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SARACEN - Heroes, Saints And Fools (1981)
Par CITIZEN le 13 Octobre 2019          Consultée 784 fois

SARACEN c’est une proposition intéressante. Et si le Metal n’avait jamais progressé après les années 1970, s’engluant dans une resucée peu aventureuse des héros déclinants qui avaient alors pris un gros coup de vieux ? La NWOBHM a beau avoir foutu un beau coup de pied dans la fourmilière en encourageant la surenchère dans les tendances occultes ou rentre-dedans, la diversité de ce mouvement fait qu’il est facile d’y trouver quelques retardataires, anachroniques à quelques années près, qui ne méritent pas vraiment le qualificatif de “nouveau“. Un peu comme si l’aboutissement ultime en matière de Heavy Metal était le premier SAXON : une tentative timide, embryonnaire et peu inspirée.

SARACEN est au confluent de tout ça, dans la frange la plus gentille (gentillette même) de la proverbiale NWOBHM. 1981 et on dirait qu’ils ont réussi à s’isoler presque totalement de toute influence Punk, un record ! Cependant, les gars ont des idées, beaucoup en fait, presque trop. À force de vouloir concilier trop de tendances, on est très tenté de dire que SARACEN a des vocations Prog, qu’il a d’ailleurs développées lors de la suite de sa carrière. Pour l’heure, il s’agit de ménager les vocations Rock les plus guillerettes avec les riffs plombées et autres atmosphères millénaristes et menaçantes, de parler de prophéties comme de chercher à pécho le samedi soir à la grande ville, de s’en donner à cœur joie avec des claviers des plus mousseux qui feraient kitsch dans un album de LED ZEPPELIN et d’inventer des vrais plans de guitare qui déferlent sans prévenir à vous faire vous chier dessus (pardon, vous donner la chair de poule) - bref, un sain équilibre d’inspirations de jeunes rockers en pleine croissance et aux intérêts variés.

Le groupe est donc à l’aise dans les ambiances typiquement décomplexées de la NWOBHM et développe également une approche plus opératique très ambitieuse, le premier titre faisant déjà office de démonstration. "Crusader" n’est pas très bien construit et s’installe lentement mais révèle son jeu lorsqu’il dérape en Heavy Metal affamé, et il sait utiliser son clavier comme arme soutenant l’agression de rythmiques effrénées… Un titre et SARACEN a déjà dit beaucoup, peut-il faire mieux, et surtout peut-il faire plus concis ? Il se dégonfle largement sur deux titres de NWOBHM par la suite, à l’atmosphère triomphante et légère de Rock’N’Roll sans fioritures : “I guess I’m doin’ alright !“.

C’est à la fin de la face A que SARACEN se replonge pour de bon dans son programme progressif. "Horsemen Of The Apocalypse" tout d’abord démontre un jeu de guitare sombre, traînante et oppressante comme il faut, une voix imprécatoire, le groupe navigue en plein Doom précoce, écourté par une tentative d’instaurer ambiance épique à coups d’un clavier si mièvre que même les groupes rétro actuels au look full pantalon léopard moulant/raybans/mullet n’osent pas faire des trucs pareils. C’est un peu le piège que s’est tendu SARACEN : les chansons semblent n’aller nulle part, et on est d’autant plus heureux de se faire gratifier de plans géniaux, les frissons qui coulent dans l’échine et tout ça. “Only ten thousand yeaaaaars, only ten thousand yeaaaaaaaaaars“, s’exclament-ils : chaque morceau a droit à son passage stratosphérique, et celui-ci est loin d’être en reste, tu parles de mémorable !

