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FUNERAL DOOM  |  STUDIO

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2019 Verferum
 

- Style : Evoken, Skepticism
 

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QUERCUS - Verferum (2019)
Par WËN le 28 Août 2019          Consultée 766 fois

Je vous l'ai déjà avoué, la scène tchèque est une scène que j'apprécie particulièrement. Pas spécialement pour telle ou telle de ses digressions stylistiques, mais dans son ensemble, dans toute cette splendide faculté qu'elle a à savoir napper sa musique (tout du moins une bonne partie) de ce qu'il faut d'éléments impromptus veillant à la préserver de toute monotonie. Des expérimentations initiales d'un MASTER'S HAMMER à la récente démo d'un VOLUPTAS (Post-Black-Doom-Punkcore ?), en passant par les clips d'HARMONY BAY (des usines à "mème" à eux seuls), les Tchèques savent assurément surprendre. Car, tout en nous gardant bien d'avancer la caution "avant-gardiste" trop gratuitement, notons cependant ce savoir-faire évident lorsqu'il s'agit de fusionner des approches parfois difficilement compatibles au premier abord. À titre personnel, je suis demeuré tout esbaudis par le Black Metal aux claviers ultra-speeds d'ABSTRACT ESSENCE ; par le Black Mélodique saupoudré de litanies impies de CULT OF FIRE le sanskrit (voire même par le trip' occulte et tour-du-mondesque de son alter ego DEATH KARMA) ; par le Brutal Death/Grind Hippie bourdonnant d'ondes positives sur fond d'Égypte antique de LYKATHEA AFLAME (APPALLING SPAWN dans ses jeunes années), le Doom bardé de chœurs grégoriens d'ET MORIEMUR, ou encore cette formule Doom Death prolixe en expérimentations 'so 90' livrée par LOVE HISTORY à son époque… Et Brutal Assault à l'appui, je peux vous garantir qu'en termes d'improbabilité, leurs groupes festifs/déglingués (les géniaux HENTAI CORPORATION et PRVNI HORE, là, me trottent en tête) c'est autre chose que ALESTORM ou ULTRA VOMIT. Bref, ce ne sont pas les exemples qui manquent (*) (**), même s'il est fort à parier que ces groupes-ci, sortant davantage des sentiers battus, arrivent sans doute aussi plus facilement à s'exporter pour ainsi nous parvenir (naaaaan… Je déconne).

QUERCUS, forcément, a donc son credo à lui.

Rarement dérangé par ses voisins qui, à s'agiter ainsi futilement, semblent d'un coup bien inutilement frivoles et turbulents ; la majestueuse entité tchèque - eu égard au style pratiqué - sera plutôt du genre à préférer hanter les chapelles en vieilles pierres, froides, solennelles et si possible abandonnées en pleine nature. Il faut dire que son Funeral Doom, tout indiqué à qui souhaite s'isoler un instant hors du monde et hors du temps, se savourera particulièrement éloigné de toute société. Par Funeral Doom, avec QUERCUS, ne vous attendez pas à une musique irrespirable ni poisseusement aqueuse, son approche jouant bien sûr avec les atmosphères, parfois épurées certes, mais ne manquant jamais de bâtir ses propres murs de guitare (sachant se faire à l'occasion plus tranchantes) afin d'effacer de son champ de vision (tout comme de sa partition) tout ce qui lui semble superflu à ses cathartiques méditations. En découle ainsi une musique solennelle - morose dans ses leads - à l'emphase décuplée, et ce n'est pas peu de le dire, lorsqu'entre en scène son gargantuesque orgue d'église (!) dans toute son imposante majesté, se délectant avidement de tout silence trop prépondérant.

Autrefois sympathiquement estimé par les siens pour ses efforts (ses premiers opus demeurant relativement confidentiels, à un solo de chat près (***)), il faudra attendre que le duo se fasse trio avec l'arrivée de Marek "Markko" Pišl à la tuyauterie ("Heart With Bread", 2016) pour que QUERCUS et sa musique se muent en de bien plus imposantes entités, quelque part entre un SKEPTICISM et un EVOKEN, en plus lumineux et l'extrême glauquitude de ces derniers en moins. Sur son précédent album, le groupe avait su nous présenter son dantesque nouvel allié dès l'ambitieux et cossu titre d'ouverture ("A Canticle For The Pipe Organ") taillé sur mesure pour lui. Cette nouvelle et quatrième œuvre ne saurait déroger à la règle puisque - quitte à débuter par le petit coup de génie de ce disque (et du groupe) - "Passacaglia D minor, White And Black Darkness" en conclusion, mais surtout "Ceremony Of The Night" en introduction, s'annoncent comme deux des meilleurs pièces Doom Extrême qu'il m'aura été donné d'entendre cette année. Ni plus ni moins.

