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BLACK METAL INDUS  |  STUDIO

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- Style : Blacklodge, Thorns
- Membre : Mysticum, Dissection, Mayhem, Watain
 

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ABORYM - Dirty (2013)
Par PERE FRANSOUA le 12 Septembre 2016          Consultée 604 fois

Industriel. L'appellation revendiquée par bien des groupes est un leurre qui ne nous apprend pas grand chose sur la musique proposée. Un reste d'agression mécanique et une volonté de déstabiliser l'auditeur hérité des premiers manifestes des artistes unis sous la bannière du label Industrial Records, un univers aliénant, fait d'expérimentations électroniques, sensé dénoncer l'aliénation de nos sociétés mais qui finalement s'y vautre avec cynisme ? Plus généralement, accolé à celui d'un style musical, Electro-Indus, Metal-Indus, Rock-Indus, le terme vise à qualifier tout et n'importe quoi du moment qu'il y a quelques samples d'usine, une vague hybridation des genres ou bien simplement un coté mécanique, martial ou robotique.

C'est sur le Black Metal, genre extrême aimant jouer avec les limites, que la greffe Indus prend le mieux. Agresser l'auditeur, déstructurer les morceaux, créer des paysages sonores glauques et inhumains, il aime ça. Tout commence avec les pionniers Norvégiens de MYSTICUM, leur mur de guitares impénétrable et leur boîte à rythme épileptique. On lorgne surtout du côté de la Techno et des rave parties. À l'autre bout se tiennent les Français de BLACKLODGE, seuls capables de dompter la Techno Hardcore et de la fusionner avec un panel guitaristique extrême et adéquat.

Et puis il y a ABORYM. Les Italiens (enfin 2/3 italiens, 1/3 norvégien) proposent un cocktail différent à chaque album. Leur disque qui répond le mieux à ce qu'évoque pour moi la dénomination Black Metal Industriel est l'épuisant mais jouissif "With No Human Intervention", certainement leur meilleur opus, cocktail explosif de guitares assassines qui enchaînent les riffs qui tuent, de bruitages et samples piquants, de boîte à rythme technoïde ultra-speed et de vocaux fous à lier servis par le fabuleux Attila Csihar. Entre temps le groupe a continué de muter, tant sur les plans personnels que musicaux autour de la personne de Frabrizio Giannese a.k.a. Malfeitor Fabban, aujourd'hui seul membre originel et leader maximo.
Bien qu'excellent "Generator" était un disque plus classique dans son approche du Metal noir, avec un net recul de l'Electro au profit d'une dimension symphonique porté par des chœurs grandioses. L'arrivée d'un vrai batteur en la personne de Monsieur Bård "Faust" Eithun (ex-EMPEROR) avait encore accentué ce côté Metal "classique".
Le concept album "Psychogrotesque", très inégal mais très bon par endroits, tenait plus de l'expérimental et de la bande son de film que de l'Indus ou de l'Electro. Le départ du guitariste Nysrok remplacé par Paolo Pieri avait occasionné un gros changement au niveau des six cordes, perdant ce sens du riff noir virtuose au profit de rythmiques épaisses et compactes.
Depuis Fabban a arrêté les drogues dures, se passionne pour la nature et les randonnées et prétend ne plus jouer du Black Metal Indus mais seulement de l'Electro-Indus Metal, ou plus spécifiquement du (accrochez-vous) Hard Industrial Electro Extreme Metal. On peine à voir la différence car les éléments de Black Metal sont bel et bien là.

"Dirty" dernier album en date est encore d'un autre genre. Cohérent et lisible, ce disque vise plus l'efficacité que le chaos. On a à faire à un Black Metal très rapide fait de riffs simples en accords glissés (pas de trémolo ici bas) rehaussé ou entrecoupé de sons Electro acides et distordus ainsi que de nappes de claviers simples "typiques du Black Sympho et qui feraient penser de loin à un DIMMU BORGIR période "Spiritual Black Dimensions" ("Rapped By Daddy", "I Don't Know"). La batterie de Faust, doublée et renforcée par l'électronique (boîte à rythme et boucles), tabasse à toute allure (ce dernier ne joue pas en live, le groupe préférant durcir son son en utilisant uniquement une boîte à rythme).

