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FUNERAL DOOM ATMO  |  STUDIO

Lexique doom metal
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2007 Ea Taesse
2009 Ea II
2010 Au Ellai
 

- Style : Longing For Dawn

EA - Ea Taesse (2007)
Par ORPHANAGE le 24 Juillet 2007          Consultée 2317 fois
D’emblée, patronyme et artwork suscitent l’interrogation. EA. Qu’est ce que c’est que ce nom ? Et ces illustrations brumeuses et oniriques ? Et ce nom d’album, « Ea Taesse » ? Pas la peine de s’interroger plus longtemps, tout simplement parce qu’on n'aura jamais la réponse. On sait juste que ces mots sont tirés de civilisations antiques (et encore, on n’en est pas sûr !), et que le groupe joue du Funeral Doom « émotionnel » - telle est l’étiquette collée au groupe par Solitude Production. Finalement, a-t-on réellement besoin d’en savoir plus ? Pas vraiment. Et tant mieux, parce que si tel était notre désir, on aurait été bien avancé, parce qu’on ne connaît pas les musiciens du groupe, pas même un misérable petit pseudo dark-kitsch, pas même une nationalité. Tant pis. On va faire avec ce qu’on a. De toute façon, les amateurs du genre ont l’habitude, l’anonymat est chose courante dans le cercle fermé du Doom Funéraire, et ça ajoute au folklore mystérieux de rigueur pour écouter une musique aussi mystique et noire.

Mystique. Encore une fois, le mot est parfaitement adapté à la musique d’EA. D’accord, le Funeral Doom use et abuse des ritournelles ésotériques, et vas-y que je te rajoute une pelletée d’allusions aux NDE, à de sombres rites dont personne n’a jamais entendu parler – pratique si jamais on n’est pas soi-même très au courant ! Mais que voulez-vous, quand on aime rêver, aller loin, se créer ses propres illusions le temps d’une séance d’écoute, on fait volontiers abstraction de tout cela. Avec EA, pas de souci, dès les premières secondes de « Laeleia », on est plongé dans l’atmosphère. Les éléments ambient y sont fondamentaux, et les amateurs de musiques métalliques lancinantes au possible et très axées sur les claviers seront ravis. Les images se mélangent, les univers sont évoqués pêle-mêle et l’auditeur peut se créer un monde grâce à l’évidente subjectivité de l’ensemble (entre religiosité des orgues et impiété des nappes horrifiques très esthétiques). C’est l’apanage du genre. Les riffs sont très simples pour permettre aux mélodies un terrain d’expression efficace et profond, les structures sont complètement illisibles, les trois titres en forment un seul, un gros bloc atmosphérique vaporeux et inquiétant. D’où la subjectivité. Chacun écoutera la musique de EA à sa façon, avec sa propre sensibilité et sa propre imagination ; mais en règle générale, on ne pourra pas dénigrer sa beauté. Des origines poisseuses d’un Doom/Death à la WINTER ou d’un Funeral Doom Thergothonien il ne reste pas grand-chose. L’affiliation au genre est certaine, mais le son est ici d’une propreté parfaite. Les guitares ne crissent pas, elles ronronnent. L’ensemble est harmonieux et délicat. Finalement, rien de bien méchant. Sauf si l’on redoute la teneur démesurément tragique de mélodies répétitives et de succession de mesures sombrissimes pendant 55 minutes. Il faut évidemment être un minimum habitué ! « Ea Taesse » est un album dense, certes, mais très homogène et cohérent – difficile de ne pas être cohérent dans un exercice de style pareil –, qui laisse admirer un vrai sens de la mélodie le temps de quelques leads guitaristiques sublimes, ainsi qu’un sacré talent dans la distillation des atmosphères.

Raffiné, le son l’est. Production impeccable, mariage exquis des claviers et des guitares, douceur mélodique éminemment Doom, et indéniablement belle. Comme des nappes, les riffs couplés aux synthétiseurs se succèdent paresseusement et dangereusement, emprisonnés dans une chape de fumées noires. Plus lumineux que celui de la plupart des groupes de Funeral Doom cependant, l’univers de EA est onirique et sensible, laissant entrevoir des lueurs étrangement bienfaitrices au détour de certains sons, certaines mélodies. Il est très difficile de communiquer les images véhiculées par un tel style car elles sont très variables, très fuyantes, et semblent même échapper à l’inconscient après l’avoir nargué pendant une fraction de seconde. Les intéressés doivent savoir de quoi je parle, et je leur fais confiance !

Plus classique dans sa démarche atmosphérique qu’un LONGING FOR DAWN par exemple, EA emploie des sons de claviers plus conventionnels dans le style, et des mélodies plus simples. « Ea Taesse » n’est pas un indispensable pour qui est en recherche d’un album de Funeral Doom innovant, ou d’un de ces gros blocs rugueux et volontairement sales à la CATACOMBS. Les amateurs de l’école Funeral la plus sensible et la plus ambiancée pourraient trouver leur bonheur s’ils ne sont pas trop exigeants en terme de changement. Car il faut bien le dire, EA ne propose pas grand-chose de nouveau au genre, et ce que FUNERAL et SKEPTICISM ont développé dès le milieu des années 90, EA n’a fait que le sophistiquer et le polir, à l’instar de FUNGOID STREAM ou INIQUITOUS. C’est relaxant, sépulcral, monotone, élitiste car long et tortueux, mais ça ne transcende pas le genre, ni ne lui apporte quelque nouvelle perspective. Là où SHAPE OF DESPAIR a mis de sa sensibilité et a réussi à illuminer et personnifier un style, EA reste ancré dans certaines conventions finalement très en vogue en ce moment dans le milieu Doom. Si « Ea Taesse » fonctionne, ce sera mérité. La musique est bien faite et intègre, déborde d’émotions et de mystères. Mais ce sens du mystère ne deviendrait-il pas banal dans la scène Funeral ? Il convient de s’interroger là-dessus pour savoir si oui ou non la pérennisation d’un genre aussi connoté reste envisageable, ou s’il atteint malheureusement ses limites, faute à une fermeture à l’innovation.




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