Tout y est justement et finement placé. Accueillis que nous sommes par ces imposantes nappes d'orgue qui sont à vous donner le tournis, QUERCUS nous souhaite la bienvenue en sa démesurée demeure où clés de voûte minérales et végétales se meurent en une commune et lointaine frondaison. Fortes de caractère, ces chansons sauront plus d'une fois nous prendre et nous surprendre. Tour à tour démentielles de solennité, hypnotiques dans leurs moindres déchaînements et arpèges, changeantes sous les effets de claviers et d'orgues cotonneux et des complaintes de leurs guitares, c'est sans retenue aucune que nous nous laisserons ainsi envoûter, abandonner à leur tumultueux développements… L'orgue immortel, sachant s'éclipser le moment venu pour laisser plus de place aux guitares qui ne manquent jamais de faire montre d'une fougue mélodique certaine, sait également profiter de ces mêmes brèches ouvertes par les six-cordes lors de leurs débordements les plus évanescents pour, au détour de grunts murmurés, revenir nous hanter de plus belle alors que captivés, nous ne nous y attendions plus. Et ce sont mine de rien près de quarante surprenantes minutes qui s'écoulent ainsi, entre grandeur et décadence.

En comparaison, les deux autres titres peineront malheureusement à atteindre une telle folie. Si "Journey Of The Eyes" sait encore convaincre par quelques partis pris plus aventureux (une construction proggy, des ambiances mystérieuses), "The Pu-erh Exhumed" me sèmera à chaque fois dans ces harassantes circonvolutions (la participation de Don Zaros d'EVOKEN au chant clair n'y changeant rien). Sans être foncièrement moins bonnes, les idées développées ici souffrent malheureusement d'un tout autre mal, à savoir… Un certain manque de cohérence entre elles. Outre quelques longueurs, pouvant certes nuire à la concentration et à l'immersion totale nécessaire à ce type d'œuvres, de ces deux titres centraux se dégage vraiment une impression de patchwork - tant riffique que d'ambiances - nappant plus d'une fois le tout d'une persistante impression de "décousu". Et c'est bien regrettable, car si ambitieuses ces pièces s'avèrent-elles être - puisque moins conformes aux canons du genre nappées qu'elles sont d'un avant-gardisme naissant - il demeure pourtant qu'elles paraissent trop souvent se présenter à nous comme un collage d'idées, originales (ne leur retirons pas cela) mais bancales puisque manquant cruellement d'agencement, d'une vraie corde conductrice. De la même manière, quelques blancs un peu trop gratuits font ainsi systématiquement office de non-transition dans les progressions inhérentes à chaque morceau.

Étonnamment, en revenant aux deux autres morceaux (les fameuses pièces d'introduction et de conclusion), nous remarquerons qu'elles n'en sont pas non plus exemptes, de ces syndromes. Mais dans leur cas, le parti-pris "grande pièce grandiloquente" (15 et 23 minutes) leur permet de s'affranchir de ces sautes d'humeur. Cette construction en mouvements distincts, en droit héritage de la musique classique ("Passacaglia" se veut un hommage à J.S BACH), ne leur portant ainsi aucunement préjudice. Car c'est ainsi que compose QUERCUS, et lorsqu'il sait allier la superbe d'un orgue à la profondeur d'une partition bien menée, le résultat en devient logiquement fort recommandable !

"Verferum" est une belle et noble œuvre. L'artwork au charme désuet, en dehors du temps et des modes, accompagne d'ailleurs fort bien les éternités dans lesquelles QUERCUS terre sa musique. Et malgré deux titres (légèrement) en-deçà, ce millésime 2019 mérite assurément d'être découvert. Sachez en tout cas laisser leur chance aux pièces-fleuve… Et si jamais, lors d'un prochain voyage en République Tchèque, vous avez la chance de faire un détour par l'ossuaire de Sedlec, s'il vous plaît, passez-vous ça dans les esgourdes.

Note réelle : 3,5/5.


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(*) On pourrait même y ajouter ROOT (Black Metal kvkvlt… Bah si, un peu quand même), juste pour la gueule de Big Boss, son chanteur.

(**) Et puis CITRON, KAVIAR KAVALIER, DOKTOR TRICERATOPS… Mais surtout COCOTTE MINUTE, pour leur PUTAIN de patronyme. Du grand art !

(***) La chanson "Poles" ("Postvorta", 2007)

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- Ondřej Klášterka (chant, guitare, batterie)
- Lukáš Kudrna (chant, basse)
- Marek 'markko' Pišl (orgue, claviers)
- Don Zaros (invité - chant #3)


1. Ceremony Of The Night
2. Journey Of The Eyes
3. The Pu-erh Exhumed
4. Passacaglia D Minor, White And Black Darkness



             



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