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METH DRINKER - Meth Drinker (2011)
Par PENMAN le 21 Juin 2017          Consultée 490 fois

Quand je pense à un groupe de Sludge, je pense à une bande de gars crasseux, squattant un bâtiment abandonné dans une zone industrielle désaffectée avec leurs cabots couverts de tiques et de puces, bandana sale et flashy en prime. Ce bâtiment serait infesté de rats et tapissé avec de vieilles pipes à crack cassées et d’anciennes seringues à héroïne tordues et infectées par tout un tas de MST… C’est pour moi l’image dystopique de ce qu’aurait pu être un squat punk dont les occupants se seraient heureusement séparés de l’idéologie relativiste, mais rigide et intégriste qui caractérise le mouvement. En bonus, il y n’y aurait aucune trace, dans les entrailles de cette abomination, de l’idiotie d’une jeunesse idéalisant l’homme comme une machine bienpensante, rejetant le mal présent en chacun de nous. Malheureusement, il n’y aurait que des rats, de vieilles capotes usagées, des pipes à crack cassées et des seringues tordues. Le Sludge, c’est gras, c’est crade, c’est sombre, c’est brutal et ce n’est pas fait pour être beau. C’est juste fait pour être aussi facile et efficace qu’une meuf en festoche à la recherche de drogues. Ce genre pourrait même bien être la voix de la rue et de la misère urbaine, un genre musical témoignant de la rage d’une frange sociale s’étant rendue compte que la vie peut être très laide. Tout idéal de beauté et de complexité est rejeté et cela nous laisse seuls avec les ruines d’un passé industriel et industrieux, un nihilisme détaché, un cynisme décomplexé et une impression de lucidité mêlée à de l’impuissance, le tout formant un cocktail extrêmement déplaisant pour notre très délicat palet.

METH DRINKER s’inscrit parfaitement dans cette anti-éthique dans la mesure où leur musique est crue et sans aucune fioriture, garnie que de quelques passages audio de vieux films, tous plus charmants les uns que les autres. Nous n’avons qu’accords diaboliques sur accords diaboliques pour plomber l’ambiance. Nous sommes percutés par une avalanche de son sous influence et nous nous perdons dans un tourbillon de torture sans structure apparente. Nous sommes plongés dans le smog d’une ville basse post-apocalyptique et nous nous y complaisons sans peine. Même si je sais que leur intention était de nous présenter un son bruyant, lourd et laid, je ne peux m’empêcher de me retrouver face à une certaine mélancolie et à un espoir brisé, comme violé avec consentement post-coït pour un effet surexcitant. Sans mentir, je me sens comme une jeunette de dix-huit ans sur le set de son premier porno qui pense qu’elle ne va pas se recevoir une éjaculation sur la gueule malgré les rires de son partenaire, du caméraman, du metteur en scène et du producteur… “Merci Jacquie et Michel, dirait-elle, je ne suis pas certaine d’avoir aimé recevoir du foutre sur la figure, mais le chibre et le chèque étaient tellement gros!”
Puis quitte à parler de s’en prendre plein la figure, commençons par annoncer que l’album démarre très fort : “Deprivation”, le premier titre, nous tire un riff sadique droit dans les tympans, implacable, géant dans sa nudité, accompagné de cris ignobles, reflétant probablement l’agonie d’un junkie en manque. Vous l’aurez compris, tout, dans cet album, aborde les thèmes franchement gais. Le groupe traitera ici de l’addiction, de la maladie mentale, de l’épuisement face à la misère et de notre transformation en automates, tant face à nos besoins fictifs, qu’à nos besoins créés. Je pense par exemple, que le trio néo-zélandais, dans “Broken Down & Used Up”, parlait autant d’un junkie en réflexion face à sa misère et à son manque que de nous, infâmes crapules capitalistes, en manque de produits de consommation, à la recherche d’un paradis artificiel et éphémère. Néanmoins, le disque n’est pas dépourvu d’une tranche de second degré, d’humour bien noir servi comme un steak très bleu, sans sel, sans poivre, merci. “Ganja Mutt” ou littéralement le clebs à ganja, toujours à la recherche de la fleur verte pour passer le temps, ou alors le passage électronique et mécanique très probablement produit sous influence de “Combat Shock” produisent un effet décalé, pouvant faire sourire, détachant l’auditeur de l’horreur sonore dont il est témoin.
Nous pourrions dire que le groupe est assez punk dans sa désinvolture face à l’ignominie jouée. Une attitude “dans ta face”, un gros doigt levé au culte du bonheur imposé par nos pairs, un énorme “va mourir” adressé au monde sont les ingrédients qui font de cet album un véritable concentré de haine nihiliste libératrice. Que demander de plus quand nous avons dans nos oreilles un exutoire pour les aliénés, une plateforme pour les insoumis, une voix qui crie les angoisses des faibles, des démunis et des détruits ?
Pour commencer, nous pourrions demander un peu plus de recherche sur certains riffs. Le titre principal, “The Shining”, ou “l’interlude inutile selon Penman”, n’apporte rien à l’album à part une petite marche martiale, pseudo-dignifiée, servant de prélude à la partouze de rage froide et amère qui nous est offerte dans les trois morceaux suivants : des riffs et des licks simples, laids, mais efficaces que n’importe quel bourrin à moitié sourd pourrait reproduire s’il savait convenablement tenir une guitare ou une basse. En revanche, nous entendons aussi des solos intéressants et assez techniques pour ne pas s’emmerder à crever. Ce qu’il faut retenir et apprécier de cet album c’est la lenteur, l’avancée inexorable, la randonnée sonore sous un ciel d’acier menaçant de s’écrouler sur nos têtes et de faire pleuvoir les dagues acérées de la misère du monde.

Pour plomber l’ambiance, jouer un tour à son pote dépressif ou virer quelqu’un de chez soi sans à avoir à sortir un son de sa bouche, autant jouer cet album. C’est surtout un plaisir à entendre seul dans la voiture ou en fumant un petit pétard. Personnellement, je l’écouterai saoul en sortant de soirée, quand je me rendrai compte qu’il faut que je rentre chez moi sur mes deux jambes tremblantes et que j’ai besoin de mâcher des kilomètres dans un froid polaire. Mais courage ! La maison, la chaleur et le bien-être seront bientôt là. Le malheur et la misère profonde ne préfigurent seulement que le soulagement rafraîchissant et le bonheur intense du confort total.

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   PENMAN

 
  N/A



- James Quick (basse, chant)
- Tony Pearson (batterie, chant)
- Sam Thurston (guitares)


- Deprivation
- Incurable Illness
- Ganja Mutt
- Combat Shock
- Skull Smashing Concrete
- The Shining (main Title)
- Serrated Corridor
- Narco Sub
- Broken Down & Used Up



             



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