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The VICIOUS HEAD SOCIETY - Extinction Level Event (2021)
Par HAPLO le 2 Août 2021          Consultée 4092 fois

Par tous les Grands Dieux borgnes et unijambistes du Metal ! Par le Grand Maître du Metal en personne, leur vicieux séide, qui assure, en plus d’une discipline de fer, la rigoureuse conformité éditoriale de NIME… C’est quoi cette Sélection en bois ? C’est quoi cette tribune offerte au groupe The VICIOUS HEAD SOCIETY pour son dernier album ? D’abord, ce n’est même pas un groupe ; c’est surtout un nom improbable derrière lequel se planque un sombre quidam du fin fond de son Irlande natale, seul dans sa tête comme dans son gentil pavillon de banlieue, et qui imagine, compose, joue… ralliant à sa cause via Internet divers musiciens qui exercent aux quatre coins du globe et qui nous pond un album de musique métallique hermético-progressive environ tous les cinq ans !

Ben… pour résumer, c’est un peu tout cela The VICIOUS HEAD SOCIETY. Sauf que le doux-dingue en question s’appelle Graham Keane, qu’il se trouve être un sacré bon guitariste doublé d’un compositeur prolixe et inspiré, et que je me suis pris d’attachement pour ce drôle de personnage et sa patte musicale, ceci pour deux raisons essentielles qui justifient pleinement (selon mon humble avis) ce petit coup de projecteur :

- Graham Keane, c’est avant tout un enragé. Jeune guitariste metalleux irlandais marqué au fer rouge par l’énergie torpillante d’un AC/DC, le velours urticant d’un DEEP PURPLE ou encore la verve abrasive d’un RUSH, il quitte son île natale pour une école de musique en Angleterre ; ce qui va lui donner l’occasion de travailler son style… un style qui ne sera plus jamais le même après sa collision avec DREAM THEATER dont le mélange magique d’harmonies, de technique et de soli aériens changera, comme pour beaucoup d’autres, sa manière de vivre et de concevoir la musique. De retour en Irlande, il se laisse un tantinet aller jusqu’à ce que la vie, avec le cancer de sa femme, se rappelle à ses bons souvenirs et le décide à se lancer corps et âme dans la composition son premier album. Gagnant modestement sa vie, il économise dur pour réaliser ce rêve fou et parvient à le bâtir mois après mois, années après années, du fin fond de son petit studio ; tirant tout ce qu’il peut de sa connexion Internet domestique pour rester en contact et bosser avec les musiciens dont il s’entoure. L’ovni "Abject Tomorrow" sort ainsi envers et contre tout en 2017 après que Keane y ait engagé tout son argent et plusieurs années de sa vie. À sa plus grande surprise, son métal prog technico-chargé, torturé comme ambitieux illustrant un conte futuriste plutôt sombre, remporte un joli succès d’estime chez les connaisseurs. Mais comme tu le devines justement cher lecteur attentif, les aficionado de cette niche musicale n’étant pas foule, on est tout de même loin du vaste carton populaire. Déçu sans être amer, Keane se démène pour faire connaître son univers, interroge ses (quelques) fans qui le suivent encore sur les réseaux sociaux sur l’opportunité d’un chapitre 2… et décide finalement de remettre les couverts avec un second opus, tout aussi ambitieux, reposant lui aussi sur un concept-album. Se remettant d’arrache-pied au boulot entre ses cours de guitare la semaine et ses quelques concerts avec un groupe local le week-end, Graham s’investit sans compter : Il profite même du confinement pour apprendre le montage vidéo (dont il se sert pour la promo de ce nouvel album) et engage de nouveau ses maigres économies pour ce deuxième accouchement. "Extinction Level Event" arrive enfin le 28/05/21 pour couronner ces années de boulot, de sacrifices et d’espoirs…. Un véritable enragé que je vous dis !

- Graham Keane, c’est aussi et surtout un sacré compositeur doublé d’un artiste à l’imagination fichtrement débordante! Choisissant de placer ses histoires dans des avenirs, il est vrai, pas toujours très souriants ni très optimistes, Keane se targue d’aimer les albums soutenus par une histoire qui procure à sa musique une base et une épaisseur propre à lui donner du sens comme de la résonance. "Abject Tomorrow" nous emmenait dans un monde futuriste sous contrôle au sein duquel les humains vivent avec une puce cérébrale annihilant toutes leurs émotions et où un jeune homme, dont l’implant dysfonctionne, découvre la réalité : sa réalité. "Extinction Level Event" nous propose quant à lui, face à la destruction imminente de notre humanité, sept visions, sept approches individuelles et personnelles devant cette extinction inéluctable… Ce sont donc ces visions et ces ressentis que l’ami Graham nous invite à vivre en musique, ceci avec tout le talent de composition qu’il a pu mettre en œuvre pour nous faire partager ce dernier voyage... vers notre néant.