La longueur des pistes explique la sensation de passer du coq à l’âne et de déborder parfois un peu trop du cadre : plus de six minutes à part pour une instru qui fait la moitié et les deux titres plus bruts coincés au début de l’album, et jusqu’à 8 et des poussières pour "Ready To Fly". De fait, plus qu’un album à chansons abouties que soutiendrait une intensité de tous les instants et une construction assurée, c’est plus dans ses petites choses que l’album séduit lors du long tour de chauffe jusqu’aux deux excellents morceaux dont ils parviennent à accoucher - mais je garde ça pour plus tard. Le combo est animé d’une imagination assez débordante, qu’il ne parvient le plus souvent pas à transformer en chansons prenantes, la faute à un peu trop d’enthousiasme et à une attitude trop butinante, casant toutes ses idées au petit bonheur et avec une naïveté et une bonne humeur déconcertante. Ainsi, en l’absence de tout quality check ou de recadrage, les bonnes idées qui fourmillent sont réduites à de maigres plans contrits et balisés par des refrains trop Pop ou par des riffs parfois maigrelets, sans compter le plus inexcusable, ces atroces claviers glougloutants qui détournent complètement l’attention et vous font oublier sur-le-champ les passages les plus réussis sitôt qu’ils surviennent. Pour le reste, on référencera principalement RAINBOW pour ce qui est des idées et des essais par lesquels SARACEN s’amuse le plus souvent, et peut-être les Italiens non moins épiques de DARK QUARTERER pour les passages les plus élaborés.

S’il fallait repérer le point d’orgue de l’album, c’est facilement que je désignerais la chanson-titre, exempte des défauts des premiers titres qui entretiennent une certaine confusion entre épique et basique. "Heroes, Saints And Fools" pousse au maximum le délire progueux en élaborant des paysages sonores sur cette intrigante pochette apocalyptique (avec Sean Connery au milieu, si si). Avec le prétexte d’un récit initiatique style “premier voyage dans le Monde d’un hobbit naïf, épreuves et désillusions“, une ambiance féérique et grandiloquente avec son lot d’apartés, de digressions au clavier qui cette fois frôlent le merveilleux, ces monologues qui vous plongent dans une comédie faite de faux-semblants et de clair-obscur lorsque le chanteur assume tour à tour le rôle du héros, du saint et du bouffon en incarnant tour à tour la force, l’humilité et la sournoiserie, c’est le meilleur moment de l’album : “Look out, look out, look out for the ones they call fools !“ SARACEN se laisse complètement emporter par tous les pouvoirs qu’ils essayaient d’invoquer jusqu’alors : pouvoir riffique qui s’impose totalement après de longues chansons à trépigner, galerie d’émotions avec ces claviers baignés de lumière, guitares sèches luxuriantes, profusion de solos, ambiance de cour des miracles avec toute la richesse imaginative qui va avec.

L’album se termine sur l’instrumental "Dolphin Ride" serein, avec cris de mouettes et bruit de vagues et sur le très bon "Ready To Fly" (putain ce pur moment de Heavy Metal dès l’annonce READY TO FLYYYYYYYY), titre très long, dont la deuxième moitié fait preuve de beaucoup moins d’idées que les autres morceaux épiques mais bâti sur refrain super solide et parsemé de purs cris aigus du meilleur effet.

En somme, si ses racines Rock’N’Roll trop présentes en contradiction avec ses velléités largement plus ambitieuses conduisent parfois SARACEN à diluer sa formule épique dans un substrat plus trivial, avec en cause également un son parfois trop daté – on ne peut quand même pas leur demander d’être des visionnaires sur tous les plans, "Heroes, Saints And Fools" n’en demeure pas moins un album largement racé et élégant, peu avare en idées et abondant en moments où une réelle inspiration les emmène loin. Dans ses pires moments, on se contentera du fait que c'est l’enthousiasme de la jeunesse qui rend cet album léger et positif, frais et irréfléchi, ce qui est finalement rarement une mauvaise chose, et est du reste facilement pardonné puisque les quelques soubresauts de cette danse entre une NWOBHM Pop et débridée et un Prog spectaculaire ne parviennent pas à ternir l’éclat des moments de bravoure prodigués à foison.

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- Rob Bendelow (guitare)
- Steve Bettney (chant)
- Richard Lowe (clavier, choeurs)
- Barry Yates (basse, choeurs)
- John Thorne (batterie)


1. Crusader
2. Rock Of Ages
3. No More Lonely Nights
4. Horsemen Of The Apocalypse
5. Heroes, Saints And Fools
6. Dolphin Ride
7. Ready To Fly



             



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