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2006 Imago

The BUTTERFLY EFFECT - Imago (2006)
Par HAPLO le 26 Mai 2019          Consultée 303 fois

Imaginez que le monde tel que nous le connaissons soit plat comme une assiette de restaurant chic servant de la cuisine moderne. Ce monde, tel un disque, serait posé sur les dos de quatre éléphants proprement gigantesques joignant leurs postérieurs et eux-mêmes se tenant sur la carapace d’une immense tortue galactique… celle-ci évoluant dans l’espace intersidéral, navigant entre les étoiles. Pour ceux qui l’ont reconnu (et affichent dès à présent un sourire jouissif sur leur visage de lecteur attentif) j’évoque l’univers sorti tout droit de l’esprit quelque peu dérangé mais tellement talentueux d’un auteur littéraire anglo-saxon nommé Terry Pratchett. La trentaine de volumes de fantasy qui constituent « les Annales du Disque-Monde » content les péripéties (picaresques et hilarantes) de personnages récurrents qui en parcourent les différentes contrées.

En dehors du fait que j’en recommande vivement la lecture en prise quotidienne pour survivre moralement dans le monde grisâtre qui nous entoure, quel rapport, me direz-vous, avec notre musique métallique préférée en général et le groupe The BUTTERFLY EFFECT en particulier ??

Et bien dans ce monde imaginaire, comme c’est souvent le cas en SF ou Fantasy, l’auteur utilise des repères que nous connaissons bien. Pour la faire courte, nos vrais continents et cultures sont transposés sous des formes revues et noms créés pour l’occasion. Or, un continent très éloigné des lieux habituels au sein desquels évoluent les héros porte le nom bizarre de « XXXX ». En gros, personne ne le connaît, ne s’y est rendu, ni ne l’a nommé. Mais quand l’un des protagonistes loufoques finit par y atterrir, il découvre… Des kangourous, des aborigènes et un boomerang !

Ce très long raccourci pour souligner ici que l’Australie, sans être située sur une autre planète, reste pour la majeure partie d’entre nous une culture située en « terra incognita » en dehors de quelques poids lourds révélés au compte-goutte (dans le désordre AC/DC, MIDNIGHT OIL, DEAD CAN DANCE, INXS, ou encore les concerts géants de clones d’ABBA en plein désert…) mais qu’en termes de musique, des choses intéressantes peuvent mettre des années à nous parvenir si elles ne sont pas relayées par la grosse industrie américaine…

The BUTTERFLY EFFECT et sa musique font partie de ces choses-là. Créé en 1999 sur Brisbane, ce groupe d’écorchés a enregistré un premier EP suivi de trois albums studio jusqu’en 2007, période qui sera suivie d’un hypothétique quatrième opus jusqu’au claquage de porte de son chanteur emblématique, Mister Clint Boge en 2012. Les rescapés survivront quelques temps avant d’annoncer leur split en 2016… Qui, en France, les connaît, et serait allé jusqu’à s’y intéresser ? La rareté des éléments francophones révélés par notre moteur de recherche préféré fait penser au bush australien...

Et bien rentrons (enfin) dans le vif du sujet, à savoir ; que proposent nos quatre kangourous de The BUTTERFLY EFFECT ? collègue progueux, range de suite ton double-décimètre et tes structures musicales taillées au millimètre, ami power-metalleux, va donc vendre ta double grosse caisse au vide-grenier de la salle des fêtes du village, camarade speedeux, cache ta guitare-mitrailleuse dans son étui fumant… Car BUTTERFLY EFFECT n’est rien de tout cela. Ce groupe a en effet planté sa tente aux frontières du Rock musclé, de la Pop sauvage et du « Alternative %etal » (comme le classent si bien en catégorie fourre-tout les quelques chroniques anglophones découvertes çà et là).

Un style volontairement dépouillé, une voix tendue et empreinte d’avidité amoureuse ou de tristesse rageuse, des constructions simples mais une empreinte musicale certaine, sont les éléments qui sautent aux oreilles de l’auditeur attentif. Ici, la musique sert à soutenir une tension : elle donne l’impression de ne pas devoir être écoutée pour elle-même. La voix si particulière de Clint Boge, avec ses relents plaintifs ou coléreux, s’insère de manière particulièrement réussie dans cette atmosphère brute pouvant être aussi bien illustrée par des arpèges secs que par des riffs décapants.

