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BLACKENED DEATH METAL  |  STUDIO

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- Style : Behemoth, Nile

CRESCENT - Carving The Fires Of Akhet (2021)
Par DARK BEAGLE le 30 Août 2021          Consultée 2251 fois

Il ne faut pas penser que le monde arabe n’est pas compatible avec le Metal. Pour les sceptiques, la simple présence de MYRATH sur les pages de Nightfall devrait déjà jouer en faveur d’une ouverture d’esprit que malheureusement tous les pays à confession musulmane ne partagent pas forcément, comme en Iran par exemple, où les membres d’un combo ont été menacés de mise à mort. Un exemple parmi d’autres, malheureusement. Il s’agit de sortir des clichés et d’arrêter de penser « exotisme » dès qu’un groupe provient d’une région où les représentants du genre se font rares – ou le plus souvent, ils ne sont pas connus hors de leurs frontières – surtout à l’ère d’Internet qui ratifie les frontières à un concept politique. CRESCENT nous vient d’Égypte et se présente comme un des fers de lance d’une scène grouillante, surtout au niveau de l’extrême.

Ceux qui connaissent les formations qui écument les terres des Pharaons auront remarqué que souvent les thèmes abordés touchent l’Égypte Ancienne (d’autres, plus revêches dans les paroles, vont plutôt titiller la politique actuelle). Et il s’agit là d’un vivier formidable, que les Américains de NILE ont déjà mis en valeur à travers leurs œuvres majeures. CRESCENT flotte dans ces eaux-là, sombres et marécageuses. Et gare au crocodile qui profite du limon pour foncer sa proie qui ne se doute de rien. Et cette proie, c’est nous, pauvre auditeur qui s’attend à un disque lambda et qui se prend une véritable décharge dans la tronche, quand les musiciens nous assènent une leçon de violence d’autant plus douloureuse qu’elle ne se fait pas au détriment de la mélodie.

Si la pochette n’est pas particulièrement jolie, elle est assez évocatrice de l’œuvre de CRESCENT et semble faire suite à l’imposant Anubis qui ornait celle de "The Order Of Amanti" (2018). Difficile de savoir si la pesée des âmes s’est mal déroulée et que le pharaon s’est vu proposer une porte de sortie afin de sauver son trépas ou si le groupe se complait dans un fantastique très inspiré par la mythologie. Une chose est certaine, l’illustration annonce une certaine dose de brutalité et de ce point de vue, difficile d’être déçu, même si chez CRESCENT, la lumière provient souvent des nuances apportées dans les compositions. Et si Akhet évoque le lever de soleil dans l’horizon brûlant, les flammes évoquent le pouvoir infini du dieu Râ. Et difficile de ne pas faire le lien avec l’album précédent également.

Le premier morceau commence fort. De la violence à l’état brut et un cri qui vient du fond d’une gorge dans laquelle l’angine n’a pas le droit de cité. C’est tellement primaire et brutal que l’enchaînement plus traditionnel – comprenez par là comportant des motifs orientaux – est presque choquant. Et pourtant, c’est fluide, la transition est très bien amenée et l’on constate tout de suite que la production de l’album est parfaitement équilibrée. Si la batterie agit comme un rouleau-compresseur, elle ne noie pas le canevas plus délicat des mélodies quand elles sont présentes et laisse apprécier le riffing sans concession de la paire de guitaristes. C'est solide et percutant, il n'y a pas de place pour l'approximation ici.

Comme à son habitude, CRESCENT propose des morceaux assez longs, qui dépassent tous les cinq minutes, où il trouve le temps de bien développer son propos. Avec ses guitares qui ne sont pas sans évoquer le Black Metal des familles, mais dans une configuration plus abrupte qui fait éclore l’aspect Death – voire Brutal Death, le groupe fait toujours progresser son équation. Les inconnues se multiplient à mesure que nous plongeons dans une vision nihiliste dans l’interprétation des grands mythes de l’Égypte Ancienne. C’est comme si les musiciens nous tenaient par le col et nous faisaient reculer à grands renforts de claques qui nous laissent les oreilles et les joues meurtries. La formule est rudement efficace, elle se nourrit du passé du groupe pour grandir, se développer, mûrir.

Mais il ne faut pas comparer la musique de CRESCENT à la charge d’un hippopotame colérique. Il y a une certaine grâce qui se dégage de cet ensemble, un souffle épique qui balaye tout sur son passage dès "The Fires Of Akhet" et qui perdure jusqu’à "As Nu Enshrines Death", le final glorieux d’un disque qui devrait largement dépasser ses frontières. Mais nous y reviendrons. Ceux qui connaissent la formation sauront appréhender les différents morceaux, sauront peut-être à quoi s’attendre, mais la constante évolution du schéma mélodique confère une excellente durée de vie à ce disque dont il est difficile de se lasser. En effet, l'ensemble peut sembler si dense que plusieurs écoutes sont nécessaires pour en capter les différentes subtilités, ce qui n'est pas forcément un défaut.

Si CRESCENT se tient souvent à son Blackened Death Metal, il se veut parfois plus frontal, plus caverneux. Le chant évolue alors, passant d’un raclement de gorge inhumain à quelque chose de plus sourd, de plus primaire, plus écrasant également, avant de nous surprendre la minute d’après avec ses passages plus sereins, piochant dans la musique égyptienne ou amenant des percussions délicates le temps d’un court instrumental – qui sera également le seul véritable moment de répit d’un album qui ne fait pas dans la demi-mesure. Et c’est ce travail soigné, bien pensé, qui apporte tout le sel de cette entreprise qui est loin d’être anecdotique : "Carving The Fires Of Akhet" joue la carte du classicisme, mais avec une personnalité forte derrière et une volonté d’y inclure un patrimoine. Et pourquoi s’en priver quand ce dernier est aussi riche ?

Si la scène égyptienne reste encore très locale, CRESCENT fait déjà office de lumière dans l’obscurité pour bon nombre de formations du pays. Porté par Listenable Records, le groupe est mis en lumière et sort de ses frontières. Des premiers pas que l’on pourrait juger, avec une certaine ironie, de timides à maintenant, c’est un pas de géant qui a été fait. CRESCENT possède les atouts pour s’imposer. Peut-être pas comme un leader d’une scène somme toute assez bouchée, mais pas non plus comme un simple second couteau, espèce de lot de consolation pour amateur drogué à la brutalité. Non, CRESCENT porte avec "Carving The Fires Of Akhet" une de SES œuvres majeures et devrait passer sans encombre ce fameux test du troisième album. Pour ma part, un des disques de l’année dans le domaine du Death.

Le top :
"Fires Of Akhet", "Serpent Of Avaris", "Drowned In Theban Blood" "As Nu Enshrines Death". Le reste se défend bien aussi.

Note réelle : 4,5/5.

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- Ismaeel Attallah (chant, guitare)
- Youssef Saleh (guitare, chant)
- Julian Dietrich (batterie)
- André Meyrink (basse - invité)
- Amr El Zanaty (percussions - invité)


1. The Fires Of Akhet
2. Moot Set Waas
3. Serpent Of Avaris
4. Neb-pethi-ra
5. Imprecations Upon Thy Flame
6. Drowned In Theban Blood
7. Crimson Descension
8. As Nu Enshrines Death



             



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