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BESEECH - My Darkness, Darkness (2016)
Par VOLTHORD le 22 Juin 2021          Consultée 502 fois

Nous sommes en juin 2021 et aujourd'hui, je me pose sur un banc et observer les gens sous la chaleur estivale et un temps orageux. Je n'ai jamais été flâneur, mais aujourd'hui, revoir un peu de vie semble suffire. J'alterne entre le silence et les tubes du "My Darkness, Darkness" de BESEECH, appréciant la sérénité de l'un et de l'autre. Il y a un sentiment de retour à la normale qui dépasse la simple atmosphère de vacances. Sous le crachin vaporeux des pianos de "The Shimmering" et "Bloodline Forever", les clochettes apaisantes et le refrain doucereux de "Mr Uninvited", je marche encore un peu en avant, croisant des couples enlacés et des personnes âgées qui lisent le journal, un sourire enfin discernable sur les visages démasqués. Je glisse dans les délicatesses acoustiques de "My Darkness, Darkness" ("Death will do us apart, my love, Darkness Darkness", on en est là, et c'est très bien), et celles encore plus optimistes de "Darksome" ("Life can be darksome, but shiny in so many ways", on en est vraiment là, mais voilà aujourd'hui je trouve ça beau). Après un moment de silence, le bluetooth hurlant du Reggaeton venu s'installer derrière moi m'intime de recouvrir le bruit avec le chant profond de "The Highwayman", et ce texte de Jimmy Webb racontant une vie de voyage, et un voyage au-delà de la mort. Un air de Country servi par du Goth, ou l'inverse. Cela fait six mois que l'album de BESEECH m'obsède, et c'est à ce moment-là, dans ce moment tout simple dans sa grâce, je me décide à en toucher deux mots à la petite centaine de lecteurs qui lit encore les chroniques de Metal Gothique sur Nightfall.

Tout d'abord, il faut un peu le dire, "My Darkness, Darkness" tient du plaisir coupable. Second couteau de Napalm Records à une époque où le label rodait ses écuries avec ses champions et ses suiveurs, BESEECH n'a pas vraiment eu de reconnaissance à haute échelle, aussi parce qu'il a bouffé à tous les râteliers sans réussir à développer une identité forte. Doom romantique en 1998, puis Metal Goth fortement influencé par SENTENCED, le TIAMAT de "Prey" et le virage Goth de PARADISE LOST (2000 à 2002), pour enfin échouer dans des contrées plus "modernes" (à l'époque), à agrémenter leur formule d'un chant Rock trèèès proche de The GATHERING et un aspect Neo Metal en vogue ("Drama" puis "Sunless Days" en 2004 et 2005) ; BESEECH a été plus souvent imitateur que créateur.

Comme un reboot étrangement mené, BESEECH, onze ans après son précédent album, revenait avec "My Darkness, Darkness" en 2016, ayant un visuel très proche de "Black Emotions", dont il semble être la continuation la plus logique, la version vieillie et mature, qui a enfin pris toute sa saveur. Il m'a fallu me pincer plusieurs fois et attendre que la toupie s'arrête de tourner tel un DiCaprio soupçonneux pour être bel et bien sûr que j'allais m'arrêter sur un 4/5 pour cette chronique, alors même que le groupe cumulait dans "Sunless Days" en 2005 un ensemble de gimmicks qui hérissaient mes quelques poils de barbe.

"My Darkness, Darkness" est surtout et avant tout un album qui sait ce qu'il veut. Il se pose dans un univers plus lumineux que sombre, un peu à la manière du ANATHEMA post-"Alternative 4" mais n'ayant pas renoncé au Metal, avec une douceur nostalgique jamais poussive mais toujours sucrée en bouche, avec de l'accroche à tous les étages. BESEECH garde son premier degré gothique-fleur-amour perdu, mais les riffs qui l'entourent et les ambiances qu'il parcourt font aujourd'hui passer cette naïveté pour une force. On pense forcément aux "Amanethes" et "The Scarred People" de TIAMAT, qui ont également leur lot de vers tout à fait ridicules qui, dans leur univers à eux, demeurent percutants. Et comme dans le TIAMAT des dernières années, on retrouve cette météo variable où la présence de rares nuages met en valeur les percées de lumière, penchant pour la forme la plus optimiste du Metal Gothique, donnant une forme de profondeur à un discours d'apparence mièvre (l'exemple le plus probant serait ce tout mignon "Darksome" à mettre en miroir du tout mignon "Meliae"). Le chant murmuré, rocailleux et éraillé de Klas Bohlin rappelle d'ailleurs celui de Johan Edlund.

Comme une doublure de veste molletonnée, le chant féminin de Angelina Sahlgren Söder tenant presque de l'ASMR complète les murmures profonds de Bohlin, ajoutant, parmi les caractéristiques fines de cet album, une forme de féminité aussi discrète qu'elle apparaît incontournable. Les touches acoustiques, comme des réminiscences Country discrètes et assumées, autant qu'un piano utilisé pour marquer les mélodies les plus Pop, trouvent une place organique dans un songwriting extrêmement classique mais qui ne faiblit sur aucun titre.

Sentant l'étreinte d'une gaieté mélancolico-amoureuse, je suis parfois tenté de parler de Love Metal à l'évocation de BESEECH, tant il faut tout de même le dissocier d'un MOONSPELL ou d'un SENTENCED, et le positionner parfois vers un 69 EYES en moins cour de lycée ou un TO/DIE/FOR, plus pour le côté pétale de rose et poème calligraphié que pour l'aspect New Wave et peines de cœur. Au contraire, il y a une idée très simple de la vie, de l'amour et de la mort comme des éléments cycliques qui perpétuent un voyage vers une paix intérieure dont les mélodies les plus simples sont le vecteur. Basique, certes, pas nouveau non plus, mais BESEECH ne prend pas sa légèreté à la légère, donnant à "My Darkness, Darkness" une "wholesomeness" (il n'y a pas vraiment d'équivalent en Français si ?) toute particulière.

Même si j'assume que cet album arrive simplement au bon moment dans mes oreilles, et de peut-être m'emporter un peu sur la notation, je peux que conseiller cette écoute à tout fan des groupes cités plus haut, et surtout, de lui laisser un peu de temps, car au-delà d'un album certes un peu formaté mais fait entièrement de tubes (ce qui est quand même déjà pas mal), il y a un feeling assez unique qui laisserait croire (on l'espère) que BESEECH a enfin trouvé une voie qui lui convient.

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- Robert Vintervind (guitare, programmation)
- Klas Bohlin (guitare, chant)
- Manne Engström (guitare)
- Johan Örnborg (basse)
- Håkan Carlsson (batterie)
- Angelina Sahlgren Söder (chant)


1. Beating Pulse
2. The Shimmering
3. Bloodline Fever
4. Mr Uninvited
5. My Darkness, Darkness
6. Atmosphere
7. Highwayman
8. The Ingredients
9. One Last Call
10. Darksome
11. The Symbol



             



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