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(JAZZ) DEATH TECHNIQUE  |  STUDIO

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SADIST - Season In Silence (2010)
Par CANARD WC le 15 Mai 2010          Consultée 2061 fois

A l’époque dans le catalogue « HOLY RECORDS », y avait marqué « Néo Death d’avant-garde ». Ca tapait, ça faisait un peu genre sophistiqué, grandiloquent et en même temps ça rigolait pas (1). Rien que le nom : SADIST. Putain. Y avait même une vidéo qui tournait au lycée où on voyait le groupe interpréter "Sometimes They Come Back" (2). T’avais le gratteux à un moment qui riffait d’une main et de l’autre jouer EN MÊME TEMPS du clavier. Incroyable.

Du coup, quand SADIST est passé au Plan à Ris en première partie de MISANTHROPE (époque "Variations" donc), fallait que j’en sois. Et quand vous avez même pas 16 ans et que vous avez pas la chance de pouvoir vous prostituer auprès de gros touristes allemands rougeauds, vous en êtes réduits à demander la thune à vos parents. Si certains parents se contentent de filer les biftons en posant deux-trois questions de façade (type logistique : «Comment que t’y vas ? Tu rentres à quelle heure ? On t’attend pour diner ?»), les miens voulaient tout le temps tout savoir, les groupes, le pourquoi du comment, donner leur avis blabla.

«Attends, tu nous demandes de l’argent pour aller voir des misanthropes sadiques et on a juste le droit de servir de banquier express. Je suis sûr que tu communiquerais plus avec le DAB qu’avec nous. Tu sais, on se pose des questions avec ton père, déjà que tu restes enfermés des heures dans ta chambre à lire des bouquins bizarres. On a bien le droit de s’intéresser un peu, de se faire une idée de ce que tu écoutes, de ton univers, non ?»

Pigé. Je cale ma K7 dans la grosse chaîne KENWOOD de ma mère sur "Sometimes They Come Back" (j'adorais cette chanson). Volume au maximum. "Come Come Into My World" comme le chante cette petite putaine de Kylie (3). Rien que pour la gueule de ma mère quand SADIST a déboulé dans le salon, avec la grosse voix bien lourde, ça valait le coup de quémander de l’oseille. Evidemment, ma mère a rien compris à «la terrible tension tragique qu’on pressentait derrière ce déluge de guitares implacables», j’ai pas eu le fric pour aller au concert et je suis retourné lire des bouquins bizarres dans ma chambre.

Fin de la parenthèse nostalgico-minable qui a le mérite de vous faire comprendre pourquoi à chaque nouvel album de MISANTHROPE ou de SADIST je suis plongé dans une imbécile souvenance d’une époque où j’étais un jeune chien fou frétillant et enthousiaste rien qu’à l’idée d’écouter un groupe de Black ukrainien. Les choses ont bien changé. Et à chaque écoute du « nouvel album » de SADIST, je me rappelle pourquoi j’ai plus ou moins abandonné le groupe : leur musique est un peu chiante, atypique et dure à suivre. Un groupe à l’image de mes 16 ans : du Death mal dans sa peau qui se cherche, flirte avec le ridicule en faisant son gros dur.

"Season In Silence" pousse un peu plus loin les contradictions sadiques : des emprunts au Jazz qu’on colle plus ou moins harmonieusement à une sorte de Death technique. Cette accointance avec le jazz permet à la grande majorité des spécialistes de SADIST (on doit être 8 en France au dernier recensement) de coller l’étiquette « Death Prog » sans sourciller, sans douter de rien.

Sauf que je ne suis pas trop d’accord.

Déjà parce que pour moi l’adjectif « Prog » (qui pue) renvoie historiquement au chantre des hippies rockeurs des années 70 (genre PINK FLOYD and Co) et SADIST joue davantage avec des éléments typés « jazz moderne ». Si vous rajoutez à ce merdier l’autre particularité du groupe, celle d’intégrer des micros bouts « atmo / sympho », des petits effets sonores et des arrangements iconoclastes en plein morceau – vous obtenez un rendu qui tend plus vers Allan HOLDSWORTH que vers KING CRIMSON. Philosophiquement ajouterais-je, SADIST cherche à déstructurer, à casser votre attention et se place sur un autre plan où le Metal s’abreuvent à des sources divergentes pour mieux vous perdre en chemin. Et il réussit bien le bougre. Le résultat – forcément aléatoire – est difficile à cerner, fortement particulier. SADIST fait du Death qui ne ressemble à aucun autre même si on pourrait citer CYNIC, ATHEIST et PESTILENCE pour faire bonne figure.

A force de changer de fusil d’épaule à chaque album, outre la dispersion, le risque est surtout d’aborder sans développer. Death bizarre, puis Thrash couillu, Metalcore hybride pour finalement arriver à ce "Season In Silence" jazzy-Death ; SADIST fait de son indécision stylistique le dénominateur commun de sa discographie et donne l’impression que le groupe cherche à évoluer coute que coute. SADIST gambade, se perd, ouvre des portes pour mieux les claquer, avance confusément en multipliant les promesses d’un Death meilleur et les choses sans intérêt. "Season In Silence" en devient un rien hermétique, complexe, décousu. Il aurait été salutaire pour SADIST de bosser les quelques idées fortes (je vous renvoie à "Snowman" qui a tout d’un Techno Death prometteur), plutôt que de brasser tout un tas de pistes improbables.


Depuis toujours ("Above The Light"), SADIST avait en lui ce potentiel insondable. Ah si seulement ce groupe avait su approfondir les bonnes choses depuis le début... (sigh) A force de courir dans tous les sens, SADIST s’est fatigué et l’inspiration doucement s’est évaporée. Reste un album fort, original mais hétérogène, aussi chiant qu’intéressant.

Compliqué de jauger ça.


Note : 2,5/5 (l’avis mitigé est de rigueur)


Morceau préféré du Canard : The Abyss (avec la petite intro décalée)


(1) Attendez les gars, en 1994, le Death Metal c’était le truc de oufs.
(2) http://www.youtube.com/watch?v=h6IkTE6cxpQ : bon c’est pas la vidéo, mais tout de même c’est mieux que rien.
(3) http://www.dailymotion.com/video/x2frd_kylie-minogue-come-into-my-world_music : premier chroniqueur au monde à avoir réussi à caser un clip de Kylie MINOGUE dans une kro de SADIST. Merci d’applaudir l’artiste et sa performance.

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   CANARD WC

 
  N/A



- Trevor (chant)
- Tommy (guitare, clavier)
- Andy (basse)
- Alessio (batterie)


1. Aput
2. Broken And Reborn
3. Season In Silence
4. The Attic And The World Of Emotions
5. Evil Birds
6. Ogron
7. Night Owl
8. Snowman
9. Bloody Cold Winter
10. The Abyss
11. Frozen Hands
12. Hiberna



             



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