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TERRA TENEBROSA - The Purging (2013)
Par ISAACRUDER le 26 Février 2015          Consultée 2101 fois

Il y a quelques temps j’ai pu voir un épisode de la série "Masters Of Horror" particulièrement incroyable. Je ne sais pas si vous connaissez cette série qui fait la part belle à des courts métrages inédits de réalisateurs émérites dans le genre Epouvante/Horreur, mais si ce n’est déjà fait, je vous encourage à regarder, bien qu’il y ait comme souvent de très bons courts-métrages comme de très mauvais. Mais là c’était le grand John Carpenter le maître de cet épisode et il présentait un petit film au nom intriguant : La fin absolue du monde. L’histoire est celle d’un riche collectionneur de pellicules originales qui engage une sorte de détective pour rechercher un film en particulier, à l’aura nimbée de mystère, La fin absolue du monde donc. Mystérieux car la première diffusion de ce film aurait entraîné la mort de plusieurs dizaines de personnes dans la salle de projection, et surtout des suicides. Le reste des survivants seraient devenus fous ou enfermés dans un mutisme total. Vous me direz, quel rapport avec le dernier TERRA TENEBROSA ? Et je m’en vais vous répondre tranquillement.

Il est difficile de décrire combien ce court-métrage est fascinant, aussi bien qu’il est difficile d’exprimer avec des mots ce que la musique de TERRA TENEBROSA a de si spécial, qui accapare l’esprit et le corps avec tant de pouvoir. Pendant le visionnage de ce court-métrage, il m’est apparu que la meilleure bande-son qui conviendrait à ce film maudit qu’est La fin absolue du monde – le film dans le film donc – serait un album des Suédois. Il n’est pas question de dévoiler ce qui se cache derrière la réalisation de ce fameux film dont la pellicule est très difficile à retrouver, je vous laisse le plaisir de suivre cette enquête morbide et satanique. Seulement, Carpenter a eu le génie de montrer des bouts de ce film, suffisamment dérangeant pour se faire une image précise du malaise et de la folie qu’il engendre. C’est selon les spécialistes interrogés par l’enquêteur le film le plus vrai de toute l’Histoire, et le plus puissant, qui montre le Mal dans toute sa splendeur.

Et c’est là que TERRA TENEBROSA se pose comme une évidence. Car si "The Tunnels" était la plongée dans l’univers démoniaque des Suédois, "The Purging" en est la poursuite directe, mais davantage une visite forcée de leur mythologie qu’un délire de possédé. La première chose qui frappe sur cet album est sa différence de forme. Exit les longs morceaux minimalistes qui embrumaient l’esprit sur "The Tunnels", "The Purging" réserve son lot de courts voyages infernaux, qui restent suffisamment évocateurs par tout le génie mélodique et sonore expérimenté sur le premier album et qui est encore plus poussé dans ce second ("House Of Flesh" ou "The Compression Chamber"). Toujours épaisse et fuligineuse, la production de "The Purging" permet à ces morceaux de gagner en relecture, comme c’était le cas avec la première offrande ; les couches instrumentales étant nombreuses, chaque écoute est un nouveau supplice délicat. Réjouissant.

Mais par là-même TERRA TENEBROSA se fait plus visible. Le mystère est moindre déjà, car le groupe cherche à faire du live, ce qui est à mon avis très dommageable pour garder intacte la puissante image d’une entité inconnue – BLUT AUS NORD en est le meilleur exemple. Davantage visible donc, même si toujours aussi dérangeants (magnifique pochette une nouvelle fois), les TERRA TENEBROSA, en choisissant un format plus concis dans leur musique, une progression plus variée et souvent davantage de musicalité (monstrueux "Black Pearl In A Crystalline Shell" très Black Metal et Drone ou le titre éponyme, à la fin sublime) se font légèrement plus accessibles alors que "The Tunnels" était un repoussoir hermétique et viscéralement jusqu’au-boutiste. Attention à la méprise néanmoins, il n’est pas question ici de dire que "The Purging" est facile d’écoute, et qu’il ne distille pas note par note une angoisse étouffante, non. Mais pour ceux ayant déjà vécu le voyage étouffant de l’album précédent, il n’y aura guère de grande surprise, si ce n’est un talent certain pour faire progresser des morceaux incroyablement hallucinés ("Black Pearl In A Crystalline Shell" encore). Et si l’album contient en effet son lot de morceaux courts, on retrouvera le même amour pour le minimalisme qui hantait déjà "The Tunnels" et notamment "The Arc Of Descent" avec dans "The Purging", "The Nucleus Turbine" par exemple, tout en percussions malignes et voix indiscernables (BREACH n'est jamais loin). Ces voix sont d’ailleurs l’un des éléments forts de ce nouvel album. Le mystérieux The Cuckoo a poussé ses expérimentations et se rend davantage présent, tout en gardant une brume opaque sur ses textes, la voix étant davantage un instrument servant à l’ambiance qu’un apport diégétique et mélodique.

Ce qui reste incroyable avec TERRA TENEBROSA c’est la fascination qu’il peut exercer sur l’auditeur. Il n’est plus question de musique mais d’expérience, presque de rituel. Comme chez AMENRA, il n’y a pas l’envie de se divertir (au sens de Pascal, s’occuper l’esprit) mais de plonger durant un certain temps dans un univers aux confins de la folie. Les Suédois sont des artistes, de vrais modeleurs de paysages hallucinés et leur mythologie des profondeurs est angoissante et malsaine, comme un voyage éveillé dans la ville de Silent Hill. C’est un abîme sans fond que "The Purging", un lent éclatement des sens et un sort véritable qui paralyse tout l’esprit et le corps. La puissance d’évocation de leur musique dépasse de loin nombre de formations dites atmosphériques. Et lorsque TERRA TENEBROSA se décide à injecter de la lumière dans ce nuage de jais, c’est pour mieux rebondir dans l’effroi ("At The Foot Of The Tree" renvoie à PYRAMIDS dans cette capacité à exprimer conjointement douceur et horreur). Il serait bon qu'outre Apoplexy Records et Trust No One Recordings, d'autres labels prêchent cette sombre parole, car nul n’a jamais proposé musique aussi dérangeante et fascinante à la fois et peu de groupes peuvent se targuer d’avoir su user avec tant de force de la musique comme expression suprême de la Fin.

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- The Cuckoo (???)
- Hibernal (???)
- Hisperdal (???)


1. The Redeeming Teratoma
2. The Compression Chamber
3. Black Pearl In A Crystalline Shell
4. House Of Flesh
5. The Nucleus Turbine
6. The Purging
7. Terra Tenebrosa
8. At The Foot Of The Tree
9. Disintegration
10. The Reave



             



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