Recherche avancée       Liste groupes



      
BLACK ATMOSPHERIQUE  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Style : Attila Bakos
- Membre : Shape Of Despair

THROES OF DAWN - Dreams Of The Black Earth (1998)
Par DSC le 11 Septembre 2008          Consultée 3409 fois

D'abord, il y eut l'appel des enfers. Et une voix démoniaque véhicula un givre glacial le long des champs éteints de cette Terre sombre, aspirant la vie et toute forme de jovialité pour y incruster l'horreur du désarroi dispensé par la mort... un chant ensorcelant meurtri par une agonie cauchemardesque, prompte à glacer le sang des mortels esclaves de ces lieux ténébreux, en injectant une angoisse suffocante dans leurs viscères torturés. Satan se présente ici sous des formes diverses, consommant le plus souvent cette moelle maléfique à l'aide d'une voix crispée empruntée aux ectoplasmes nocturnes (les somptueux cris moribonds de "The Withering Goddess (Of Nature)" et "The Weeper"), ou aux incubes usant d'amers déchirements vocaux (les captivantes déliquescences de "Spring Blooms With Flowers Dead" et les éruptions essoufflées de "Where Once The Sun Rose")... comme il sait aussi se montrer plus fécond dans son étalage d'apprêts diaboliques, en invoquant en filigrane la légèreté traîtresse d'un adepte du mal (les douces éclaircies maniées de voix maîtresse dans "The Withering Goddess (Of Nature)", "The Weeper" ou encore dans l'intro berçante de "The Blackened Rainbow")... et tout ceci brillamment équilibré par des avatars phoniques plus bariolés encore (les giclées gutturales, corrosives ou rocailleuses de "Of Scarlet Skies Made", les foyers chaleureux de "The Blackened Rainbow", voire même les dialogues récurrents entre démon au larynx asséché et silhouette indistincte tapie dans l'ombre d'une muraille rouillée, et douée d'un phrasé bouillant)... une telle multi-polarité encourageant maintes métamorphoses du chant, souvent au coeur d'un même titre.

Ensuite, survint le grondement du tonnerre. Et on se brûla à la foudre indicible des soirs d'inquiétude, répandue par une guitare - férue de nuances à la fois pondéreuses et fluettes - éperonnée des flammes de l'enfer : une assise des plus résistantes pour servir cette cérémonie d'égorgements. Sur ses épaules semble reposer la naissance du démon suprême... la richesse électrique de ces sonorités nuisibles s'agglutine autour d'une saveur rendue magnétisante par un cordage tendu, rigide et cru, apprivoisant une guitare annexée à la langueur des jours paresseux : l'approche des alternances à la mine aigrie ("The Withering Goddess (Of Nature)") ou bien heavy ("Spring Blooms With Flowers Dead"), caresse tantôt l'ambition d'un effacement plus mûri (l'habile mise en retrait de l'appui électrique sur "The Weeper"), tantôt la grâce vierge comme déployée dans les magnifiques soli aériens qui parsèment cette oeuvre cafardeuse ("The Withering Goddess (Of Nature)", "Spring Blooms With Flowers Dead" ou encore l'abyssal "Titania")... sans négliger les arpèges criblés qui sculptent les breaks acoustiques enivrants, nous plongeant dans un monde étrangement leurré par des images d'anges des ténèbres...

Puis vint l'atmosphère porteuse des rêves de la nuit, éveillée par la solitude angoissante de ces claviers tragiques... autres que d'absconses arabesques au service de l'asepsie, ils sont les garants du monde des rêves érotiques et les détenteurs des secrets d'une mélancolie fondue dans l'expectative d'un plaisir charnel. Leurs modulations se nourrissent du spleen dont elles reversent la senteur pour tourmenter jusqu'aux esprits les plus coriaces, et leur essence nostalgique déverse comme une attirance pour la dépression endolorie, semblable à l'anéantissement provoqué par le trépas d'un être cher ; tout en ouvrant les portes d'une sphère où la distinction de l'utopie, de l'amour, de la vacuité et de l'amertume s'est évadée pour laisser entrer un sentiment si complexe qu'il en devient proprement vaporeux. A la source de cette orchestration riche de sa limpidité, on s'abreuve d'une affection sensuelle débordante, lissée par l'émergence d'une nappe de claviers célestes, claviers qui convoquent les forces antagonistes de l'univers pour en redéfinir les normes qu'impose le songe spirituel... allant de la plongée dans les fonds d'une fosse océanique (le bassin relaxant de l'instrumental "Titania") à la parade du roi vampirique (le superbe déploiement du tapis écarlate sur l'intro de "The Weeper"), en passant par le défilé des korrigans clandestins (la conclusion majestueuse de "Dreams Of The Black Earth", au gouffre d'un piano mystérieux)...

Et enfin, sourdit le martèlement des anges déchus, frappant les parois des galeries souterraines pour célébrer l'expansion des enfers, et mettant à leur service une section rythmique pour l'essentiel mid-tempo, illustrée par une batterie constamment en roulement (les intros galopant sur caisse claire de "The Withering Goddess (Of Nature)", "Of Scarlet Skies Made" et "Dreams Of The Black Earth"), ainsi que par une basse sobre, manquant hélas de luxe, mais sertie par endroits de quelques lignes vénérables par les seigneurs du mal eux-mêmes (les indispensables couloirs planants et tourbillonnants de "Spring Blooms With Flowers Dead")... et toutes ces palpitations lentes et régulières, paresseuses d'ornements, suscitent en chacun l'exploitation d'un pacifisme insoupçonné, et mettent à la portée de toutes les consciences l'occasion de s'alléger de leur inimitié envers autrui...

Et cette instrumentation prodigue fusionne en une harmonie mélodieuse et romantique, d'où ne ressort qu'un agglomérat d'émotions, de sentiments même... une romance grâce à laquelle l'auditeur, une fois accordé avec sa seule intuition, se fond dans ce décor onirique confectionné par ces adorateurs du diable, humbles en emphases... la justesse des traits répartis sur cette ardoise façonne une représentation de la décadence de la vie (le cycle saisonnier de "Spring Blooms With Flowers Dead"), et d'une nature alarmante, où les démons implorent ou ordonnent la démission de l'existence humaine sous couvert de la suprématie du cosmos. En un mot : une oeuvre dans laquelle patauger à volonté, quitte à s'y noyer !

A lire aussi en BLACK SYMPHO / ATMO :


GRIMA
Will Of The Primordial (2019)
De la volonté et de la neige. C'est primordial.




SO HIDEOUS
Last Poem/first Light (2013)
Tellement de styles et d'influences que c'est bon !


Marquez et partagez




 
   DSC

 
  N/A



- Henri Koivula (chant)
- Jani Heinola (claviers, guitare)
- Toni Jokinen (guitare)
- Matti Suomela (basse)
- Teemu Jokinen (batterie)


1. The Withering Goddess (of Nature)
2. The Weeper
3. The Blackened Rainbow
4. Spring Blooms With Flowers Dead
5. Of Scarlet Skies Made
6. Where Once The Sun Rose
7. Titania
8. Dreams Of The Black Earth



             



1999 - 2022 © Nightfall.fr V5.0_Slider - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod