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2020 Kala
 

- Style : Akphaezya, Anthropia
 

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MOBIUS - Kala (2020)
Par JEFF KANJI le 8 Juin 2020          Consultée 1742 fois

Quand, en train de chiner au Metallian Store de Grenoble je discutais avec un très bon pote, je passai devant l'album de MOBIUS, formation dont j'avais pris connaissance quelques semaines plus tôt par le biais de sa pétillante et adorable chanteuse Héli Andrea. Mon pote (Adrien si tu me lis) m'interpelle : "il est terrible leur album, tu devrais écouter ça" ! Comme on s'échange souvent des formations inconnues de l'autre, et connaissant son goût raffiné en matière de musique mélodique (c'est un fan d'Alan PARSONS, de SAVATAGE et d'AYREON, donc ça va), je me laisse tenter.

Mais mon Dieu quelle claque ! La formation française, qui de la Réunion s'est relocalisée en Rhône-Alpes avant son premier album, a fait impression au moment d'inaugurer le Very Prog Festival de Toulouse à l'automne 2019 ; elle y présentait en avant-première des futurs extraits de "Kala". Des titres chantés en anglais mais aux titres en sanskrit. Voilà déjà de quoi se gratter la tête. "The Line" le premier album de 2016 avait permis de remarquer qu'en termes de Metal Progressif nous tenions peut-être là une révélation, même si sa façon de composer de longues pièces progressives au sens le plus noble du terme pouvait parfois plus dérouter que faire voyager.

Et sur "Kala" c'est l'inverse ! Et pourtant le quintette n'a pas changé son fusil d'épaule. Il a juste diablement affiné son écriture, et développé un concept introspectif qui agit comme un véritable boost sur les compositions de "Kala". Elles se sont enrichies au contact de cultures indo-asiatiques, sous l'impulsion d'une Héli Andrea très branchée World Music, nourrie par une expérience personnelle servant de catharsis ; elle aura perdu un proche, retrouvé trois jours après son décès. Le corps asséché, creux et noirci tel l'écorce d'un arbre ont révélé la thématique du passage de la vie à la mort qui constitue le fil conducteur des titres qui évoquent à leur manière ce qu'il peut advenir de cet éphémère passage d'un état à l'autre, que ce soit le retour à la terre, la réincarnation...

"Kala" est le genre d'album qui vous en met une pleine tête si vous vous attardez sur son extrême technicité et son sens de la polyrythmie qui n'a rien à envier à celui des grands maîtres. Car hormis les interludes, qui relient par A – U – M un mantra tibétain à 396 hertz sensé être le son primordial qui aurait structuré l'Univers, les compositions de "Kala" ont franchi plusieurs paliers de technicité, et vous en trouverez ici davantage que sur les quatre derniers DREAM THEATER réunis. On est bien plus près de ce que peut proposer ANIMALS AS LEADERS par exemple.

Mais là où MOBIUS réussit un tour de force incroyable, c'est que son canevas rythmique n'est pas l'obsession de l'auditeur, qui ne pourra que se laisser embarquer par les mélodies multi-facettes d'une Héli Andrea beaucoup mieux mixée que sur "The Line" où elle occupait trop les avant-postes. La recherche est impressionnante et l'album prend son envol grâce à une prestation intensément incarnée, prenante, et là aussi faisant appel à un arsenal technique des plus impressionnants, allant même jusqu'à exceller dans la pratique du konnokol, une technique de percussion vocale millénaire qui achève de mettre "Abhinivesha", le premier mastodonte de l'album, sur orbite.

Et il faut se remettre de ce titre, comme chacun des trésors d’orfèvrerie que sont les cinq pièces Metal Prog Djent de "Kala". Tous différents, empruntant des chemins sinueux mais inexplicablement dégagés, leurs titres en sanskrit (langue utilisée par touches par Héli sur "Kala") décrivent des étapes spirituelles, de "Abhinivesha" qui traduit l'attachement à l'existence via la peur de la vieillesse et de la mort, le "Sharira" pour l'état du corps, "Mukti" sa libération et l'élévation vers l'espace "Akasha", l'adoration divine ("Bahti") pour finalement atteindre la bouche des Dieux ("Agni").

"Kala" est une œuvre musicale qui vous donne envie d'en apprendre davantage sur vous-même et dont la transposition au Metal Progressif est outrageusement réussie, tant on sent les forces se repousser et s'attirer, et la lumière filtrer de façon plus perceptible à mesure que l'album avance. Le genre d'oeuvre qui grandit en vous à mesure que vous la faites vôtre. Peu de disques chargés d'une telle charge spirituelle m'ont procuré cette sensation, hormis peut-être le "Homo Sapiens" des Kazakhs de MACROSYSTEM.

MOBIUS lie spiritualité, curiosité et ouverture sur le monde, technicité et lisibilité de son propos sur un disque qui a troqué les ors d'un Goth Sympho pour du santur, qui a développé ses aptitudes avancées pour le Metal Prog et sorti un second album incroyablement mature (nonobstant un accent français assez prononcé de la chanteuse) et personnel. Si le Metal Prog n'est pas le genre le plus populaire de France, nous pouvons nous targuer de disposer de talents incroyables avec les sorties rapprochées de ce MOBIUS, du troisième opus de CONSCIENCE et d'un HOPESCURE qui frappe fort dès son premier essai.

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   JEFF KANJI

 
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- Heli Andrea (chant)
- Xavier (guitare)
- Alexandre (basse)
- Adrien (batterie)
- Guillaume (claviers)


1. A
2. अभिनिवे
3. शरीर (sharira)
4. U
5. मुक्ति (mukti)
6. आकाश (akasha)
7. M
8. भाति (bhati)
9. अग्नि (agni)



             



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