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PUNK/SKA  |  STUDIO

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WARRIOR KIDS - Les Enfants De L'espoir (1986)
Par CITIZEN le 13 Juillet 2019          Consultée 482 fois

Voilà sans nul doute une chronique aussi plaisante à réaliser que l’album évoqué est, lui, sympathique. Comme tous les groupes proposant une musique située aux confins de différents styles, quelle richesse, quel foisonnement surgit à l’écoute, quel monde d’expressions et de références mobilisables, quelle liberté, quel envoûtement0 !

Contradiction dans les termes pour qui n’est pas familier avec la mouvance musicale de ces Marseillais : groupe idolâtré par les skins, WARRIOR KIDS n’a rien du groupe de Oi! primaire. Malgré les clichés sur ce genre musical, il y a plusieurs manières de jouer de la Oi!, et bien que beaucoup des groupes les plus reconnus dans ce game officient essentiellement dans la lourdeur enivrée, tout ne se résume pas à l’option hurlements incontrôlés de supporters beurrés + oi!oi!oi ! constants en fond sonore + éventuels bras tendus. WARRIOR KIDS remonte encore plus loin dans la chaîne de l’évolution musicale et jouant du Punk Rock mâtiné de Ska, surtout Punk d’ailleurs sur leurs quelques chansons antécédentes à ce LP, d’où l’image bizarre de jeunes mecs typés skins, pas l’air trop cons au demeurant, qui jouent une musique non typée Oi! Encore un groupe qui boucle la boucle quoi.

D’où la confluence de styles, contre-intuitive peut-être pour qui n’est pas dans un trip "spirit of 69 original skinheads gneugneu" toute la journée mais débarque plutôt en ayant interrompu un album de Heavy (c’est moi), plutôt familier avec les problématiques type “style-X-qui est en fait du proto(vrai)-style-Y“ sous l’angle du vrai-Black-first-wave-versus-Black-de-false. WARRIOR KIDS doit donc être un des groupes les moins agressifs de cette époque et ne garde pour ainsi dire que les éléments les plus chill des différents styles que s’était approprié la culture skinhead, les groupes d’alors s’étant peu ou prou débarrassés de cette richesse stylistique au profit d’un son basé uniquement sur un Punk plus lourd et plus primitif : le son se durcit, au même titre que l’époque et la baston, parfois fatale, supplante le reste.

Mais en ce milieu de décennie WARRIOR KIDS garde le cap et reste droit dans ses boots, et c’est donc toute cette première époque dépassionnée et syncrétique qu’il résume dans un album débordant d’énergie et de sincérité.

Le style du groupe met du temps à se laisser dompter pour qui débarque, et c’est une grande alternance de styles qui vous chahute sur le début de l’album : prédominance Reggae ici ("Rafale"), des rythmes chaloupés du Ska de ce côté ("Ville Morte"), et même un morceau psychédélique hilarant où saxophones, claviers et riffs Space s’invitent tous à la fois en une grande débauche remarquable, les DOORS mettant la Oi! à l’amende le temps d’une moitié de chanson particulièrement délirante et jouissive ("Cirage (Le Menteur)"). Ce dernier morceau est sérieusement trop fort, on dirait qu’une rupture temporelle transfigure totalement le groupe momentanément, et la transition est parfaitement invisible - comme si des influences qui mijotaient depuis le début de l’album sans qu’on ne les soupçonne reprenaient leur droit avec un naturel désarmant.

Les morceaux essentiellement guitaristiques plus prévisibles sont tous aussi excellents et ce n’est pas difficile de comprendre comment "Adolescent", avec son riff d’intro digne de la meilleure et de la plus ancienne magie métallique, a pu devenir un titre culte. Sur la fin, les morceaux rythmés un peu plus speed ne sont pas en reste, comme "Marseille Tombe" avec ses riffs bourrasque.

Thématiquement, le niveau des paroles se situe à une sorte de confluence de sincérité, de naïveté et de tentative de prise de recul rendue encore plus désarmante par le niveau d’inexactitude littéraire qu’impose le style - les paroles ne sont parfois pas sans une certaine ambition non plus, même si les refrains et les accroches les plus simples permettent au groupe de se distinguer par de réels hymnes, "Adolescent", "Espoir" et "Personne" en tête. Au menu, des tranches de vie centrées sur Marseille (l’accent marseillais décomplexé donne énormément d’identité à cet album et est simplement dépaysant en général), la vie dans la rue, révolte et autres expériences de jeunesse, et quelques sujets d’actualité internationale ("Rafale", "Soldat De La Paix"). L’album n’est jamais vraiment agressif, jamais vulgaire, et même lorsqu’il déballe sa force sans complexe il reste assez candide ("Nouvelle Jeunesse"). Le groupe ne se départit jamais d’une espèce d’ambiance langoureuse et nostalgique, comme sur ce final magnifique "Espoir", voire d’une sorte d’ambiance portée par une guitare se perdant dans les leads rêveurs de "Personne" et de ses proclamations de liberté. Sur "Ville Morte", "Adolescent", "Espoir", c’est la mélancolie qui s’installe… Compensée par la jovialité absolue de "Cirage", morceau vraiment excellent.

À mon goût c’est un album étonnant, assez potache (avec même la bonus track des zicos qui se chambrent), avec le même côté qui part un peu dans tous les sens que je pointais chez les TEEP’N’TEEPATIX et un côté travaillé et conscient qu’on peut relever chez un groupe comme TAXI DRIVER. Le revers de la pièce c’est la tendance à laisser sceptique à la première écoute mais c’est aussi ce qui fait la force de l’album et lui donne son goût de reviens-y, vu qu’en le prenant dans son ensemble, ces changements de styles fréquents réalisés en interactions très dynamiques et harmonieuses, combinés avec des chansons parfois expéditives, donnent l’impression d’un album bouillonnant, bourré de petites cornes d’abondance de créativité. Totalement addictif pour ma part.

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- Marc (basse, chant)
- René (batterie)
- Thierry (guitare, chant, piano)
- Christophe (saxophone)


1. Personne
2. Ceux Qu'on Oublie Jamais
3. Ville Morte
4. Soldat De La Paix
5. Rafale
6. Nouvelle Jeunesse
7. Marseille Tombe
8. Cirage (le Menteur)
9. Adolescent
10. Espoir



             



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