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2014 Arche

DIR EN GREY - Arche (2014)
Par POSITRON le 13 Avril 2017          Consultée 703 fois

Soyons francs d'entrée de jeu. Si je vous chronique le dernier DIR EN GREY comme un sale sans même faire la discographie avant c'est essentiellement à cause du (ou grâce au ?) refrain stellaire du superbe "Rinkaku" et de son fausset aérien. Passe-le donc lecteur ça te fera une bande son pour la lecture de cette chronique. Ça y est ? Bon, je me lance.

DIR EN GREY est un phénomène à part entière au Japon, un phénomène singulier que je vais tenter de vous expliquer. Commençons par l'origine géographique du groupe : elle n'est pas anodine. Si vous êtes connaisseurs de groupes aussi divers que SIGH, MAXIMUM THE HORMONE, The FISHMANS, MELT BANANA ou encore BORIS vous savez déjà que "l'exception culturelle" du Japon s'applique également en musique(*). Occidentalisé à Mach 2 à la sortie de la seconde guerre mondiale, le Japon a assimilé la culture occidentalo-américaine et ses évolutions d'une façon qui lui est entièrement propre. Ainsi que pour le Jazz, la Noise ou la musique savante, le Japon possède sa propre vision du Rock et du Metal. C'est un pays où les frontières sont plus floues, un pays où l'on embauche GALENERYUS pour réaliser un générique d'anime, un pays où un groupe de Shoegaze peut emprunter des riffs au Death Metal(**), ou bien dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, évoluer absolument n'importe comment.

DIR EN GREY naquit en tant que groupe de Visual Kei des cendres de LA:SADIE'S (très japonais aussi ce n'importe quoi typographique) appartenant lui aussi au mouvement Visual Kei. Naviguant sereinement dans l'empire de l'ex-X JAPAN Yoshiki, véritable mafia du Rock où l'on crée parfois de toutes pièces des groupes qui n'écrivent pas leurs chansons, ne jouent pas leurs chansons, et ne contrôlent absolument aucun aspect de leur groupe, DIR EN GREY va progressivement s'émanciper de ces contraintes visuelles et musicales. Une arme simple : le succès. DIR EN GREY explose au Japon dès ses premiers singles, lui offrant une popularité qui ne vacillera qu'avec un dégagement progressif du courant Visual Kei. De cette popularité DIR EN GREY va en tirer une liberté et une indépendance inégalée dans les milieux mainstream du Japon.

Partant d'un Glam Rock Alternatif sexy mélangé à quelques bizarreries poisseuses cachées dans les fonds d'album, DIR EN GREY visitera plus ou moins longtemps le Rock Indus, le Neo, le Metalcore, ou simplement ce grand flou qu'est "l'alternatif" surfant sur les modes avec un curieux équilibre entre une volonté de pomper du single et un désir impérieux d'expériences et de découvertes.

C'est avec "Uroboros" que DIR EN GREY se révèle complètement et pose les bases d'un style stable, que je vais vous décrire juste après puisque "Uroboros" en terme de démarche c'est à peu près la même chose que "Dum Spiro Spero" (un peu plus violent et -core) et que notre sujet d'aujourd'hui, "Arche", un peu plus Pop et mené par le chant.

Vous ne rêvez pas je vais ENFIN parler de ce putain d'album.

"Arche" est un album déroutant pour qui n'est pas accoutumé au groupe et à ses nipponneries. De part ce fameux recul japonais, il est difficile de décrire la musique que nous joue ici DIR EN GREY par autre chose que "Alternatif Prog Metal moderne chose". Cohabitent sur "Arche" des éléments de la totalité de la carrière du groupe (Pop, Core, Neo, Visual, Indus, Alternatif) en plus de plein d'autres trouvailles (Heavy, Death, qu'en sais-je,) qui passaient négligemment dans le coin, éléments assemblés dans un équilibre délicat entre riff salads et structures Pop, avec un travail des textures soigné et minutieux ("Tousei") et des guitares qui savent s'enfoncer dans des riffs "alternatif/moderne" très basseux et tricoter du lead mignon tout plein.

