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PSYCHONAUT 4 - Neurasthenia (2016)
Par LYRR le 11 Avril 2017          Consultée 908 fois

Torture. Humiliation. Coups de bâton. Voilà ce dont vous êtes passibles si vous n'écoutez pas ce nouvel opus de PSYCHONAUT 4. Ou bien peut-être est-ce le contraire : voilà ce à quoi vous aurez droit en écoutant "Neurasthenia". Douleur, insignifiance, tristesse et haine : rarement sentirez-vous aussi pesamment la misère de la condition humaine, l'inadéquation de votre pitoyable existence avec la société moderne, et votre incapacité à faire face à votre propre faiblesse et votre lâcheté. Durant plus d'une heure, PSYCHONAUT 4 nous emmène dans l'univers morbide de la dépression, de la drogue, de l'alcoolisme et du suicide, et ne pensez pas pouvoir en sortir indemne.

Le spectre de LIFELOVER plane plus que jamais sur le groupe : si certains éléments étaient déjà perceptibles sur "Dipsomania", il est évident que "Neurasthenia" prend source dans la folie de nos regrettés Suédois – écoutez le début de "Hangover" si vous en doutez. Mélodies, ambiances, voix, tout est là pour nous les rappeler ; mais, heureusement, il y a plus dans cet album qu'un simple pompage d'idées ayant fait leurs preuves par le passé. L'atmosphère qui s'en dégage est fiévreuse, malade, plus désespérée que jamais, portée par des riffs simples et douloureux qui reflètent toute la force négative qui se dégage du groupe. Les compositions sont de plus en plus affûtées et précises, envoûtant l'auditeur avec talent pour mieux l'entraîner dans le tourbillon de tourmentes qu'elles contiennent. Certains groupes de DSBM gagnent en expressivité de par leur côté brouillon ; PSYCHONAUT 4, lui, profite pleinement de la qualité de son dont il jouit pour proposer un contenu riche en pépites musicales.

Ce qui est franchement agréable avec cet album – si l'on peut utiliser le mot "agréable" dans une chronique de DSBM – est qu'il parvient à ne pas tomber dans le piège de l'ultra-répétitivité. Le sentiment de lancinement procuré par la répétition de riffs fait partie des artifices standards du genre, mais il est encore mieux de se retrouver avec un album qui cherche à se renouveler et à proposer du contenu original de titre en titre. Il y a un vrai travail en amont sur la qualité des compositions, une volonté perceptible de produire de l'art et non pas juste de la dépression en six-packs comme le font avec plus ou moins de maîtrise d'autres formations du genre. Le résultat est que "Neurasthenia" peut donc arriver à intéresser au-delà de la scène DSBM pure et dure, ce qui est loin d'être un mal, et offre un peu de fraîcheur à un genre claustrophobe et étouffant. Il y a bien sûr quelques longueurs – normal sur un disque d'une heure treize – et condenser quelque peu le propos aurait sûrement été bénéfique, mais le groupe a l'air d'aimer atteindre les limites de durée possibles des CD.

Pour vous donner une meilleure idée de ce que cet album contient vraiment, je vous propose de nous intéresser à trois titres qui ressortent du lot et qui, par conséquent, forment une bonne porte d'entrée dans le monde de PSYCHONAUT 4. Si vous n'êtes pas convaincus après y avoir jeté une oreille, retournez écoute du Power, ça vaudra mieux.

Le premier est "Hangover". Comme dit précédemment, il se rapproche de ce que LIFELOVER faisait sur certains points : le chant y est ressemblant, et la présence de quelques notes de piano doublant la mélodie jouée à la guitare parlera tout de suite aux fans de Nattdal et consorts. Mais, plus que tout, ce que PSYCHONAUT 4 est parvenu le mieux à sublimer est cette intensité dans l'expression de la folie désespérée : l'horreur y est presque palpable tant elle y est précisément dépeinte. Une perle du genre.

Ensuite vient "Bad T.RIP" – nous passons subtilement de l'alcool à la drogue, vous remarquerez. Le riff d'introduction est surprenant, presque Doom ; ses premières notes forment un motif proche de celui du troisième mouvement de la sonate op. 35 n°2 de Chopin (sa célèbre "Marche Funèbre"), mais en ré mineur plutôt qu'en si bémol. Au-delà de ses affinités avec notre compositeur polonais préféré, cette piste reflète une autre facette du groupe : celle qui se perd progressivement dans ses délires paranoïaques ; celle qui constate, impuissante, que toute connexion qu'elle pouvait encore avoir avec une quelconque réalité a été coupée ; celle qui a déjà perdu contre l'inexorabilité de la mort avant même d'avoir pu lui faire face. C'est la pente fatale, la dégringolade : les mélodies passent de la violence au malaise, puis enchaînent sur un riff annonçant une fin à la fois glaçante et libératrice. Tout l'art de l'autodestruction, en somme.

Et, enfin, l'ultime titre ayant retenu mon attention est "Song Written In Paris". Cette piste a été mon premier coup de cœur du disque ; il s'agit sûrement de celle qui repose le plus sur la mélodicité sur l'ensemble de "Neurasthenia". Elle met en exergue le côté plus émotif du groupe : la musique y est toujours excessivement crue et dépressive, mais il s'y ajoute un je ne sais quoi de plus poétique, de presque doux. "Song Written In Paris" est un cri ; un ultime cri de haine adressé au monde, un cri proféré sur son lit de mort lorsque l'on sent la grande Faucheuse s'approcher. L'on n'est pas si loin de TOTALSELFHATRED et de son savant mélange de tristesse et de violence agrémenté d'un certain lyrisme. C'est beau ; beau et terrible à la fois.

Sur ces derniers mots, je vous laisse profiter de "Neurasthenia". Le disque est long, un peu rude si l'on n'est pas habitué au genre, mais plein de ressources. PSYCHONAUT 4 prouve une fois de plus que la scène DSBM parvient à produire des talents musicaux incroyables ; il ne reste qu'à espérer que cela sera toujours le cas.

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- Glixxx (guitare)
- Drifter (guitare, chant additionnel)
- Graf Von Baphomet (chant)
- Nepho (batterie)
- S.d. Ramirez (guitare, chant additionnel)
- Alex Menabde (basse)


1. Prologue
2. Death Is A Form Of Art
3. Sweet Decadance
4. Total Leaning To Madness
5. Bad T.rip
6. Song Written In Paris
7. Sleeping Pills Suck
8. Hangover
9. Too Late To Call An Ambulance
10. Thoughts Of Death



             



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