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COMITY - The Journey Is Over Now (2011)
Par ISAACRUDER le 28 Octobre 2015          Consultée 1121 fois

Dès ses débuts il faut croire que COMITY était parti pour en baver. Une petite fée pouilleuse et ivrogne a du passer trop près de leur berceau car entre les changements de line-up nombreux, les pauses inquiétantes façon coma sans espoir de réveil et surtout une reconnaissance qui n'arrive toujours pas, on peut dire que le groupe a la guigne, le genre de guigne que tu ne refilerais pas à ton pire ennemi. Et pourtant malgré tous ces problèmes, il force le respect, il détruit les barrages, il enfonce les obstacles et propose depuis toujours une musique unique, difficile, exigeante, qui ne vend pas son corps à la facilité. Le milieu underground des musiques extrêmes plébiscite pourtant la formation parisienne, vante depuis des années ses qualités, qui explosaient déjà au grand jour sur "The Deus Ex Machina As A Forgotten Genius", et se transformèrent en Fat Man avec "As Everything Is A Tragedy". Les pieds toujours pris dans le tapis, COMITY continue sans changer de route, et fait un pied de nez à toute une scène - rappelant toute l'attitude cachée derrière leur titre d'EP "The Andy Warhol Sucks EP" – en sortant son troisième album, après un "You Left Us Here" passablement mauvais, et qui laissait voir un tarissement de l'imaginaire de ces musiciens, qui reviennent avec bien plus de folie que dans leur jeunesse.

Inspiré par le roman de Philip José Farmer "To Your Scattered Bodies Go", "The Journey Is Over Now" est le lieu de grandes expérimentations où COMITY embarque l'auditeur dans un magma de mélodies, de turpitudes rythmiques, assourdissantes ; un labyrinthe musical qui aliène, qui fait plier le genou, baisser la tête et où se pose la question de la poursuite d'un absolu, d'une quête du tout, d'un voyage qui ne mènera finalement à rien. Ironique dirais-je, que cette thématique proche de leur histoire, possiblement un clin d’œil dissimulé derrière ce titre : COMITY va-t-il arrêter là son parcours ? A l'écoute d'un tel tumulte, il apparaît difficile de pouvoir davantage.

Car de ce que COMITY a toujours su faire est né un accomplissement extrême. Ce Chaotic Hardcore/Mathcore effréné, qui part dans tous les sens, et ne se laisse pas apprivoiser, est dans "The Journey Is Over Now" poussé à son paroxysme, bien plus encore qu'il ne l'était sur "As Everything Is A Tragedy". "Part II" en est le Léonidas, balançant de gros coups de glaive dans la mélasse, avec rage et rapidité tout d'abord, puis avec fluidité et adresse. Véritable coup de poing cérébral, le jeu de COMITY est épuisant, parfois trop certes, et opaque comme un théâtre de l'absurde. Rarement a-t-on l'occasion d'entendre une musique qui sait si bien retranscrire un titre et une imagerie ; les riffs de guitare (décortiquez-les malheureux) sont maltraités par une batterie ravageuse et des chants multiples – exploités véritablement pour la première fois ici – rendent comptent des turpitudes de cette mer secouée par les vents, où l'on se noie avec eux.

Ce que fait COMITY avec ce troisième album c'est ni plus ni moins que raconter une histoire par la musique. Ces cris affolés qui semblent venir de partout au milieu de ce chaos de guitare Mathcore, puis Black, puis Screamo donnent l'impression d'entendre au loin, sur la mer, des marins se battre contre les flots dans un navire synonyme de seule chance de survie. Il en ressort une sensation de voyage, terriblement difficile à surmonter, mais qui s'avère être une expérience incongrue et palpitante. Dans ce voyage vient se faufiler l'exotisme d'un calme relatif, sur un "Part III" superbe et maîtrisé, dans lequel cithares et guitares sèches viennent exprimer une soif de vie, un espoir plus grand que le cataclysme chanté par "Part I", dont la seconde moitié fait chavirer tout sentiment de réussite, dans un long passage apocalyptique digne de NEUROSIS, où le bottleneck montre toute sa force, sa tessiture écrasante, pour une ambiance de country délavée, Sergio Leone décapé au souffre, la mer laissant sa place à un désert amer, cruel de mirages et d'horizons brûlants. Ce léger calme n'empêche cependant pas de replonger à nouveau dans le vacarme des vagues, dans un final hallucinant de construction, soit ce "Part IV" de plus de vingt minutes, qui s'avère aussi exigeant que déstabilisant.

Aussi n'a-t-on jamais vécu traversée plus dangereuse que celle de "The Journey Is Over Now", hormis dans les plus sombres essais des NEUROSIS, BLUT AUS NORD, CELTIC FROST ou encore GODFLESH. Pourtant le tableau n'est pas parfait et l'opacité de ce troisième album s'avère aussi risquée pour COMITY, qui encouragera bon nombre d'auditeurs trop passifs à passer leur chemin. Plus encore, il est regrettable de constater que le groupe a tout de même perdu de sa force atmosphérique dans les parties calmes, le souvenir de "About The Fracture Of The Last Solid Element" très Floydienne et issue du premier album étant fort en mémoire. Notons que certaines parties de chant ne fonctionnent guère dans leur effet, et frôlent parfois le ridicule, notamment sur les arpèges de " Part IV ", qui auraient mérités un chant clair. Ce jusqu'au boutisme de COMITY, cette unité des instruments au service d'une ambiance précise n'empêche cependant pas parfois l'impression de n'avoir aucun riff à se mettre sous la dent ; mais encore une fois, là n'est pas le but d'un essai de ce type, qui dissémine à travers l'angoisse du voyage vers l'absolu des mouvements forts, qui font mal à la tête, font marcher l'attention, fascinent par leur maîtrise aussi. La production permet cette plongée dans l'univers de l'album, volontairement sans compression, avec une batterie très vivante, pour un tout très organique, où la seule froideur que l'on ressent est due au contact glacial de la mer dans laquelle on échoue à la fin de ce voyage éreintant mais ô combien hallucinant d'audace.

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   ISAACRUDER

 
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- François Prigent (guitare, cithare, lap steel, chant)
- Thomas Zanghellini (chant, basse)
- Yann Daniel (guitare, saxophone, chant)
- Nicolas Brillant (batterie, chant)


1. Part I
2. Part Ii
3. Part Iii
4. Part Iv



             



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