C’est par le biais d’un Metal progressif résolument technique et exigeant, à la richesse instrumentale particulièrement fournie et dynamique, que notre maestro irlandais décide de nous faire vivre ces destins, entrecoupés de deux titres instrumentaux qui fournissent ainsi une parenthèse purement musicale dans laquelle l’auditeur amène sa propre expérience en pouvant laisser parler son imagination : que dirais-je si j’étais l’une de ces individualités ? Et là, force est de reconnaître que notre guitariste fou nous gâte particulièrement : rythmiques cisaillantes et alambiquées à ravir, synthés d’ambiance spatiale voire amplifio-dramatique ou tout simplement d’appui venant mêler une ritournelle obsédante à la tension ambiante, breaks et alternances de variations rythmiques récurrentes comme de rigueur, soli guitaristiques hargneux, méchamment techniques ou en pics mélodiques ayant soif d’absolu, Keane place la barre de son Prog relativement haut et sollicite les musiciens de session qui l’accompagnent sur cette aventure jusqu’à l’extrême limite de la corde. Le plat est riche en calories, en saveurs, en sonorités mais, et c’est primordial, reste au service des histoires contées en évitant sciemment de se fracasser contre l’écueil masturbatoire de la démo de studio. Ici, la virtuosité comme la mise en place irréprochable servent un dessein plus grand : celui de la vision, assez sombre il est vrai, que le compositeur a du monde qui l’entoure et de notre façon d’aborder notre propre destruction.

Passé la magnifique pièce instrumentale d’ouverture dont les dix minutes, portées par des variations acrobatiques et des soli accrocheurs, passent comme une lettre à la poste, c’est la voix claire et malléable d’un Nathan Maxx (déjà présent sur le premier opus) contrebalancée par des growls envoyés par un Andy Ennis guttural à souhait, qui nous font découvrir les sentiments des condamnés. Le fond tout comme la forme se rejoignent d’une façon très convaincante sur le lumineux et poignant "The Signal" dont le lent refrain appuyé et mélodique ne le cède qu’à la ligne rythmique musclée doublée de son solo catchy ; mais également sur le surprenant "Judgement" au bridge arabisant conduisant vers une coupure voix/chœurs agréablement pertinente puis sur une boucle mélodique tant enivrante qu’originale. Aéré par le dynamique instrumental "yp138" avec sa ligne de piano obsédante, les affaires (vocales !) reprennent de plus belle avec l’ample et immersif "On A Silver Thread" dont les paroles d’une cruelle actualité nous rappellent que si nous ne sommes pas encore à la fin de toutes choses… nous nous y dirigeons tête baissée ! Cette destruction ultime nous est assenée par la très belle pièce de clôture, volontairement titrée "Hymn Of Creation", débutant presque timidement sur des arpèges seuls puis enchaînant sur une ligne aux relents jazzy et s’achevant par une longue rythmique ultra mélodique prenante à souhait où les émotions le disputent à l’énergie de survie incarnée par les guitares… du grand art !

Livrant une musique résolument ambitieuse à la technicité abrupte ainsi qu’à la richesse déconcertante, ce qui peut la rendre difficile d’accès, Graham Keane confirme avec un "Extinction Level Event" inclassable, son statut de fou volant. Bien que conquis par cet univers, le seul moderato que j’y placerai concernerait la très probable perfection qui aurait peut-être été atteinte avec un chanteur à la voix un tantinet plus rugueuse et expressive que celle de Nathant Maxx, qui, si il fait très honorablement le job, manque selon moi de cette folie / voix écorchée qui aurait rendu cette œuvre dantesque !

Ayant rejoint Graham Keane dans sa loge après son premier concert parisien (j’ai un passe "presse" que m’a remis le Grand Maître du Métal en personne!), je lui annonce très fièrement que j’ai attribué un 4/5 amplement mérité à son "Extinction Level Event" : le bonhomme rigole chaleureusement mais s’en fout. Il a réalisé son rêve : Il est heureux… et hors de portée !

- pour la belle entrée en matière : "Extinction Level Event",
- pour l’énergie si bien contenue : "The Signal",
- pour le final émouvant : "Hymn Of Creation".

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   HAPLO

 
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- Graham Keane (guitare, basse, claviers)
- Musiciens De Session :
- Nathan Maxx (chant)
- Andy Ennis (growls)
- Nahuel Ramos (soli claviers)
- Shelley Weiss (violon sur 4)
- Pat Byrne (basse)
- Matheus Manente (basse sur 3, 7)
- Klemen Markelj (batterie)


1. Extinction Level Event
2. Solipsism
3. The Signal
4. Judgement
5. Throes Of Despair
6. Yp138
7. On A Silver Thread
8. Absolution
9. Hymn Of Creation



             



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