ses deux vocalistes, The GREAT OLD ONES, jouant avec les émotions de leur auditoire, se jouent de lui, l'entrainant aux confins de sa propre sanité, jusqu'à cette si ténue frontière où tout peut si facilement basculer. Tout ici, est donc prétexte à sauvagement nous violenter, nos GRANDS ANCIENS se gaussant même de constater ô combien pitoyable est notre volonté.

Car sur ce disque, plus que jamais, The GREAT OLD ONES font étalage de leurs latents talents, nous dévoilant toute l'étendue, si sordide soit-elle, de leur art. Et c'est bien là le second de ce pendable trio d'atouts. Tout est ici implacablement calculé. La bête a encore grossi et, affirmant sa pachydermique stature, gagne là en maturité, c'est une évidence. Toute sa visqueuse physionomie semble d'ailleurs indiquer une créature désireuse de s'arroger de nouveaux territoires (narration en anglais, mais aussi en parallèle à cette offrande : des tournées plus conséquentes, des représentations scéniques travaillées, etc.). Cela s'en ressent fortement musicalement, puisque de méticuleuses observations ne manqueront de prouver que malgré sa brutalité apparente, son Black Metal s'avère finalement finement orchestré et arrangé, complexe dans les moindres tentaculaires circonvolutions de ses riffs. Fort de ses deux précédentes expériences, TGOO est définitivement sûr de lui, n'hésitant pas à user ni abuser de divers appâts tout du long de ces cinq véritables titres qu'il nous présente là (si l'on excepte les courts introduction/interlude). Le fugace violoncelle de "Tekeli-Li" ébauche ainsi un retour ("Mare Infinitum"), résonnant de la plus solitaire des façons, prisonnier qu'il est de l'aqueux royaume de Dagon. À harponner aussi à son gros front squameux, nous ne pourrons non plus taire l'orgue de "The Ritual", ni même les chœurs finaux de "Mare Infinitum", renforçant encore - s'il le fallait - les denses et tragiques volutes émanant de la cité côtière. Enfin, ce solo de guitare signé par l'un de ses cultistes en devenir (embauché depuis), venant clore "In Screams And Flames", a lui aussi de quoi surprendre. Ce compulsif souci du détail atteint un tel paroxysme, que certaines courtes dissonances de "The Ritual" paraissent même extraites de l'album précédent, à ce moment précis où le narrateur s'abandonnait déjà aux affolantes visions et doutes qui lui broyaient l'esprit. Coïncidence ? Nous n'oserions y croire, à moins que nos pensées galopantes, elles aussi, ne commencent justement à doucement se troubler…

De tout ceci résulte un concept rondement mené pour une œuvre une fois de plus extrêmement immersive. Les premiers grincements introductifs à peine tus, que nous voilà happés par ceux des profondeurs, plongés dans un cauchemar de dents acérés aux ignobles relents dont nul échappatoire ne paraît de prime abord possible. Les réminiscences acoustiques se font encore plus disparates que sur son prédécesseur, trahissant la volonté de ses titanesques géniteurs de transformer ce disque en un véritable sprint contre le monstre. Et c'est ainsi, dans l'urgence de la situation, que l'œuvre se révèlera totalement, les textes sous les yeux en suivant les fatales pérégrinations du protagoniste qui ne vont bien évidemment pas se dérouler comme prévu (mais alors, pas du tout). Afin d’encore en intensifier l’expérience, nous privilégierons ici l’édition digibook limitée, cette dernière proposant une flopée d’artworks exclusifs. Chaque strophe, chaque accent, ainsi agrémentés de la griffe de Jeff Grimal (guitare, chant et illustrations), prend ainsi une saveur épique particulière, le chaos alentour s’épaississant redoutablement : saisissant ! Ces pièces d'art, déclinées ici dans les deux styles bien distincts et propres à leur auteur, mériteraient presque un développement à part entière, les premières (dessinées) semblant se pencher sur la trame d’une ésotérique prophétie tandis que les secondes (peintes) paraissent, elles, être tirées des démentes visions qui ne manquent de s’imposer au narrateur tourmenté, tout en tentacules. Plus que jamais, musiques, textes et visuels, s’unissent ainsi en un amas globuleux foutrement intense.

The GREAT OLD ONES nous livre ici, à l’image de ses titanesques hérauts, une œuvre gargantuesque et qui, comme à l’accoutumée, mérite de truster les plus hauts sommets de nos colonnes. "EOD: A Tale Of Dark Legacy", en plus de remarquablement bien porter son nom, s’impose déjà comme une œuvre imposante qui devrait faire date parmi les sorties de 2017. Néanmoins, la formation, laisse s’échapper la note maximale à une coquille de bigorneau près, la faute à un album qui, si écrasante sa force de frappe soit-elle, ne surprend guère au final, là où son "Tekeli-Li" d’aîné laissait sur le cul (et dont je ne m’explique toujours pas la non-sélection par mon confrère de l’époque). Tout y est millimétré, mûrement réfléchi, et coupablement délectable, mais les ruelles d’Innsmouth si sombres et angoissantes soient-elles, demeurent clairement pavées de schémas déjà explorés auparavant, il faut bien l’avouer, si bien que pertinemment, nous devinons là où le groupe désire nous emmener. Soyons néanmoins sûrs que cela ne saurait affecter sa qualité intrinsèque, ni le plaisir évident qu’ont dû prendre ses géniteurs à composer un tel hommage à un type qui, né il y a plus d’un siècle, inspire encore des générations d’artistes.

Aparté collector : en plus d’être gâté au niveau des illustrations, l’édition digibook (500 copies) se démarque aussi par la présence d’un titre bonus, plutôt intéressant, puisqu’il s’agit d’une réinterprétation de "My Love For The Stars (Cthulhu Fhtagn)" de leur premier opus, ici déclinée en un trip acoustico-ambiant (avec voix éthérée) assez surprenant, mais intrigant.

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- Benjamin Guerry (chant, guitare, compos, textes)
- Jeff Grimal (chant, guitare, illustrations)
- Xavier Godart (guitares)
- Sébastien Lalanne (basse)
- Léo Isnard (batterie)
- Jason Mullaly (invité - narration)
- Quentin Gendrot (invité - violoncelle)
- Aurélien Edouard (invité - solo guitare, #6)


1. Searching For R. Olmstead (intro)
2. The Shadow Over Innsmouth
3. When The Stars Align
4. The Ritual
5. Wanderings (interlude)
6. In Screams And Flames
7. Mare Infinitum



             



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