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FANTOMAS - Delirium Cordia (2004)
Par POSSOPO le 7 Septembre 2004          Consultée 4812 fois

Chacun se forge, consciemment ou pas, une idée des membres d’un groupe en écoutant sa musique. Une idée sur leur caractère, leurs goûts, leur manière de vivre…Les musiciens de SUGAR RAY, OFFSPRING ou INCUBUS seraient des Californiens se lavant peu aimant l’humour à la Jackass, le skate et les jeux vidéos, ceux de DREAM THEATER, KING CRIMSON et RUSH préfèreraient les maths, Pierre Boulez et le Petrol Han tandis que du côté de RHAPSODY ou HAMMERFALL, le temps libre serait passé entre chips, coca et paravents de maître, que de celui de MOTLEY CRUE et POISON, la vie s’écoulerait paisiblement entre viol d’actrices de cul (c’est sympa, les actrices de cul), de conduite en état d’ivresse et de rots pourris devant le juge. Les membres de CRADLE OF FILTH liraient Mary Shelley et Anne Rice et ceux de CANNIBAL CORPSE mangeraient des morts (crus mais tièdes).

Dans cette supérette des clichés faciles, les vendeurs ont classé le premier album de FANTOMAS au rayon jeunes branleurs qui s’emmerdent et qui font les débiles en faisant du bruit. Le deuxième opus vit le responsable de l’achalandage se poser la question du déplacement ou non du groupe sur un nouvel étal, The Director’s Cut paraissant nettement plus abouti et moins brouillon que son pourtant sympathique prédécesseur.
Mais voilà que Delirium Cordia vient faire capoter l’amusante théorie première. Etudions l’objet de près. Pochette noire, plage unique de soixante-quinze minutes, titre abstrus. La bande de joyeux lurons serait en fait un groupe de geeks passionnés des premiers films très personnels de David Lynch ou Darren Aronofsky (rien à voir entre les deux, je vous l’accorde), vouant un culte aux maîtres de la musique expérimentale et faisant collection d’insectes fossilisés.

La musique de FANTOMAS n’a jamais été facile à appréhender mais que ceux qui croient que l’écoute d’Amenaza Al Mundo et de The Director’s Cut leur permettrait d’entrer avec aisance et un fond de suffisance (moi, j’écoute de la musique que personne d’autre n’écoute, je suis bizarre, sur-intelligent, et j’ai tout compris) dans l’univers de Delirium Cordia se rassurent de suite, un nouveau challenge vient de sonner à leur porte. Les seuls qui vogueront avec décontraction au travers de l’heure et quart que dure ce disque seront les habitués des projets les plus expérimentaux de Mike Patton ou les fidèles des délires des doux dingues créateurs de musique concrète ou minimaliste (Karlheinz Sotckhausen, Edgard Varese, Pierre Henry, Steve Reich, John Cage, j’en passe et des moins écoutables encore…).

L’apparition du disque compact a grandement facilité l’écoute des disques. Sauter de plage en plage est devenu bien plus simple que le jeu de précision consistant à poser le diamant de son tourne-disque aux endroits non gravés du vinyle. Les musiciens les plus prétentieux ou les plus farceurs n’ont, il faut croire, que modérément apprécié ce changement des habitudes, puisque certains proposent aujourd’hui à leur auditoire des cd’s à plage unique, afin que celui-ci goûte à leurs créations sans faire acte d’hérésie ou simplement pour les faire chier (parce que le caca, c’est bon, dixit Mike Patton himself). Delirium Cordia doit donc s’écouter du début à la fin sans interruption et en commençant par le commencement, soit par des craquements de vinyle.

Il est, de cette manière, d’autant plus difficile de poser quelques jalons dans un univers auquel peu ont déjà été confrontés. Une seule façon de décrire l’objet, la liste bête et conne :
Des chants plus maléfiques que grégoriens, des portes qui couinent, différentes formes de souffle, de bruyantes interventions électriques à la Amenaza Al Mundo, un didgeridoo dissonant, des claviers galactiques et toutes sortes de bruitages font la trame de cette histoire au scénario farfelu.
Mille fois plus atmosphérique que les précédentes réalisations de la bête, Delirium Cordia serait la bande-son d’un film d’horreur ayant lieu dans un hôpital (conclusion imparfaite et personnelle tirée du flot d’informations souvent contradictoires recueillies sur internet). Reposant pour certains, angoissant pour d’autres, il se révèlera surtout terriblement pénible et dormitif pour la majorité qui ne comprendra pas que certains continuent à appeler ça de la musique, vu le manque d’intensité.

Je ne suis moi-même ni totalement convaincu, ni franchement déçu mais sincèrement intrigué. Je me pose ainsi la question de la durée de vie de cette galette qui risque, et c’est là un cruel défaut, de terminer sur une étagère, assaillie par la poussière, l’écouter nécessitant un état d’esprit pour le moins particulier. J’aimerais aussi poser une question au groupe: quel est l’intérêt de ces vingt dernières minutes de silence vinylique?

Bonne chance à ceux qui tenteront l’aventure.

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- Mike Patton (chant)
- Buzz Osbourne (guitare)
- Trevor Dunn (basse)
- Dave Lombardo (batterie)


1. Delirium Cordia



             



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