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THRASH METAL  |  STUDIO

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EXCEL - Split Image (1987)
Par CANARD WC le 5 Juillet 2011          Consultée 2757 fois

«The Beauty is in the Eyes of the Beholder » disait cette tafiole d’Oscar WILDE. Et je n’aime pas beaucoup cette idée, car elle sous-entend que la beauté n’est QUE subjectivisme. Il s’agit d’une façon déguisée de dire que « tous les goûts sont dans la nature », ce qui emporte in extenso l’idée que tout jugement est par définition biaisé, qu’il n’existe aucune réalité objective. Soit le meilleur moyen de justifier à peu près tout et n’importe quoi, vu que le beau et le moche ne dépend QUE de l’individu. Donc aucune vérité possible en la matière.

Pourtant, désolé d’être aussi trivial, mais bon par exemple Marilyn MONROE est quand même un peu plus bandante qu’Alice SAPRICHT, non ? Certains rétorqueront que ça n’a pas empêché un certain Montand, Yves de son prénom, de se taper la première pendant le tournage du « Milliardaire » puis quelques années après, prendre une suée avec la seconde à l’occasion d’un striptease très seventies sur « La Folie des grandeurs ». Certes. Mais n’empêche, si la beauté est relative, elle dépend aussi des critères qu’on fixe et du degré d’exigence associé. Il y a de fortes chances qu’un amateur de bimbos préfère passer la soirée avec une Jess JANE (au hasard) plutôt qu’avec une Isabelle HUPERT (toujours au hasard). Cela ne fait pas pour autant de Jess JANE une « belle » femme, ni d’Isabelle HUPERT quelqu’un d’absolument dénuée de charme.

Tout dépend.

A cette déclaration d’Oscar donc, si j’avais été dans les parages à ce moment-là, j’aurais rétorqué qu’il existe aussi des beautés laides et des laideurs magnifiques et que ce n’est donc pas « la beauté qui est dans l’œil de celui qui contemple », mais seulement ses critères, son vécu et sa sensibilité. Seule sa propre subjectivité est dans son œil, sinon les gribouillages de votre petite nièce valent bien un tableau de MONET, Loana est plus belle que Sandrine BONNAIRE et on ne peut plus discuter de rien merde à la fin.

Cette longue introduction pour évoquer l’angle qu’il convient d’aborder pour apprécier à sa juste valeur ce "Split Image" d’EXCEL, celui de la laideur dans ce qu’elle peut avoir de fascinante, du charme que l’on peut déceler à travers ce qui semble moche a priori, de l’esthétisme que l’on peut prêter à une chose de prime abord repoussante.

EXCEL fait du Thrash laid, moche, dissonant et abscons. Mais c’est une tuerie. Un album à l’impact insoupçonné, une rafale tirée dans le vide mais qui laisse derrière elle un bruit étourdissant, persistant, inoubliable. A une époque où justement le Thrash était en train de s’institutionnaliser, que ses codes se mettaient en place ; EXCEL – quasiment tout seul dans son coin – formalisa une recette qui n’a pas marché pour lui, mais pour ses copains. Plusieurs années avant que SUICIDAL TENDENCIES, BODY COUNT et consorts n’émergent des limbes du Thrash Hardcore alors en maturation (1) ; EXCEL balançait de façon claire et définitive les bases d’un Thrash « urbain », radical et viscéral, parfois proche du Rap dans le tempo, mais fondamentalement Metal. EXCEL puise dans ses influences bigarrées une rage, une intensité « de la rue » différente de ce qui peut animer un SLAYER ou un METALLICA. Et cela change tout.

Porté par une espèce de Groove hors du commun, EXCEL fait les choses différemment et envoie le Thrash dans une autre sphère, un monde fait de graffitis, de revendications sociétales, dans un monde où le riff incisif se déhanche sur batterie saccadée et basse galopante. Il s’exhale de ce "Split Image" une douleur, Dan Clements (le chanteur) en vomit presque ses lignes de chant, pendant que tout file derrière lui à une vitesse effrénée. Il y a du nihilisme dans "Your Life My Life", une indignation quasi palpable dans "Social Security". Et c’est vrai qu’il y a de quoi être révolté avec la Sécurité Sociale, les remboursements sont hyper longs, genre quand tu vas chez le pharmacien et que t’en as pour 15 € par exemple, bah la Sécu met des semaines à te rembourser. C’est dégueulasse.

Tempo débridé, un batteur et un bassiste bien rodés, tout le secret d’EXCEL. Ces deux loustics portent à eux seuls toute l’efficience de ce Thrash aussi teigneux que défoulant. Le simple fait que chaque titre commence soit par une ligne de basse, soit par trois mesures de cymbale aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. Vous allez me dire que c’est un détail, je vous répondrais que c’est peut être un détail pour vous mais que pour moi ça veut dire beaucoup, ça veut dire qu’il était libre, heureux d’être là malgré tout (2). Et ouais. Peu importe que ça chante faux et désabusé, peu importe qu’EXCEL laisse constamment cette impression désagréable de « douleur » plutôt que d’harmonies ; car il y a toujours ce tempo fou et crépitant, ce style unique, ce Thrash incroyablement moche mais foudroyant.

Quelques années plus tard, SUICIDAL TENDENCIES repassera sur ce qu’avait formulé EXCEL sur ce "Split Image" en y ajoutant un « vrai » chanteur et un putain de guitariste (en la personne de Rocky Balboa Georges de la Jungle). Ou comment « faire mieux » de façon évidente (écoutez un peu "Spare The Pain" bande de bachi-bouzouks). Il n’en demeure pas moins que le plus dur dans toussa était de trouver la « recette » et non pas de l’améliorer.

Tout l’avantage de ces mochetés magnifiques, suffit d’en gommer quelques aspérités pour tendre vers le chef-d’œuvre.


Note : 4/5 (réhabilitation canardienne).


Morceau préféré : "Spare The Pain"
Ça tue : "Social Security", "Wreck Your World".



(1) D’un point de vue purement historique, il faudrait prendre le temps d’évoquer des groupes comme DRI ou MUCKY PUP qui – à peu près à la même période - ont de leur côté aussi posé des bases d’un Thrash « urbain » (teinté Hardcore quoi).
(2) J’ai honte je vous assure.

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   CANARD WC

 
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- Dan Clements (chant)
- Shaun Ross (basse)
- Adam Siegel (guitare)
- Greg Saenz (batterie)


1. Your Life, My Life
2. Insecurity
3. Split Image
4. Never Look Away
5. Wreck Your World
6. Social Security
7. Set Yourself Apart
8. The Joke's On You
9. Looking For You
10. Spare The Pain



             



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