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THRASH/DEATH METAL  |  STUDIO

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MORTAL SCEPTER - Where Light Suffocates (2019)
Par T-RAY le 5 Juillet 2019          Consultée 1184 fois

Voilà bien l'un de mes petits coups de cœur de l'année 2019. Le genre de disque qui, même si l'on est conscient de ses petits travers et de son manque d'originalité, convainc aisément par la fougue de son interprétation, la profusion de ses riffs, l'énergie déployée par les musiciens et ce petit côté nostalgique colporté par leur style indéniablement ancré dans une période charnière de l'Histoire du Metal Extrême français et même européen : le passage des années 80 aux années 90 et la métamorphose du Thrash Metal en Death Metal. Et cela va au-delà du côté rétro imprimé par la pochette et cet artwork signé Jon Whiplash.

Oui, ce premier album studio des Dunkerquois de MORTAL SCEPTER est comme un arrêt sur image : il fixe tout un ensemble de couleurs sombres et de mouvements agités caractéristiques de la transformation du Thrash en quelque chose de plus sombre encore et de plus violent. Car si MORTAL SCEPTER joue incontestablement du Thrash Metal sur "Where Light Suffocates" - l'album et l'ébouriffant morceau-titre, excellent - un Thrash duquel les influences teutonnes se dégagent encore (écoutez aussi le véloce "Swallow Your Tongue" pour comprendre), il a tout de même un pied bien au-delà, rappelant en cela les premiers SEPULTURA ou les premières démos de MASSACRA, notamment dans cette façon qu'avait l'illustre groupe français d'ébaucher son tournant Death Metal à venir.

Déjà, les vocaux ne trompent pas : on est souvent plus proche du growl que du chant criard caractéristique du Thrash des KREATOR et autres DESTRUCTION. Mais aussi parce que les structures de certains morceaux sont déjà plus complexes, toujours in your face comme on l'aime dans le Thrash, mais avec ce supplément de sophistication qui correspond à la volonté des Deatheux d'alors de rendre les choses moins évidentes tout en restant direct. Il faut entendre des morceaux tels que "Murder The Dawn", "Spear And Fang" et surtout "Perish With The Flesh" pour se rendre compte qu'il ne manque parfois pas grand-chose à MORTAL SCEPTER pour verser dans le Death Metal tel que le pratiquaient ces combos tout juste sortis de leurs premiers élans Thrash il y a déjà trente ans.

Il y a toutefois quelque chose de plus net chez MORTAL SCEPTER, quelque chose qui ne peut venir qu'a posteriori, une fois que les genres de Metal convoqués ont déjà bien vécu : cette capacité assez remarquable d'assumer totalement ses divers penchants pour les Extrêmes. Lorsque l'on défriche le terrain, comme le faisaient les pionniers du Death ou du Black, ou ceux qui pratiquaient déjà le mélange des genres (Death/Thrash, Thrash/Black, Black/Death) sans en avoir pleinement conscience, on n'affiche jamais une palette aussi diverse que celle de MORTAL SCEPTER sans se disperser. Trente ans après l'âge d'or du style musical qu'ils pratiquent, les quatre gaillards du Nord, eux, peuvent se permettre d'être tantôt Thrash, tantôt plus Death, tantôt Death/Thrash et tantôt Black/Death sans perdre la face : ils restent focused.

Oui, j'ai bien dit Black/Death, car avec leur maîtrise avancée du tremolo picking et leur goût pour les fréquences medium, la paire de gratteux de MORTAL SCEPTER pourrait presque passer pour l'héritière de DISSECTION sur certains morceaux ! En plus foutraques, d'accord, mais quoi, vous en doutez ? Vous n'avez peut-être pas tort, mais écoutez quand même "The Carpathian Castle", gorgé de riffs tremolo exécutés à toute berzingue ! Idem sur un titre comme "Lust Spells", qu'on n'aurait pas été surpris d'entendre Jon Nödtveidt chanter. Allez, je m'emballe, mais cette impression que MORTAL SCEPTER a aussi bien intégré le Black Metal à son ADN musical qu'il n'a intégré le Thrash (bien sûr) et le Death est assez enthousiasmante.

Serait-ce d'ailleurs l'enthousiasme ou carrément l'ambition qui a poussé le quartette à oser le morceau à tiroirs, cette pièce d'une dizaine de minutes qu'est "...The Scepter Reigns" ? L'une et l'autre des deux raisons sont tout à fait valables et c'est tout à l'honneur de MORTAL SCEPTER d'avoir cherché à dépasser le format standard des morceaux qui, pour la plupart, durent entre 3'30 et 5'05. Seulement, si sur un format plus concentré, la musique de MORTAL SCEPTER paraît inarrêtable, les tempi de dingue et les riffs mortels s'enchaînant les uns aux autres sans coup férir, sur une plus longue durée, le sel de la musique des quatre Nordistes se dilue certainement.

Trop basiquement Thrash, "...The Scepter Reigns" peut, bien sûr, s'appuyer sur des riffs solides, mais dont l'espacement n'est pas comblé comme il le devrait par les parties plus calmes et plus lentes, qui ne décollent pas vraiment et dont l'on ne retient pas grand-chose, pas même une atmosphère. En termes d'atmosphère, d'ailleurs, MORTAL SCEPTER fait beaucoup mieux sur le bref instrumental "A Ray Of Despair" qui ouvre l'album. En voilà, un titre tendu à souhait, à l'ambiance à couper au couteau, qui atteint son paroxysme à la jonction avec le morceau-titre qui le suit directement dans la tracklist ! Nul besoin d'aller jusqu'aux dix minutes, épreuve dont le risque est d'apparaître moins inspiré, pour surprendre en bien et montrer son talent de composition.

Saluons tout de même l'effort final de MORTAL SCEPTER qui nous prouve donc, et tout au long de son premier L.P., qu'il a des convictions, une sincérité chevillée au corps de ses quatre membres et une ambition certaine, qui mérite assurément un autre album pour s'exprimer. Car l'essentiel est là : des capacités indéniables instruments en mains - mention spéciale aux guitaristes, solides en rythmique comme au solo - une science du riff qui écorche, une variété d'influences bénéfique et une volonté de se démarquer… Souhaitons que MORTAL SCEPTER soit parti pour rester !

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   T-RAY

 
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- Lucas (vocaux, guitares)
- Valentin (vocaux, basse)
- Guillaume (batterie)
- The Sorcerer (guitares)


1. A Ray Of Despair
2. Where Light Suffocates...
3. Murder The Dawn
4. Lust Spells
5. Perish With The Flesh
6. The Carpathian Castle
7. Spear And Fang
8. Swallow Your Tongue
9. ...the Scepter Reigns



             



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