Cette déferlante assez impressionnante se voit entrecoupée de break divers, souvent à base d'Electro dansante dans un style un peu daté (coucou les années 90), vous savez celui qu'affectionnent tant les orchestres gothiques (on parle alors d'Electro-Indus). Ces parties Electro ont d'ailleurs été mixé par D. Loop, un vieux de la vieille de la scène Electro-Goth italienne (KEBABTRÄUME, LIMBO). Une fois habitué on fini par presque apprécier ces éléments électroniques un peu kitsh, aux sons acides et distordus, utilisés parfois comme sur-mélodies de façon efficace ("Across The Universe") ou au contraire parasites et épuisantes ("Dirty", "Helter Skelter Youth"). En tout cas ils contrastent infiniment avec l'agression sans pitié du Metal Extrême balancé par le groupe.

Après avoir vu passer bien des vocalistes de renom (Attila Csihar de MAYHEM, Prime Evil de MYSTICUM) c'est finalement Fabban lui-même qui s'occupe des parties vocales depuis "Psychogrotesque". Il s'en sort bien, sa voix Black gargouillante et bien vicieuse n'a pas à rougir face à ces illustres prédécesseurs. Son chant clair un peu nasillard et forcé n'est pas totalement désagréable, et fait la blague dans son registre Goth de club. Il se permet même de chanter de façon naturelle à quelques rares moments comme ce break au piano, quasi Pop romantique, au milieu de "I Don't Know".

Caché derrière sa pochette jaune criarde (illustrant de façon fort graphique une ville retournée), avec une production travaillée dans les moindres recoins, et débarrassé des expérimentations trop avant-gardistes, l'album associe une nette volonté d'en découdre, de frapper sauvagement l'auditeur (une constante chez ABORYM), avec un sens de l'accroche presque Pop, en tout cas très entraînant et dansant. Cette association des extrêmes (Black et Electro/Dance) s'exprime de façon particulièrement aiguë et somme toute assez réussie sur "Accross The Universe" et "The Day The Sun Stop Shining", passant radicalement de l'un à l'autre sans aucune vergogne pour les conventions.

"Dirty est l'opus du groupe qui propose les titres les plus immédiats et accrocheurs de leur carrière, tel ce "Irreversible Crisis" introductif. Déboulant comme une pluie de gifles sur nos petites joues, la déferlante musicale adopte un rythme endiablé jusqu'au break de vieille Transe et ses paroles de Dance cynique répétant "this world want to fuck you!". Fabban nous assène son constat sur le monde moderne, corrompu, pollué, aliénant et nous invite à nous rebeller (en concert le groupe diffuse des images de Berlusconi et Bush dans un montage épileptique).
Les thématiques modernes dominent l'album, Fabban cherchant à nous envoyer en pleine face la violence et l'absurdité de ce qu'il perçoit du monde (il aurait même déménagé à Los Angeles pour pouvoir mieux observer les humains les plus borderline). "Raped By Daddy" (aux paroles mystérieuses inspirées du "Fire Walk With Me" de David Lynch) et "Bleedthrough" évoquent de façon particulière dérangeante l'inceste ou la violence conjugale. Le clip qui accompagne ce dernier dépeint une femme qui fuit dans la rue un agresseur invisible, apparemment une sorte de génie du mal qui triture le cerveau de la blonde et la violente à distance. Joué par Fabban ce vilain personnage porte un masque dont le nez est un énorme phallus, style comedia dell'arte grotesque.
Également accompagné d'un clip au message peu lisible (les membres du groupes boivent et sniffent dans un bar où se tient debout une autre blonde visiblement pas très à l'aise dans sa vie) le morceau "Dirty" porte bien son nom. Tout ce qui est moralement sale est passé en revue à travers ces 3:42 minutes d'agressions sonores aux multiples changements de rythmes et aux sons technoïdes explosant en tous sens.
Le disque enchaîne ainsi les brûlots plus ou moins intéressants. On se laisse séduire par le très bon "Face The Reptile", endiablé et accrocheur, avec ces blasts méchants et efficaces, ses montages Indus dynamiques et ses breaks techno bien foutus, ou par l'intense "The Factory Of Death" et son break au piano inquiétant. En revanche on aura plutôt la nausée avec les deux titres gratifiés de clip, les très bordéliques "Dirty" et "Bleedthrough", ou avec le très ROB ZOMBIesque "Helter Skelter Youth", tous noyés sous un déluge incontrôlé de sons Electro agaçants.