Après avoir sorti un premier album "Begins Here" en 2003, opus correctement salué par la critique australe pour les qualités que je viens d’évoquer, le groupe réitère trois ans plus tard avec "Imago". Le terme lui-même augure de tout un programme car désignant le stade final de l’évolution d’un individu destiné à se transformer par différentes phases (le papillon représentant l’imago de la larve de chenille si l’on caricature à l’extrême…).

Disons-le tout de suite, les onze morceaux servis sur l’album "Imago" ne révolutionnent pas le genre : joués par d’autres avec un esprit différent, ils auraient même pu sombrer dans l’oubli le plus total après quelques écoutes éphémères. Non, ce qui fait le charme de cette rencontre musicale n’est pas non plus la technicité, ni la rapidité, ni le nombre de watts engrangés durant l’écoute. L’ami Bogue et ses trois complices donnent réellement une profondeur et une sensibilité particulière à leur interprétation, tout en crescendo, que l’on en vient à ralentir le pas, à tourner la tête, à taper du pied… Pour finir à remettre un sou dans le bastringue pour passer au titre suivant !

La production est quand à elle signée par un homme de l’art, en la personne du sieur Joe Barresi ayant travaillé avec TOOL, QUEENS OF THE STONE AGE, ou encore AVENGED SEVENFOLS : donc, pas d’inquiétude de ce côté-là.

Après une courte introduction instrumentale captant (et préparant) l’attention, l’auditeur est entraîné dans cette fuite en avant où The BUTTERFLY EFFECT déploie ses filets, pêche rageusement nos sentiments, nos émotions, nos blessures passées ou présentes, nous piégeant par sa fausse douceur, ses vraies montées en puissance et cette tension contenue qui ne demande qu’à exploser par le biais des instruments. Les titres "Gone", "A Slow Descent", "Reach" ou encore "In A Memory" illustrent tout particulièrement cette logique et concentrent selon moi toutes les qualités de ce groupe : simple, brut, touchant, séduisant...

Alors, me direz-vous, pari gagné ! Sauf que c’est à mon avis dans cette simplicité-même que réside la plus grande faiblesse de l’album. Les titres suivants s’enchaînent sur des structures très similaires : intro claire et feutrée (guitare ou basse-batterie) en mid-tempo, le chant attaque doucement puis lance la montée en puissance, les instruments poussent vers le haut, les riffs s’alourdissent et le rythme général devient bien plus marqué voire s’achève sur une ambiance nettement plus lourde. Cette symétrie quelque peu usante se répète sur les titres "This Year" (qui sort un tantinet du lot), "Signs", "Everybody Runs" et enfin "The End" qui, comme son nom l’indique clôt l’album.

Le ressenti général est donc assez mitigé à l’issue de ces onze offrandes. Il y a selon moi de très bonnes choses chez The BUTTERFLY EFFECT avec une alchimie passionnée, accrocheuse et parfois sauvage. Seulement, le quartet n’a peut être pas su / voulu enrichir et diversifier ses compositions, risquant ainsi de provoquer un décrochage anticipé… Ce qui me pousse à clouer un 3,5/5 sur les ailes de ce joli papillon qui, j’en suis pourtant certain, en a encore sous la pédale !

Je t’abandonne ainsi ami lecteur : seul sur la plage déserte du continent « XXXX » avec "Imago" entre les mains. À toi de faire ton choix. Mais prends garde ! la magie étant omniprésente sur ces terres sauvages, si tu écoutes cette musique, tu risques de t’y laisser prendre… Ou si au contraire tu tentes de la jeter au loin, veille à ce que tel un boomerang, elles ne reviennent pas te frapper à l’improviste ! D’ailleurs les membres de The BUTTERFLY EFFECT donnent le ton : ils se sont reformés en 2018 et son actuellement en tournée dans toute l’Australie... À suivre donc !

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- Clint Boge (chant)
- Kurt Goedhart (guitare)
- Glenn Esmond (basse)
- Ben Hall (batterie)


1. Imago
2. Aisles Of White
3. Gone
4. A Slow Descent
5. Reach
6. Before They Knew
7. In A Memory
8. This Year
9. Signs
10. Everybody Runs
11. The End



             



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