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TECH DEATH  |  STUDIO

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- Style : Beyond Creation, Necrophagist, Origin

ARCHSPIRE - Relentless Mutation (2017)
Par PERE FRANSOUA le 8 Janvier 2018          Consultée 1778 fois

En trente et une minutes que dure "Relentless Mutation", c’est plus de notes jouées que dans cinq triples albums, c’est plus d’idées novatrices que dans toute la carrière de certains.
31 minutes de Death Metal technique, Tech Death pour les intimes, que j’essaye d’assimiler depuis plus de trois mois. Un temps trop long passé sur cette chronique sans en trouver la sortie, remaniant mon texte encore et encore, changeant d’axe, d’angle, d’approche afin de tenter de cerner cette la bête. Saperlipopette, cette œuvre me dépasse. Le temps passe et le spectre de voir le disque déclassé en "archive" est une épée de Damoclès qui m’ordonne de mettre fin à mes tergiversations.

Reprenons à la base. Soyons clairs et pragmatiques.
Voici le troisième album du quintette canadien qui a su rapidement accéder à la notoriété grâce à ses marques de fabrique, machinegun vocals et gatling drums, et son style plus-techniquement-tu-meurs, poussant le niveau au-delà des limites, jusqu’à la blague, pour en faire un absolu. Tel est leur quête, atteindre l’inaccessible étoile. La technique comme étendard, comme boussole et comme but. Derrière le slogan #staytech, entre leitmotiv et sacerdoce, et l’étiquette joviale de tech nerds, se cache une volonté de fer et un travail acharné. Car il faut bigrement se donner les moyens pour atteindre de tels levels.

Offrir au monde l’album de Tech Death le plus outrageusement technique ? Chose faite avec "Lucid Collective", leur second album paru en 2014. Ils avaient alors presque atteint leur inaccessible étoile, mais tel Don Quichotte, ils étaient tombés, non sans panache, dans le puits, péchant justement à cause d’une incapacité à dépasser le leitmotiv de la technique-à-tout-va et à-tout-prix pour offrir une expérience sonore complète et satisfaisante. Trop linéaire et manquant de cohérence, roboratif de par le fait, et alourdi par quelques défauts stylistiques, j’avais jugé durement cet opus prometteur.

Alors, les super bosseurs ont bossé encore plus. Voici donc "Relentless Mutation", le successeur attendu au tournant. Vous allez tout de suite comprendre pourquoi la Sélection et la note maximum.

Les défauts d’avant ont tous été gommés, méthodiquement.
Une basse trop en retrait dans le mix, surtout pour ce genre de musique, bim! La voici faisant désormais jeu égal avec ses camarades, avec, en outre, pas mal de passages où on la laisse s’exprimer pleinement (elle se taille la part belle sur l’éponyme "Relentless Mutation", entre ouverture, break et final tout en caresse). Et c’est tant mieux car le jeu ébouriffant de Jared Smith mérite bien cette mise en lumière nouvelle.
Des morceaux trop étouffants, zlam! De la belle aération est injectée comme il faut avec de plus nombreux passages calmes où peut s’exprimer autrement le talent des musicos tout en soulageant l’écoute et en offrant des occasions aux titres de rebondir.
Une sonorisation des guitares trop aseptisée, wizz! On gagne enfin le grain et l’agressivité qui conviennent aux deux huit-cordes, tout en restant bien défini pour qu’on comprennent bien tout.
Une batterie au contraire vraiment trop en avant, pow! La voici qui se modère un brin. Entendons-nous bien, elle demeure fidèle à elle-même c’est-à-dire totalement hors norme et hors limite, mais les choses se sont tout de même légèrement améliorées en terme de production. Moins omniprésente dans le mix et avec un jeu encore plus varié où les über-blasts mitraillés sont un peu moins systématiques. Le style "Gatling" demeure pour moi le gros point noir du groupe même si je m’y suis bien habitué. Comme tout à chacun je suis objectivement sidéré par la technique du gars, la mâchoire m’en tombe quand je le vois œuvrer en vidéo, et je succombe quand il se permet de faire des blasts "classiques".

Mais on ne s’arrête pas en si bon chemin. Les Canadiens en profitent pour monter encore le niveau technique histoire de distancer à tout jamais les concurrents. Plus de breaks, plus de notes, plus de vitesse, plus de mots à la seconde. À ce titre l’incroyable Oliver Rae Aleron parvient à se dépasser lui-même, son growl supersonique shootant les mots comme une mitraillette tout en jouant avec les rythmes. Sur l’intense et agressif "Calamus Will Animate", ses machinegun vocals s’offrent une intro clin d’œil où le chanteur balance ses mots sur le rythme syncopé d’une véritable mitraillette avant que tous les instruments débarquent.
Bref, entre l’habile correction des défauts et cette volonté de dépasser des limites qu’on croyait indépassables, on se rend compte que ARCHSPIRE a su remplir scrupuleusement son cahier des charges exigeant dans l’unique but de proposer l’ultime album de Tech Death.