Le constant global est plutôt positif en ce qui me concerne. Faut-il encore arriver à apprécier/supporter l'attirail Electro-Indus très présent. Si la mixture ici présente fatiguera encore beaucoup d'auditeurs non habitués aux montages sonores du Metal Indus, elle ravira aussi beaucoup d'autres en étant plus directe et efficace, et donc moins compliquée et désordonnée que ce que le genre (ou le groupe) a pu produire. Le recul de l'expérimentation avant-gardiste n'est pas gênant, d'autant qu'on se doute bien que ce n'est que transitoire et qu'ABORYM saura encore muter et nous surprendre la prochaine fois (depuis le line-up a encore changé, avec le départ de Paolo Pieri et de Faust, et l'arrivée de nouveaux collaborateurs pour le prochain album annoncé à l'automne 2016).

Mais quelque chose manque à cette chronique : "Dirty" est un double album et je n'ai parlé que du premier disque. Non je ne fais pas mon travail à moitié, c'est juste que le second disque, pourtant présenté comme une véritable seconde partie, est en fait entièrement composé de reprises qui ne cassent ni des briques ni trois pattes à canard.
Reprendre leurs propres tubes, le fabuleux "Fire Walk With Us" et l'épique "Roma Divina Urbs", avec leur nouveau line-up et leur son actuel, pourquoi pas. Viennent ensuite trois reprises de standards d'autres groupes qu'affectionnent particulièrement Fabban. Bonne idée sur le papier, on ne demande qu'à voir le résultat. On l'imagine surprenant ou même dérangeant. Que nenni, les reprises figurants sur cette seconde galette sont soit ratées soit trop proches des originaux, le talent en moins. Évidemment on ne reprend pas PINK FLOYD sans passer pour un gros lourdeau, notamment ce "Confortably Numb" plein d’émotion (le solo final joué par un guest tente de singer le génie de David Gilmour). Le magnifique "Hurt" de NINE INCH NAILS est repris sans inspiration et n'arrive à la cheville ni de l'original, ni de la version sublime de l'immense de Johnny Cash. Dans les deux cas le chant clair de Fabban n'est pas à la hauteur. La seule reprise réellement adapté au style ABORYM est "Hallowed Be Thy Name" dans une version accélérée sous acides. Pas de chance le résultat n'est pas transcendant, d'autant la pièce épique de la Vierge de Fer a déjà été bien mieux reprise en son temps par CRADLE OF FILTH.
On finit avec "Need For Limited Loss" un titre inédit et improbable composé par un certain Alberto Penzin (ex-SCHIZO) et recomposé par le groupe à base d'idées et de samples fournis les fans. Le concept est original et intriguant, le résultat bruitiste et plutôt anecdotique.
Bref un second disque qui aurait pu constituer un bonus bienvenu mais qui ne sert vraiment pas à grand chose. On la mettra une fois ou deux sur la platine et on la rangera dans son digipack pour toujours.

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   PERE FRANSOUA

 
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- Fabban (vocaux, basse, claviers, programmation)
- Paolo Pieri (guitares, claviers, programmation)
- Bård 'faust' Eithun (batterie)



1. Irreversible Crisis
2. Across The Universe
3. Dirty
4. Bleedthrough
5. Raped By Daddy
6. I Don't Know
7. The Factory Of Death
8. Helter Skelter Youth
9. Face The Reptile
10. The Day The Sun Stopped Shining

1. Fire Walk With Us
2. Roma Divina Urbs
3. Hallowed Be Thy Name
4. Comfortably Numb
5. Hurt
6. Need For Limited Loss



             



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