De ses origines plus Pop, DIR EN GREY maintient et même renforce sur "Arche" une attention particulière au chant de Kyo et à ses capacités de caméléon vocal d'autant plus surprenantes lorsque l'on sait qu'il souffrit de problèmes de voix entre "Dum Spiro Spero" et l'enregistrement de "Arche". Jugez donc de ses capacités sur le trip - Rock Indus "Phenomenon". Il est tour à tour crooner sensuel et growler Deathcore, ou alors s'étouffant en piaillements hystériques et en gamineries carnavalesques (sur "Cause Of Flickerness" par exemple). Mais c'est dans ses aigus purs, fluides et inventifs qu'il se fait maître de l'espace sonore, entraînant avec lui tout le groupe dans des mouvements parfois inattendus et pourtant toujours cohérents.

"Arche" mélange et malaxe quantité d'éléments pour en faire une tambouille plurielle et pourtant suintant le Japon par tous les pores de sa peau et pas seulement par l'emploi du japonais comme langue principale. Il semble hélas que le flot d'idées intarissable du groupe ne soit pas qu'une qualité, "Arche" souffrant de quelques longueurs et se montrant par bref instants moins convaincant ("The Inferno"). Un processus de sélection plus sévère aurait pu alléger un peu le matériel proposé et permettre d'y ajouter en conclusion le mignon tout plein "And Zero" tristement relégué en bonus track tipiakée sans états d'âme par votre dévoué chroniqueur.

Ne soyons cependant pas trop snobs face à ses broutilles et par certaines bases Neo ou -core qui ne font pas vraiment partie de mes rotations hebdomadaires : voila devant nous une entité qui démarra jadis comme un groupe de Visual Kei parmi tant d'autres, dont les principaux hauts faits auraient dû être une demi-douzaine de singles dans les charts japonais et quelques .mp3 en 128kB/s dans le coin d'i-pod de lycéennes weaboos avant l'extinction et l'oubli. Sauf qu'aujourd'hui DIR EN GREY vient de sortir un troisième disque de Prog Alternatif moderne reconnu au-delà de son public originel, qui écrase plus d'une fin de carrière de vétéran du Metal Prog "à l'ancienne". Un album qui peut s'écouter et se comprendre comme une volonté d'assimiler les fondements de tous ces genres modernes de djeunz*** dont les possibilités n'ont pas toujours été bien exploitées, et d'en sortir quelque chose de plus abouti, de les faire en quelque sorte... progresser.

Face à cela je ne peux que témoigner mon respect et même plus que du respect, de l'admiration.

_____

(*)Je rajoute à la relecture un lien vers une interview donnée sur radio metal ou sont glissés quelques mots à propos de ce climat particulier. (http://www.radiometal.com/article/dir-en-grey-fouille-dans-ses-origines,179959) :
**Le surprenant COALTARS OF THE DEEPERS.
***On me signale dans l'oreillette que je serais un djeunz, ah ben merde alors.

A lire aussi en METAL PROG :


ICE AGE
The Great Divide (1999)
Perle de metal-prog completement méconnue...




VOYAGER
V (2014)
Un pas en arrière, mais tout de même très fort !


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- Kyô (chant)
- Kaoru (guitare)
- Die (guitare)
- Toshiya (basse)
- Shinya (batterie)


1. #(graphie Latine)
2. Un Deux
3. Soshaku
4. Uroko
5. Phenomenon
6. Cause Of Fickleness
7. Tousei
8. Rinkaku
9. Chain Repulsion
10. Midwife
11. Magayasou
12. Kaishun
13. Behind A Vacant Image
14. Sustain The Untruth
15. Kukoku No Kyouon
16. The Inferno
17. Revelation Of Mankind



             



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