Il ne leur manquait plus qu’à domestiquer la furie virtuose pour créer de vrais titres et je suis ravi de vous annoncer qu’ils y sont aussi parvenus. Célébrons donc dans la joie cette écriture incroyable qui réussit à nous aguicher continuellement l’oreille et qui préserve suffisamment de cohérence tout en balançant un maelström de notes en folie qui ne cesse de nous étonner par son inventivité.
Attention, je rappelle qu’il s’agit d’une musique qui demeure difficile d’accès, virulente et agressive. L’écoute peut se révéler éprouvante et il faudra persévérer pour s’y retrouver. Heureusement le disque est très court et sa grande qualité vous invitera à y revenir tout le temps afin que l’on puisse se familiariser avec cette folle déferlante de notes.

Ce nouvel opus se permet d’être encore plus riche en changements tout en étant plus fluide et cohérent. Les enchaînements constants d’une musique hyperactive qui ne tient pas en place, des contrastes percutants qui cohabitent néanmoins de façon naturelle, délires techniques et refrains accrocheurs ("Remote Tumor Seeker"), tout cela de façon digeste et souvent diablement accrocheuse. Le meilleur exemple est le premier titre "Involuntary Doppleganger", premier single et premier coup de maître hyper percutant qui nous entraîne dans une spirale jouissive.

Tous les musiciens brillent par leurs prouesses virtuoses, les morceaux leur laissant de l’espace pour s’exprimer, chacun pouvant même y aller de son petit solo façon Jazz band.
Il se passe tellement de choses en même temps qu’il n’est pas aisé pour le cerveau de mesurer l’étendue de la virtuosité déployée. Heureusement le groupe publie force vidéos playthrough où l’on peut apprécier de visu la performance d’un instrumentiste et c’est souvent à couper le souffle tant leurs prouesses semblent repousser les limites des capacités humaines. Cela permet également, en focalisant notre attention sur un seul instrument parmi la déferlante collective, de prendre la mesure du raffinement et de la dinguerie de l’écriture. Et je dois dire qu’il est fascinant de voir le travail des deux guitaristes qui dépassent tout entendement. Ils sont pour moi la plus grande réussite de cet album.

Les deux huit-cordes qui s’imbriquent subtilement comme une hydre à deux têtes, se passent la balle, l’une soutenant à coups de rythmiques efficaces les sauts périlleux de l’autre, elles fusionnent puis s’échangent leurs rôles dans un ballet frénétique violent et mélodieux. Leurs doigts agiles procurent des ravissements inattendus. Leur jeu en perpétuelle mutation est hyper varié : soli de super héros qui n’hésitent pas à revisiter le néoclassique, tapping magiques, rythmiques de charcutier mutant, ou ostinati fulgurants.
On pourra citer tous les titres, là j’ai "A Dark Horizontal" dans les oreilles, un pur titre qui conclut le disque en offrant une débauche de soli furieux sidérants au milieu d’une tempête de grosses rythmiques, de notes étonnantes, sans compter son joli break de guitares classiques et ses thèmes accrocheurs qui reviennent comme il faut pour que le monstre tienne bien en place. Mais j’aurai tout aussi bien cité "Human Murmuration" ou "The Milic Well", qui sont également totalement éblouissants.

Avec son nouvel album ARCHSPIRE ringardise la concurrence et termine de fixer de nouveaux standards.
"Relentless Mutation" est peut-être bien l’ultime disque de Tech Death, un disque incroyablement riche pour une durée si courte, remarquablement attachant pour un style si dingue et particulièrement équilibré, sans aucun temps mort ni titre faible. Oserait-on parler de perfection ?
Je ne sais si leur style fera école car peu oseront les suivre pour tenter de rivaliser en virtuosité et en inventivité, mais je sais que ce disque fera date et marque déjà d’une pierre blanche l’histoire du Tech Death, du Death Metal tout court, du Metal extrême au sens large et même du Metal en général. Un nouveau canon du genre, un absolu indépassable qui servira de mètre-étalon, la bombe qu’on se doit d’avoir écouté même si on n’aime pas le genre. Vous aurez le droit de dire que c’est too much pour vous, mais c’est tout.

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   PERE FRANSOUA

 
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Non disponible


1. Involuntary Doppelgänger
2. Human Murmuration
3. Remote Tumour Seeker
4. Relentless Mutation
5. The Mimic Well
6. Calamus Will Animate
7. A Dark Horizontal



             



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