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HARD ROCK  |  STUDIO

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- Membre : Desmond Child

Desmond CHILD & ROUGE - Runners In The Night (1979)
Par BAAZBAAZ le 4 Novembre 2006          Consultée 2449 fois
Desmond Child. Ce nom sonne comme une insulte au bon goût. Un affront fait à la musique dans ce qu'elle a de plus noble. Desmond Child est l'ennemi suprême de l'art, une machine à broyer les talents, à niveler les ambitions, à vider de leur substance les groupes les plus honorables pour les transformer, tel un savant fou, en impitoyables chasseurs de tubes, décérébrés et assoiffés de succès. Passé à la moulinette du Child, les Bon Jovi, les Aerosmith, les Alice Cooper et autres Joan Jett ont tous perdu leur âme pour brailler servilement des refrains standardisés et racoleurs, ensevelis sous des chœurs sucrés, répétés à l'infini jusqu'à l'hypnose. Ou plutôt jusqu'au sommet des charts où les portaient invariablement, mécaniquement, les tubes terrifiants et monotones écrits à la chaîne, presque par mégarde, par le faiseur de stars le plus doué et le plus haï du petit monde du hard rock : Desmond Child, l'homme (mais est-ce bien un homme ?) dont les multiples disques de platine n'ont été gagnés que par procuration, par l'intermédiaire de ses poulains consentants et soumis.

C'est le drame du marionnettiste, la tragédie de celui qui n'a vécu que dans l'ombre des idoles qu'il a lui-même façonnées. Et son pitoyable disque solo au début des années 90 n'a fait que confirmer son incapacité à sortir enfin de l'obscurité : Desmond Child n'a pas su s'appliquer ses propres recettes. Ses hits difformes et rutilants, inscrits au panthéon des chansons les plus accessibles et les plus impitoyables de tous les temps, ne fonctionnaient que chez les autres. Et pourtant. Quelque part, caché, se trouve un trésor enfoui et oublié depuis des années, que le maître lui-même se garde bien d'exhumer. La trace presque effacée d'un autre destin : entre 1978 et 1979, un groupe hallucinant a sorti deux disques complètement débridés, deux foutoirs musicaux à la croisée du hard FM, de la disco et de la soul. Sans compter les influences cubaines qui nourrissent Desmond Child depuis sont enfance à Miami. Sans compter aussi l'aspect théâtral de compositions qui, par moment, à la manière de Queen, lorgnent vers le Music-hall. Un fatras sonore absolument réjouissant.

Là seulement, tout le talent du futur gourou du hard rock explose sans retenue, à l'état brut. Sans le filtre des pantins et des hommes de paille, sans intermédiaire, direct : toute la gloire d'un compositeur alors méconnu, incapable de vendre ses chansons, mais chez qui la formidable capacité à balancer un tube après l'autre est déjà perceptible. Ce groupe, c'est Desmond Child & Rouge : une poignée de musiciens de studio, et quatre voix. Celle de Child, de Maria Vidal, de Diana Grasselli et de Myriam Valle. Le futur cracheur de hits est bien entouré. Et ses muses chantent à tour de rôle, ou en chœur, sur des disques que personne n'a jamais acheté, mais dont le contenu est éblouissant. Surtout le second, Runners in the Night. Le plus rock, le plus carré. Les influences sont domptées, mises au service d'une dizaine de petites perles hard FM et pop qui s'écoutent bouche bée, les yeux écarquillés et les mains moites. Les poings serrés et la respiration saccadée. C'est Fame massacré par Van Halen ; C'est Toto, Abba et Ricky Martin se ruant sur la piste de danse pour y suer toute la nuit.

Autant dire qu'à l'écoute du merveilleux et suraigu « Feeling Like This », la plupart vont gémir de désespoir et appeler un prêtre exorciste. Resteront seuls les plus coriaces, les plus vicieux. Ceux que les expériences musicales tordues ne rebutent pas. Mais attention. C'est d'un plaisir très subtil qu'il s'agit ici : la saveur sans égal du kitsch, d'une musique totalement futile et désuète, commerciale jusqu'à la nausée, et en même temps totalement inaccessible et incompréhensible, à l'écart de toute loi artistique et de toute rationalité sonore. Et une fois ouverte la boite de Pandore, les fléaux explosent dans le ciel comme un feu d'artifice : les riffs insolents de « My Heart's on Fire », sa chanteuse hystérique et déchaînée, son refrain bourrin de supermarché et ses chœurs suintants et glissants, le petit groove maléfique de « Night Was Not » et ses vocalises en dérapage perpétuel, les odieux relents de Bowie sur « Imitation of Love ». Une galerie des horreurs qui approche le génie, et dont la terrible et irrésistible force est la prophétie exacte de toute la musique des années Reagan.

Avec pour les fins gourmets, ceux qui ont survécu à la lobotomie, la pièce du chef, « Runners in the Night », complainte romantique et poignante, langoureuse et fatidique, où Desmond Child déploie son réel talent de chanteur et tire toutes les larmes qu'il vous reste à pleurer… Ou à rire. Avec en bonus la petite guitare FM qui s'agite en arrière-plan, se tortille et s'évanouit. C'est là presque en quelques minutes la vraie science du Child, son flair intuitif et inégalé pour le faux hard rock, ses faux riffs, ses fausses attitudes, ses poses maniérées à destination des médias de masse. Tout ce qui fera le succès de ceux qui plieront un genou devant le fils du démon une petite décennie plus tard. A moins que ce ne soit là plutôt la quintessence du hard rock, son point culminant et festif, une vaine ivresse que le grunge enterrera pour le meilleur ou pour le pire. Voilà ce qu'a toujours représenté Desmond Child. Voilà surtout ce qu'il a incroyablement devancé et annoncé avec ce groupe, et avec ce second disque : le hard US, entre inepties absolues et jouissances ultimes.




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- Desmond Child (chant)
- Maria Vidal (chant)
- Diana Grasselli (chant)
- Myriam Valle (chant)
- Larry Saltzman (guitare)
- David Landau (guitare)
- John Siegler (basse)
- Ralph Shuckett (synthé)
- John Susswell (batterie)


1. Truth Comes Out
2. My Heart's On Fire
3. Night Was Not
4. Goodbye Baby
5. Runners In The Night
6. Tumble In The Night
7. Scared To Live
8. Feeling Like This
9. Imitation Of Love
10. Rosa



             



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